
Maintenant que nous savons tout de sa conduite compulsive, de sa claudication mentale qui le mène tour à tour de la palilalie à la palinodie, versons dans cette palingénésie qui voudrait que notre président soit la réincarnation de Napoléon le Petit, ce Louis Bonaparte de pacotille tel que le décrit Victor Hugo. Quelques extraits donc:
"Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! Cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une
princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'
argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé."
Ou encore:
"M. Louis
Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent
qu’il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l’
ambition.
Alors il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez vous ; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits.
Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer avec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis au moment où l’on se rassure et où l’on rit de l’énormité en question, l’exécuter.
On est de son cercle intime ; il laisse entrevoir un projet qui semble, non immoral, on n’y regarde pas de si près, mais insensé et dangereux, et dangereux pour lui-même ; on élève des objections ; il écoute, ne répond pas, cède quelquefois pour deux ou trois jours, puis reprend son dessein, et fait sa
volonté.
Grâce à cette façon de faire, il a toujours à son service l’inattendu, grande force ; et, ne rencontrant en lui-même aucun obstacle intérieur dans ce que les autres hommes appellent conscience, il pousse son dessein, n’importe à travers quoi, nous l’avons dit, n’importe sur quoi, et touche son but."
"Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut
qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon.
Quand on mesure l’homme et
qu’on le trouve si petit, et
qu’ensuite on mesure le succès et
qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque
surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier, […] on ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la
ruse et l’argent. "
On découvre aujourd'hui que si les caisses sont vides et qu'alors que la dette s'alourdira encore du "grand emprunt national", le nombre de conseillers à l'Elysée s'est accru en un an de 17,2%, que la rémunération mensuelle de tous ces contractuels - pas celle des fonctionnaires! - a été augmenté de 12,8%...
Pas grave puisque la crise est finie, nous dit-on... Ah, le grand homme!