La guerre civile reste toujours un moment marqué au fer rouge de l’ l’histoire – un tabou, un épisode honteux sans que parfois le citoyen, une fois les cendres éteintes, ne prenne vraiment parti.
Comme si cet affrontement ne ressortait toujours que du nationalisme dans ce qu’il contient de pire : une clôture. Se fermer non seulement au lointain mais aussi aux proches, pour ne pas dire à soi-même. Le barbelé comme symbole de la politique quand celle-ci aurait pu être ouverture à l’autre.
Cette guerre naît le plus souvent sur un terreau nationaliste par ce fantasme de l’identité, celle d’un peuple propriétaire de son sol, de son histoire, de son destin. Mais aussi dans une lutte contre lui-même, quand il ne sait plus qui il est, dans quelle figure il doit s’incarner. Propriétaire et étranger, exproprié et conquérant. Cette guerre ne dit pas son nom, elle ne se montre pas, elle reste invisible et, seules ses victimes la connaissent. Elle n’a rien de glorieux, elle est sans médaille. Elle est toujours perdue.
Ces nationalismes, ils s’activent désormais dans les régionalismes – catalans en Espagne ou « Ligue du Nord » en Italie. Ils ne fonctionnent que sur des prurits égoïstes qui, d’ailleurs, sont aux antipodes de la solidarité européenne. L’Europe, même si elle contestable dans son lobbying de grand marché et dans sa façon de mettre à plat les cultures et les peuples, demeure un vecteur de progrès pour les plus faibles, et, pour les plus riches, un rempart contre les dérives autoritaires de ceux qui rêvent de s’en prendre à toutes les libertés.
On en vient à préférer cette bureaucratie froide et peu démocratique à un pouvoir mégalomane dont le seuil de dangerosité sera un jour franchi.
La guerre civile met en scène l’autre pour créer ce fantasme et s’en nourrit pour réguler des tensions internes. Mais cette guerre, comme la Commune, ou comme hier en Espagne, c’est aussi un peuple qui divorce avec l’histoire qu’on lui impose, un peuple brisé de l’intérieur. Ou une Histoire qui s’achève quand, au sein d’une même nation, deux forces sont irréconciliables : le temps des révolutions. Ou la violence d’un gang vis-à-vis du peuple.
Et si, dans notre histoire contemporaine, nous en élions arrivés à ce point où la droite soldait ses comptes, où le libéralisme ne se souciait plus même de l’idée de nation ni de celle de régionalisme ou de fédéralisme ? Mais que cette droite n’était plus que l’émanation d’un petit clan mafieux fantasmé par quelques électeurs abusés, fascinés, pipolisés, shootés à TF1 ?
En réalité, le libéralisme est trans politique aussi longtemps que le politique le sert, de même qu’il ignore les frontières géographiques quand celles-ci lui fournissent l’esclavage moderne qu’il convient néanmoins de gérer quantativement .
Le libéralisme n’est ni une idéologie ni une doctrine. Il n’est qu’une pratique, amorale, qui n’ignore pas les différences mais, au contraire, s’en nourrit : le riche contre le pauvre, le fort contre le faible…
L’histoire bafouille et le libéralisme n’a rien de politique ; il méprise le citoyen pour ne connaître que celui qui gagne.
Peut-on alors parler d’humanisme, de progrès ? Le libéralisme ne sera jamais qu’un archaïsme, un échange tribal fondé sur la loi ancestrale du plus fort.
La guerre civile est ce point de confrontation entre deux camps qui auraient oublié qu’ils pouvaient coexister, débattre, combattre sans tomber dans la haine d’un affrontement où le vainqueur serait marqué du sceau du terrorisme d’état. Voire se fortifier dans l’affrontement et faire ainsi de la politique un modus vivendi. Or il est à craindre que la droite qui, en réalité, est en état de décomposition, n’active désormais cette vieille recette de la peur et de « l’ennemi intérieur » pour assoir une dictature mafieuse.
.Nous y sommes presque : Aujourd’hui le pitbull de l’UMP, Lefebvre, à propos des votations pour La Poste, déclare : « Les témoignages arrivent chaque jour sur les conditions staliniennes du vote. »
Le même jour, un Sarkozy de plus en plus momifié dans son langage calcifié et son masque de tics, octroie 2 milliards d’euros aux petits patrons pour la plus grande joie du MEDEF. Ah, les assistés ! Qui sont-ils vraiment ? Les plus faibles ? Allons, allons, la farce continue.
Caisses vides, argent pour les banquiers, pour les patrons, le social en berne… Mais qu’importe : provoquons ! Provoquons !
Le même jour, nous apprenons que la réforme des lycées voulue par Darcos et mise aux oubliettes pour cause de risques de turbulences dangereuses dans la rue , est réactivée Que cette réforme se conjuguera avec celle des retraites qui fédérera une autre population… Mettre le feu aux poudres ?
C’est en effet, peut-être, la stratégie de Sarkozy, celle de la tension et de la rue .Et d’une caricature de révolution à réprimer. Et qu’importe s’il ne pourra peut-être pas la maîtriser.
Le rêve d’une guerre pour dominer. Et s’il ne peut la faire, en réserve, ce fantasme de la guerre civile.
Commenter la politique revient inévitablement à figurer l’avenir de manière prédictive. Alors, le printemps sera-t-il chaud ? Oui, sans doute. Et même brûlant, parce que le Monarque saura en tirer les marrons du feu.
Sarkozy a tout intérêt à un printemps incandescent et à une terre brûlée de la politique où il règnerait en maître. Besancenot et Sarkozy ? Avec, au milieu, Cohn-Bendit pour la paix des braves ? Tout est possible, tout est achetable et, l’ennemi, pour son avantage, se taira d’être complice…
Il nous enferme dans un piège. Se battre ou ne pas se battre, il aura gagné.
Parce que le plan s’esquisse déjà : on le verra bientôt.
Les manifestations de lycéens et d’étudiants, les protestations syndicales et, comme par hasard, une réactivation violente des banlieues. Amalgame, état d’urgence, durcissement de la droite, provocations, réflexes de peur, pression sur les citoyens et les médias, dissidents forcément terroristes…
Je prends le pari.
On resservira encore le même plat dans les mêmes gamelles pour un peuple décervelé par TF1. Le désordre, les sauvages, les privilégiés, les fonctionnaires, les assistés d’un côté et de l’autre, les fragilisés, les artisans du marché noir, les restaurateurs de la mauvaise bouffe à TVA réduite, la vraie France, la France introuvable, nostalgique et pétainiste de Pernaut.
Les fantasmes l’emportent sur la réalité. Le réel n’est qu’une matière informe à laquelle seule la perception et, désormais, l’esprit démocratique, donnent sens.
Une bonne guerre c’est un détournement : les poilus de 14-18 sont morts pour rien. Qui a le courage de le dire ?
Une petite guerre pour Sarkozy, civile ou pas, et quelques sacrifiés à ses pieds, quel destin, n’est-ce pas ?
Qui fabriquera ce réel et l’image qui en résultera ? Lui ou Nous ?
Le vieux mythe gaullien de la Résistance se retrouve face à face avec la France pétainiste. Les rats sont de sortie. Sarkozy n’en finit plus de ronger son frein. Disons aussi qu’il se ronge les ongles jusqu’au coude, et que pour se la jouer homme d’action, en bon rongeur, il grignotera ce qu’il pourra à l’ombre des projecteurs. Le pouvoir, l’argent. S’en est-il d’ailleurs jamais caché ?
La démocratie, le débat n'ont plus de place ici : guerre ou guerre civile ?