samedi 31 octobre 2009

L'identité nationale? Chiche!


Par étymologie, l’identité est ce qui réunit dans un « même » quand la Nation, elle, renvoie au mot « naissance » avec cette revendication, qu’au-delà de la terre, lieu de toutes les racines et des prédestinations, il y a l’affirmation de la liberté qui met le citoyen au-dessus de la place à laquelle l’homme de l’Ancien Régime était assujetti.

Autant dire que s’il fallait débattre d’une « identité nationale » ce ne pourrait être que dans le cadre d'un dépassement des origines et des individualités pour revendiquer l’affirmation des valeurs universelles de la République dans le sens des idées de 1789 puis de « La Nation « en danger de Valmy !

Nous sommes donc bien loin de cette escroquerie intellectuelle et de cette manipulation de l’Histoire qui tendrait à rapporter ce concept politique à la nostalgie maurassienne de La Terre. Cette dernière n’a rien de politique, elle n’est que l’illustration d’un mythe des origines, un fantasme. Et ce n’est pas sans amusement que j’entends certains vilipender cette relation à la Terre tout en défendant « la Terre Promise » : passé et avenir se rejoignent ici dans un même culte dangereux pour lequel l’homme est déterminé à la fois par sa terre et son ethnie.

Ce qui n’est pas anodin c’est aussi ce glissement de sens entre terre et territoire - ce dernier marquant le lieu d’une clôture imposée, d’un lieu de seconde zone : territoires palestiniens ou territoires d’outre-mer, sortes de limbes qui instaurent une hiérarchie géographique dans la citoyenneté. L’homme du territoire est condamné à un décentrement, à l’errance, à la précarité et au non-droit quand celui de la terre est propriétaire par le seul fait d’un héritage.

Il y a donc cette terre liée aux privilèges et ces « territoires » dont la « banlieue » fut, hier comme elle l’est aujourd’hui, le lieu du bannissement, une zone de non-droit mais de devoirs imposés sans que les principes de l’égalité y prévalent.

Alors s’il fallait retenir l’idée d’une quelconque « identité nationale » ce serait bien loin de ces notions d’une terre originelle inégalitaire ou de terroirs avec leurs différences de fromages, de cépages ou de parlers régionaux.

N’en déplaise à Pétain, la Terre ment, elle ne fait que mentir. De même que Pernaut sur TF1 ne fait qu’insulter les valeurs de la République en occultant les banlieues –« zones dangereuses « – pour mettre en avant la France des terroirs, simple illustation d'un fascisme à la française.

Cette identité nationale serait plutôt la nécessaire lutte d’émancipation de ceux qui sont reclus dans les banlieues géographiques et mentales. Ce sont les résistances et les luttes qui font un peuple.
La Nation s’oppose à la terre, aux terroirs et aux territoires, elle n’est pas géographique mais seulement un lieu politique dans la revendication de l’universalité des principes républicains.


La vraie identité nationale ne saurait être l’objet d’un débat : elle est un combat !

samedi 24 octobre 2009

Le roi fainéant

Image Marianne 2

Rappelons-nous, l' Omniprésident, celui qui se moquait de Chirac et des "rois fainéants", celui qui disait "Je n'ai pas été élu pour ne rien faire"....

Aujourd'hui, grosse fatigue après des semaines de dégonfle! Notre Roi Fainéant prend donc 2 semaines de vacances au Cap Nègre où il est arrivé hier. Deux semaines pour ruminer sa vengeance car les crocs de bouchers vont être de sortie: le Roi ne pardonne jamais! Soigner son ego reste son seul projet.

Pas belle la vie?

Car le Prince Jean chassé par la porte reviendra par la fenêtre.
Car, dans cette république bananière, quand un vote à l'Assemblée, ne satisfait pas le pouvoir, on refait voter!
Car les journaux n'étant pas encore suffisamment couchés, on créera une "charte de déontologie" pour les museler davantage.
Car, car, car... La liste est si longue! Alors, avec notre nouveau Roi Fainéant, entonnons l'hymne de cette nouvelle devise républicaine:
"Sea, sex and sun.."

jeudi 22 octobre 2009

Le piège des scandales

Peinture de Denis Robert à propos de "L'affaire Clearstream"

Trop de visibilité aveugle.
Je m’explique : il y a ce qu’on montre, et même si cette représentation nous révolte, elle n’est souvent qu’ un cache pour des manipulations beaucoup plus inavouables qui se trament en coulisse.
En parcourant le net et les blogs, ces derniers jours, je me disais: RIEN.

Les feux de la rampe s’éteignaient, tout rentrait dans le silence et l’obscurité. Etait-ce moi ? Les mots me boudaient-ils ? En tout cas, tout semblait figé, voire en panne. La France entrait de nouveau dans son automne pluvieux après l’exhibitionnisme sarkoziste et ses multiples affaires récentes.
Comme prévu, le soufflé est retombé : circulez, il n’y avait rien à voir ! Hortefeux puis Mitterrand avaient fait le spectacle et puis étaient retournés à leur niche.

Et les acteurs ne manquent pas, Besson, Amara, Yade, Kouchner, les bons et les méchants… The show goes on. Du spectacle, il y en aura encore demain. En Sarkozie, on ne s’ennuiera jamais !

Ou, plus précisément, on ne nous donnera que ce qui est à voir : du scandale, encore du scandale, de ce scandale qui alimente les gazettes et nous détourne de toute réflexion sur ce qui est beaucoup plus grave : un détricotage de ce qui est au cœur de la démocratie, le suffrage universel.

Il est donc toujours nécessaire de retrouver le sens des mots par le biais de l’étymologie.

SCANDALE : du latin « scandalum », piège, obstacle. Emprunté au grec « skandalon », calque de l’hébreu « mickôl » : obstacle, ce qui fait trébucher.

Il s’avère qu’ainsi fonctionne le sarkozisme, par cette succession de scandales qui, même s’ils portent l’obscénité d’une vérité, nous détournent de ce que nous pourrions voir.

Alors, les provocations, les faux pas apparents continueront car, en nous offrant ce spectacle d’une forme de pornographie politique, ce sont des mesures attentatoires à la démocratie qui se mettent en place là où notre attention est distraite.

Dans la plus grande discrétion, on apprend ainsi que la moitié des élus locaux seront supprimés. Plus grave, ceux-ci seront élus à un seul tour. Ce qui signifie qu’il y aura un candidat de la majorité présidentielle et que s’il n’y a pas en face de lui UN SEUL candidat de l’opposition, celui-ci sera à coup sûr battu. Or, on se doute bien qu’il y aura plusieurs opposants, et s’il le faut, le pouvoir ira jusqu’à les fabriquer ! Le suffrage universel sera ainsi réduit à une farce. Car ensuite, ce système prévaudra pour toutes les élections !

On apprend aussi que l’Etat va investir 7 millions d’Euros dans Dailymotion : on peut être certains que le retour sur investissement sera surtout de l’ordre d’un contrôle sur le Net. Comme par hasard, Morano s’attaque de nouveau à internet comme menace pour les familles…
Internet et le suffrage universel sont aujourd’hui les deux remparts contre la dictature qui se met lentement mais sûrement en place. C'est le véritable enjeu du pouvoir.

Les scandales ne doivent donc pas nous empêcher de voir le véritable danger qui nous guette. On peut craindre que l’affairisme, l’immoralisme, le népotisme, la confusion idéologique cachent en réalité une disparition programmée de la démocratie et de la République.

dimanche 18 octobre 2009

Le Guide du Routard: Tintin au Vatican.


Ah, ce Guide du Routard ! Nul doute qu’hier il eût fait les délices d’un Roland Barthes dans ses « Mythologies », tant il s’est substitué aujourd’hui au bob Ricard pour le français en vacances !
Mais ne rions pas car il y a du religieux là-dedans.

Et, d’ailleurs, tout bon touriste se doit de le tenir en main, ce précieux livre, aussi sûrement que le curé d’autrefois, son bréviaire. L’uniforme a aussi quelque peu changé… Mais ce guide est celui d’une bonne parole qui vous mènera, en missionnaire, dans ces contrées inexplorées où vous êtes appelé à devenir un apôtre de la tolérance, du gay friendly, de la fête permanente, des droits de l’homme et tutti quanti.

Car ce guide vous enjoint de participer à cette communion universelle et apostolique à travers sa propre liturgie sous peine d’être le mauvais pêcheur. Il est, dans son sens étymologique un « missel » qui vous expédie en terre de conquête mais qui vous tient en laisse, vous, éternels routards de 18 à 88 ans, huilés et musculeux ou, plus souvent, bedonnants et variqueux.

Son universalité ? C’est celle de Tintin avec ses clichés et sa morale à dix sous. Mais qui n’a pas rêvé d’être Tintin ?

C’est tout le secret du Guide du Routard que de jouer sur ce fantasme qui nous infantilise et nous ravit tout à la fois … Vous voici au Congo ou au Tibet et cet ami qui vous veut du bien vous tient par la main, vous, petit enfant émerveillé, il vous conduit sur ces lieux dont il détient le secret… mais, hélas, si ratissés qu’on n' y verra que les traces des milliers de cars de tourisme qui vous auront prédécédé.

Ne serait-il alors qu’une bouée de sauvetage ? Un guide du croûtard pour le français soucieux de ne pas être empoisonné dans d’infâmes bouibouis ? Un signe de ralliement pour certains afin de s’isoler de la vulgaire masse anglo-saxonne ?
Car ne l’oublions pas, s’il est un devoir de participer aux rituels des indigènes, on n’est ni allemands, ni anglais… Quand même !

Et, sous le vernis de cette bonne convivialité française, sous les palmiers en plastique de Tahiti Beach, vous aurez oublié que « le guide du routard » c’est Hachette, du produit de grande consommation en tête de gondole dans toutes les grandes surfaces. Vous aurez oublié que vous n’êtes qu’un consommateur quand il vous tutoie et fait copain-copain en vous susurrant ses bons plans…

Parlons en, justement : des bons plans qui feront - j e l’ai expérimenté récemment – que vous irez à la gare routière en suivant leurs indications alors que, depuis des années, elle se trouve à l’autre bout de la ville ! Inutile de faire la liste des erreurs et des indications foireuses !
A vous de leur envoyer un mail pour qu’ils rectifient et ils vous remercieront par un autre mail pas même personnalité. Le copain routard n’était donc qu’un robot ! C’est donc ça, leur vraie convivialité : vous payez et à vous d’actualiser le produit !

Alors, pas besoin de ce racolage moralisateur au style mielleux dans une avalanche de clichés. Fuyez cette hypocrisie qui aliène votre regard et vous gave d’une vision prédigérée sur ce pays que vous croyez découvrir.

Ami voyageur, oublie ce guide qui feint de te faire croire à ton hypothétique jeunesse de routard quand, en réalité, il t’encage dans un tourisme de masse franchouillard.
Ami voyageur, si tu crains de partir vers l’inconnu, promène-toi plutôt sur internet, vogue sur les forums, imprime plans et indications que tu jugeras utiles. Tu y trouveras tout. De façon plus complète, plus actualisée, plus économique.

Et surtout n’oublie pas : tu n’es pas un enfant, tu es assez grand pour demander ton chemin… Alors ce voyage sera le tien !

samedi 17 octobre 2009

Les mensonges de la photographie


Nous croulons sous le poids des images, essentiellement des photographies.

Dans le règne de l’image, il faut remettre la photo à sa place : simple élément illustratif ou, au mieux, l’expression emblématique d’un moment. De rares photos d’actualité, quelques instants de vie répondent à cette exigence qui pourrait s’approcher de l’art. Pour le reste, à l’instar de celle qui précède ce texte, elle n’est rien d’autre que le résultat d’une mauvaise prothèse de l’œil qui pétrifie le vivant, le découpe en tranches et, ainsi, triche sur le réel.

Seule la photographie opérant un travail sur son médium parvient à transformer son sujet et peut prétendre rejoindre la peinture sur le terrain de l’art. Ce fut le cas pour Mapplehorpe et quelques autres - mais les exemples sont bien rares…

Cette mise à plat du regard, aussi sophistiquée et décorative soit-elle, nous trompe dans cette idéalisation qui nous incite à choisir un certain angle de vue, un cadrage, un contraste pour mettre en valeur un fragment qui jamais ne parviendra à dire le trouble d’une durée, des odeurs, des bruits ou des paroles échangées.
Pourquoi une photo « ratée » m’émeut-elle davantage ? Paradoxalement, la photo n’a d’intérêt que pour les scories qu’elle occulte, pour ce qu’il faudrait deviner hors de ce qu’elle désigne...

En niant la durée, la photo fige la vie et réduit êtres et choses à des surfaces qui, pourtant, aujourd’hui consacrent le triomphe de l’apparence.
La photo se consomme et se consume, elle ne brille que dans la mode.
Elle ne fixe le temps que dans l’éternité du présent dans lequel on nous berce. Et, aussi, parce qu’elle fait semblant de pénétrer l’intériorité, elle est trompeuse dans ce qu’elle feint de dévoiler : je donne raison à ces peuples qui craignent qu’en les photographiant on ne leur vole une partie de leur âme.

Mais dans l’univers de la marchandise, la vie se réduit à un décor pour lequel une pléthore de magazines plus ou moins « luxueux » nous fournissent, jusqu’à indigestion, de « jolies images » dont le choc n’a d’égal que le chic.
Du chiqué, du faux, des coques vides. Non pas seulement dans l’intention mais déjà, donc, dans l’usage même de la photographie.

Ayant eu, il y a longtemps, l’occasion de travailler brièvement dans une agence de presse photographique, je me souviens de ces heures fastidieuses à compulser, dans l’urgence, des montagnes de clichés. Pour rechercher untel en compagnie d’untel, untel à tel endroit, untel avec un chien ou sur un bateau… A dépouiller tout cela, j’éprouvais, au-delà de l’ennui, l’impression triste d’errer dans un cimetière.
J’ai longtemps voyagé sans appareil photo, je n’y ai jamais rien perdu.

jeudi 15 octobre 2009

Lettre à Frédéric Mitterrand


Il y eut d’abord ce souvenir confus d’un beau livre que vous aviez écrit : « Lettre d’amour en Somalie ». Troublant parce que parcellaire et que les silences qui le traversaient donnaient à vos phrases cette légèreté dans la mouvance des mots. A cet espace lointain et rude répondait le souffle d’une intériorité et d’un partage avec l’autre. De ce texte si lointain et de la vie qu’il irriguait, je ne doute pas que la nostalgie vous hante encore. Mais la jeunesse s’est effritée et son innocence. Et cette poussière dorée qui s’élevait de vos mots s’est muée en une mauvaise quête de l’or, du luxe et du pouvoir.

J’écris ces mots quelque part au Maroc. Vous aussi avez dû être saisi par l’intensité des déserts. Car écrire, vous le savez, c’est retourner beaucoup de poussière, c’est marcher, fouler des terres ingrates. Avec toujours cette poussière qui s’envole sous vos pas avant qu’elle ne se colle un peu partout sans qu’on la voie vraiment. C’est donc en traversant ces espaces arides, criblés de ronces et de gens pauvres, que je vous écris en mesurant tout ce que vous avez perdu.

Plus au nord, à Larache, se trouve la tombe de Jean Genêt.
Nul besoin de partager ses attirances pour être fasciné par l’écrivain. Qui pourrait juger d’une œuvre où le désir est à nu, où une tendresse violente et crue investit chaque mot ? Parce qu’il criait, ne demandait rien - ni compassion, ni pardon - et que sa vie se satisfaisait d’une simple valise. Dans son refus de tout compromis, dans la défense absolue de tous les exclus, il resta incorruptible. Sa vie était-elle « mauvaise » qu’il la traîna sans honte, au-delà de toute rédemption, comme une forme de sainteté.

Comme lui, un autre écrivain « sulfureux », Tony Duvert, finit par se réfugier dans le silence et l’oubli. On ne juge pas la vie d’un écrivain. Loin des micros et des caméras, la pauvreté pour peu que vous appreniez à la connaître, vous accordera toujours la dignité.

Dans un registre mystique, Charles Foucaud, quant à lui, trouva son salut sur le chemin du désert.
Car la « mauvaise vie » se paie comptant, au quotidien, et ne s’efface ni dans la douleur des mots ni dans le miroir orgueilleux où l’on vient parfois pleurer sur soi-même.
Or cette vie là, Monsieur Mitterrand, vous avez voulu la vendre, vous l’avez exhibée comme un produit bon marché et de grande consommation avec cette illusion qu’on pourrait faire de l’or avec la boue. Vous n’avez eu de cesse de l’utiliser pour gravir les échelons d’une gloire qui vous ronge et vous arborez cette tristesse de ceux qui se trahissent pour un « destin » qui a enseveli cette lointaine jeunesse de Somalie.


Mais qui pourrait juger l’homme à l’aulne de cette fonction que vous avez choisie et qui, au fond de vous-même, ne vous sied pas ? Qui pourrait juger quand, de la blessure infligée à soi-même ou à autrui, on ne saura jamais laquelle est la plus vive alors que toutes ces blessures finissent par se mêler dans un même fleuve - ou plutôt dans cet égout putride qui trahit, pour chacun, nos lâchetés et le versant obscur de nos existences ?

En art comme en Littérature, il serait vain de professer le moralisme. Il n’est affaire que de citoyenneté et de politique. Que le balancier hésite d’un côté et, aussitôt, de l’autre, des forces contraires s’agiteront. Ici, les « fleurs du mal » ne s’éradiquent pas à renfort de décrets, elles saignent dans l’intimité des mots ou dans la charge des couleurs et des formes.

Dans ce clair obscur de nos vies, chacun cherche sa voie et nul doute que l’homme sensible que vous fûtes se fraye désormais un chemin d’autant plus difficile qu’en vous, transparaît ce miroir qui se lézarde. Un thème romanesque, n’est-ce pas ?

Car cette « mauvaise vie » c’est maintenant qu’elle vous atteint dans l’exercice du pouvoir. Qu’elle s’agrippe à vous au point de ronger vos souvenirs ou vos rêves. Vous voudriez en faire une souffrance quand vous ne faites que bronzer tristement à la lumière de la gloire.

Certes un Ministre peut toujours présenter sa démission : l’homme, lui, ne connaît que la rémission. Retrouvez donc ces déserts et ces espaces en friche de la littérature qui, j’en suis certain, vous hantent. Là, il n’y a rien à trahir. Seulement écouter le sablier du temps qui scande l’humble condition humaine et qui guérit des mauvaises ambitions.

C’est tout ce bonheur que je vous souhaite.

Sidi Kaouki, le 15 octobre 2009

mardi 13 octobre 2009

Eloge du régicide


Du bon usage de la guillotine ?
Oui, je sais, je sais : provocation ! Et qu’on se rassure : si je dois faire l’éloge de la machine à rétrécir ce n’est que de manière symbolique et par dérision. La peine de mort étant l’expression de la violence extrême et de la vision la plus réductrice de l’humain, ne comptez pas sur moi pour la regretter.

Mais raccourcir « symboliquement » un Roi reste un projet séduisant pour celui qui n’a d’horizon que la République quand il ne faut pas oublier que la tentation monarchique n’a cessé de hanter la politique depuis la Révolution Française. Nous sommes un peuple régicide !

Or la question du « légitimisme » revient sur le devant de la scène avec le Prince Jean. Inutile de résumer les prétentions de celui-ci à la présidence de l’EPAD, affaire que chacun connaît désormais.En revanche, écoutons l’argumentation de ses défenseurs - laquelle ne fait que révéler davantage la justesse des critiques de ses détracteurs : « Un procès en légitimité ».

Légitimité d’avoir, à 21 ans, été élu Conseiller général de Neuilly-Sud au suffrage universel ! C’est oublier un peu vite que Neuilly n’est pas la France et que, face à un candidat de gauche, on y élira toujours un chien, un cheval ou un âne. On y a donc élu le nom propre qui avait été désigné. Le nom de Sarkozy.

Or nous connaissons ces légers glissements de sens, ces modulations sémantiques dans lesquelles se joue souvent la politique. Le lapsus n’est jamais loin pout trahir la vérité : Légitimité, entendons-nous donc partout.

Mais j’entends le mot « légitimisme ».

Légitimisme : qui défend une dynastie considérée comme légitime, les droits héréditaires au trône. » (Dictionnaire Larousse)

Je n’oublie pas les déclarations du père de Nicolas Sarkozy qui disait souhaiter une dynastie sur son nom et sur plusieurs générations ! Qu’on ne me dise pas que l’actuel président de la République fut tout à fait sourd à ces rêves inavouables…
Et ce mot « légitimité » qu’on reprend en boucle résonne comme un aveu.
La légitimité c’est le droit accordé à un peuple, le légitimisme c’est le droit du seul patronyme.
Mais on ne touche pas impunément au sacré. Il faudra donc désigner encore un coupable, un mauvais peuple à traduire devant le tribunal de l’opinion. Alors ne doutons pas que les casseurs de Poitiers, vous les reverrez souvent. Ces bons casseurs qui viendront au bon moment rappeler au petit peuple qu’un grand monarque les protège. Et que de cette protection, il tient sa légitimité !

Des casseurs, encore des casseurs, qui briseront du sacré, qui graffiteront les façades des églises et des monuments historiques…. Et de bons terroristes fabriqués ! Dans les poubelles dans lesquelles le pouvoir fait sa soupe, on en trouvera toujours.

Il est bon d’avoir l’esprit ailleurs. Et d’être ailleurs. Dans quelques heures aéroport de Marseille puis Sud marocain. Marcher, retourner des cailloux et des idées… Question : dois-je emporter l’ordinateur ?

dimanche 11 octobre 2009

1968: la mort de la gauche.


L’extinction de la gauche, paradoxalement, débute en 68 quand se décomposent déjà tous les paramètres économiques et sociaux nés de la révolution industrielle.

Disparition de la paysannerie, marginalisation de la classe ouvrière, cette époque marqua l’émergence triomphante de la petite bourgeoisie et du secteur tertiaire. Le « service » devint cette part productive de biens « immatériels », la production étant en quelque sorte reléguée dans l’univers du magique ou, plus exactement, dans les contrées lointaines de l’Inde ou de la Chine.


En fait on peut penser que la gauche politique qui arriva au pouvoir, avec Mitterrand ou Jospin, n’était plus que le fantôme, le revenant d’une mort déjà pogrammée sinon déjà entérinée : celle de l’apothéose du travail et de ceux qui le revendiquaient. Désormais les classes sociales se désagrégeaient, une indistinction feinte se créait entre riches et pauvres si bien que les anciennes valeurs de la gauche fondées sur la défense du travailleur disparurent peu à peu. De même que le travail s'effaçait devant le capital.

Qu’on ne s’étonne donc pas si dans le sillage de cette évolution, le communisme finit par se dissoudre et que l’ancien peuple, privé de ses repères, se réfugia dans le populisme du FN, c'est-à-dire dans une illusion de ce qu’il était, une nostalgie, un fantasme.
La question sociale fut en réalité dissoute dès les années Mitterrand.

On la remplaça par une thématique qu’on proclama de gauche : la question sociétale.

Il n’y avait plus de travailleurs mais seulement des communautés, des juxtapositions de conflits transhistoriques qu’il convenait de résoudre : relations ethniques, générationnelles, sexuelles, culturelles…Une nouvelle histoire fondée sur l’éparpillement, la confusion idéologique et de nouveaux conflits d’intérêts, se créait ainsi sur les décombres des mouvements ouvriers et paysans.

Mai 68 fut le Cheval de Troie de cette mutation : on vit entrer Cohn-Bendit, Glucksman, BHL, et tant d’autres dans le ventre de la bête et, comme dans la mythologie, la gauche fut investie par ceux qui avaient été accueillis mais dissimulés jusqu’à l’instant où ils découvrirent leur vrai visage : la promotion de l’ultra libéralisme.
Les événements récents ne cessent d’amplifier ce malaise d’une droite et d’une gauche, en France et ailleurs, incapables de se différencier. Moralisme ou amoralisme, autoritarisme ou liberté peuvent ainsi changer de camp d’un jour à l’autre puisqu’il n’y a plus de différence substantielle… ce qui apparut magistralement quand l’Affaire Mitterrand déboussola totalement la classe politique.

Pas idiote, Le Pen comprit qu’il y avait un holdup up à réaliser sur cette perte des repères dont le peuple souffrait. Mais bien sûr, en dehors de la condamnation outrée et de son antienne sur le « tous pourris » de la classe politique, elle était bien incapable d’apporter des solutions – lesquelles sont à gauche et nulle part ailleurs. Pour peu que la gauche revive!


Recréer la gauche ne consiste pas dans la réforme de ses appareils : à quoi servirait un navire qui ne saurait vers quel cap se diriger ? La gauche doit d’abord, avant même de chercher ses figures emblématiques, définir quel est ce cap, quels sont ses forces, quels sont ses ennemis.

Il faut sortir de ce tumulte sociétal fait de la burka de l’une ou de l’homosexualité de l’autre et où l’on oppose quotidiennement les banlieues à une France mythique.

Arrêtons d’utiliser Le Pen pour aiguillonner sans cesse la question sociétale au détriment des problèmes réels : moralisation de l’économie, égalité salariale entre hommes et femmes, blancs, noirs ou arabes, égalité dans l’éducation…

Nous sommes loin de tout cela parce qu’on part sans cesse de l’idée d’un peuple divisé.

Divisé, il l’est en effet. On l’orchestre quotidiennement à la télévision. Le peuple est schizophrène comme les individus qui le composent : exploité au travail mais adepte de la téléréalité, précaire mais adorateur de stars… Le peuple a été ébloui, brisé, éclaté dans une multitude d’images qui le détournent de sa substance. Le peuple ne sait plus qui il est, où il est.

Or un peuple n’est pas une addition de minorités qu’il conviendrait de défendre. Un peuple est un ensemble de différences qu’il faut respecter, quelles qu’elles soient. Mais ce n’est pas en « métissant », en mettant dans un gouvernement un arabe, un juif, un homosexuel ou je ne sais qui encore qu’on représentera ce peuple ou qu’on le gouvernera.

Tant que la gauche faillira à redonner au peuple son identité et sa dignité, à lui proposer des valeurs et une culture en rupture avec les modèles de consommation et de spectacle qu’on lui a imposés, tant qu’elle ne saura pas rompre les clivages sociétaux pour inventer une nouvelle solidarité, elle n’existera pas.
A lire aussi ce très bon texte de Cromwell bar:

samedi 10 octobre 2009

La presse en crise


Qu’importe désormais le personnage de Mitterrand : malgré les contradictions évidentes lors de sa dernière prestation télévisuelle, je lui accorde volontiers le bénéfice du doute en rappelant toutefois que ce que j’ai pu mettre en cause, ce n’est pas l’homme. A lui de se contempler dans son miroir, exercice qu’il n’a cessé d’accomplir avec constance dès le début de sa carrière … Ce n’est que le Ministre qui est en cause, le symbole des valeurs de la République et personne d’autre... si ce n’est celui qui, pour des raisons douteuses, l’a placé à ce poste.

Je rappellerai aussi que personne ne l’a traîné dans la boue mais que c’est lui-même qui a retourné cette boue en ravivant ses écrits dans sa défense de Polanski.

Nous pouvons être fiers qu’en France - et je le dis sans arrière-pensée – il n’y ait pas de journaux comme El Pais qui n’a pourtant rien d’un tabloïd mais qui titre « Le Ministre pédophile de Sarkozy », ou bien, en Italie : » Le ministre est un gay pédophile, Sarkozy le défend » (« Libero ») ou « Le ministre est pédophile, Sarkozy embarrassé » (Il Giornale).


Mais en dehors de ces condamnations expéditives, peut-on être fiers de la presse française à propos de cette affaire ?

Durant toute cette semaine, rien sur la première page du Monde, pas un mot. Si ce n’est cet éditorial du samedi 9 octobre pour absoudre le Ministre et condamner le lynchage dont il est victime… Plus grave encore, dans des circonstances qui lui imposent au moins une certaine décence, voici Mitterrand invité de ce bon Drucker dans l’émission familiale « Vivement dimanche » ! Le prêtre de la religion sarkoziste et le petit milieu du show-bizz avec Dujardin et Amanda Lear pour épauler le Ministre !

Qui osera encore dire que la presse et la télévision ne sont pas aux ordres du pouvoir ? Celui-ci ne comprend-il pas que cette opération de communication est tellement énorme qu’elle décrédibilisera ceux qui s’y seront prêtés ?

Presse poubelle ou presse moraliste apparaissent bien ici comme les deux versants d’une même médaille : procès à charge contre un homme ou procès à charge contre ceux qui ont condamné ses paroles. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les faits qui ont été escamotés. Aucune enquête. Rien. Toujours le spectacle et l’exclusion du réel.

La presse est en crise, dit-on. Mais qu’on cesse d’agiter un contexte de crise économique quand c’est d’une crise morale dont il s’agit.

vendredi 9 octobre 2009

Le poison du spectacle.


Lorsqu’une « affaire » surgit, c’est toujours dans une mise en scène médiatique dont la dramaturgie se nourrit de ces ingrédients intemporels que sont le pouvoir, le sexe et l’argent.

Mais il y faut aussi quelques personnages hors du commun et, on l’oublie trop souvent, un public… Ce dernier n’est pas seulement le destinataire, il est celui qui est amené à « juger » alors que le flux de l’information nous raccroche malgré nous à la horde : nous sommes dans le spectacle, on ne nous épargne aucune distance ni dans le temps du récit, ni dans celui de la réflexion.

Et j’avoue prendre parfois conscience de hurler, malgré moi, avec les loups… car nul ne peut tout à fait se soustraire à ce spectacle puisque c’est par lui que nous sommes « informés » et qu’il nous interdit ce recul nécessaire à l’objectivité de l’écrit. Oublier la distance, c’est toujours se perdre un peu…

Nous voici donc, d’affaires en affaires, projetés dans un théâtre où la pièce ne peut s’achever que par le triomphe de l’un ou la mort symbolique de l’autre, que par une forme de rédemption au terme de cette lutte du bien et du mal…

Or, pour le public, rien n’est pire que ces histoires qui démarrent avec panache pour, au cours de l’action, se dégonfler comme une baudruche. Et le danger réside dans le fait que le spectateur s’est substitué au citoyen et que, là où s’exerçait une contestation idéologique, on peut craindre que, la foule ayant remplacé le Peuple, le hooliganisme, la violence bête et sans projet, ne viennent prendre la place des anciennes solidarités et des luttes sociales.

A l’incohérence, à la simplification, à la démagogie du pouvoir répond souvent cette force brouillonne qui finit souvent par se retourner contre ce pouvoir accusé alors de tous les maux.
Un peuple honteux est volontiers schizophrène…

Pour revenir à l’actualité, on peut donc déclarer terminée « l’Affaire Mitterrand », par faute de rebondissements, par l’apparition du « héros » qui, une fois passé dans la machine à laver du JT en ressort encore utilisable à défaut d’être vraiment blanchi.

Ainsi se répète toujours cette même scénographie - que le héros s’appelle Hortefeux , Kouchner ou Mitterrand : on en connaît à la fois les ressorts internes et les trucages, les effets de cape et le dénouement. Seule l’Affaire Clearstream reste ouverte dans la mesure où Sarkozy ne dispose peut-être pas de tous les leviers…
Mais, derrière le héros, on oublie trop souvent le jeu des autres protagonistes qui, dans l’ombre, travaillent pour leur propre intérêt. Ainsi «l’affaire Mitterrand » a-t-elle mise en scène, dans le même camp, deux personnages inconciliables, Le Pen et Hamon, tandis que de l’autre côté s’agitaient Lang, Amara et toute la garde rapprochée du Président.

Or, et c’est là que l’action atteint son paroxysme, intervient un personnage double, imprévisible qui joue dans tous les camps mais surtout pour lui-même et qui souvent surgit comme le « deus ex machina » du système médiatique : Daniel Cohn-Bendit.

Ainsi tout lui sera toujours pardonné. Quoiqu’il dise, on le défendra avec cette justification: « Il est comme ça, Dany, toujours un peu provocateur… » Il dispose donc du droit à l’insulte, à la colère, à la mauvaise foi… Tout lui sera autorisé – jusqu’à l’absurde.

Car suivons un peu le jeu récent de l’acteur : d’abord il condamne Polanski, histoire de se placer côté vertu puis, hop, glissade côté vice avec, pour défendre Mitterrand, cette énormité : « Hamon démission ! »

Il faut une tête ? Ce sera celle de Benoît Hamon !

Pourquoi ? Pour la seule raison que si Marine Le Pen déclare un jour aimer le chocolat, il est de votre devoir de dire que vous le détestez.

Hamon a été ici tellement naïf qu’il n’y eut aucune voix à gauche pour le défendre et, qu’en réalité, c’est lui qui quitte la scène, déconfit, sur la pointe des pieds, presqu’en s’excusant… Même si Hamon avait raison : on ne peut, en effet, sans un minimum de vertu prétendre à un Ministère.

Merci donc à Cohn-Bendit d’avoir donné cette nécessaire touche de « moralité « à la fin de la pièce ! Celle qui consiste à permettre la dérobade de l’accusé par la dénonciation de l’innocent.

Cette moralité qui fonctionne en boucles dans les médias et qu’incarne si bien notre trublion officiel : du libertaire pour les mœurs. Du libéralisme dans l’économie.

« Jouissez sans entrave entre deux suicides à France Télécom ».


Morale contemporaine enrobée de cynisme. Le pire du libertaire, le pire du libéralisme ! Le tout entre deux feuilles de salade pour cette couleur verte qui permet aujourd’hui de digérer le tout. Tout le sucré salé du hamburger !

On comprend bien pourquoi on le cajole tant, notre Cohn-Bendit, aussi bien dans les médias que dans le pouvoir: Hulot est trop gentil et un peu dans la lune. Cohn-Bendit tue avec le sourire. Normal, puisque nul ne l’attaquera jamais. Personnage nietzschéen « au-delà du bien et du mal », il restera le héros du spectacle dans lequel la foule aime se vautrer.

Mais ce héros qui porte le nom de Cohn-Bendit, de Sarkozy ou d’un autre, qui est-il ? Car qu’importe son nom, l’homme en lui-même n’est pas haïssable : il ne joue que le rôle que le peuple avili lui assigne.

Et ce rôle c’est d’incarner un désir et voila pourquoi les visages des politiques se confondent avec ceux des pipoles à la une des médias. La politique n’est pas faite pour répondre à des fantasmes et pourtant elle se dissout toujours plus dans le star system : est- il certain que les politiques en portent toute la responsabilité ?

Le désir est dangereux. A un moment de l’histoire, ailleurs, Mussolini l’incarna. On sait comment il finit.

Monsieur le Président, les mots aussi sont terribles, méfiez-vous des « crocs de bouchers » : le désir est versatile. Ne soyez pas le reflet d’une population dans ce qu’elle a de pire mais donnez une ligne directrice à un peuple !

Les acteurs de la vie publique doivent cesser de se regarder comme acteurs de théâtre. La célébrité n’est rien : Obama devient-il Prix Nobel qu’aussitôt Sarkozy est rejeté loin de la lumière et des micros!

Madame de Staël disait que la gloire était le deuil du bonheur…
Le peuple n’aspire pas à la gloire, juste à ce petit bonheur du quotidien, si difficile pour beaucoup. Il est encore temps pour tous les politiques de quitter la scène et d’y travailler –réellement.

jeudi 8 octobre 2009

De l'Affaire Mitterrand à l'Affaire Carla Bruni


Souvent, en politique, les affaires s’emboitent comme des poupées gigognes si nombreuses qu’elles finissent par étouffer la vérité. On le voit, bien sûr, dans l’affaire Clearstream où jamais les juges, s’ils en ont vraiment l’intention, ne parviendront à démêler l’impossible écheveau de l'innocence ou de la culpabilité.

Mais il arrive qu’une affaire permette d’en révéler une autre qui jusqu’alors n’aspirait qu’à rester à l’ombre : Suisses et américains eurent le mauvais goût de déterrer une vieille histoire, cette affaire Polanski dont la France aurait souhaité qu’elle restât dans les oubliettes de l’histoire… Elle devint pourtant une boite de Pandore quand notre Ministre des Affaires Etrangères et, surtout, celui de la Culture se précipitèrent au secours d’un délinquant désormais sanctifié comme « victime » ! L’affaire Polanski devint l’Affaire Mitterrand.

Tout a été dit sur ce qui met en lumière l’extraordinaire amoralisme de notre gouvernement mais ne rêvons pas, aurions-nous un ministre assassin, il serait protégé aussi longtemps que César ne baisserait pas le pouce pour le livrer aux fauves et laisser la dépouille au milieu de l’arène.

Cette Affaire restera pourtant inédite pour l’incroyable cordon sanitaire que l’ensemble des médias, de droite comme de gauche, auront établi pour protéger un Ministre. La vérité brute, et connue, est-elle trop triviale ? Frédéric Mitterrand aimait payer les jeunes garçons comme son prédécesseur à la Villa Medicis, Balthus, aimait les petites filles. Balthus, de Rome à Gsdat, lui aussi, tiens, tiens… Sensibilité d’artistes, me direz-vous….

Cette réalité crue se pare, pour la presse, de bien d’autres mots. Ceux de la désinformation sans complexe. Pour Yves Calvi, ce sont des « fantasmes littéraires », pour Rue 89 on évoquera un « roman autobiographique » dont le doux oxymore voudrait cacher la délectable porosité du vice, pour le Nouvel Obs on parlera d’ « une rumeur persistante sur la toile. » Et en effet, ici et là, on usera de cette inflation de la « rumeur » et des conditionnels quand il suffit de dire que Mitterrand a bien écrit noir sur blanc, quelqu’en soit la qualité du style, un livre qui n’a rien de romanesque.

Mais à trop monter aux créneaux, on s’expose dangereusement et une vérité bien plus grave que celle qu’on voulait taire finit par surgir. Et l’Affaire Mitterrand devient l’Affaire Carla Bruni.
Pourquoi ? Pour disqualifier toutes les attaques contre Mitterrand, on voulut utiliser la charge de Marine Le Pen. Le stratagème eut peut- être fonctionné s’il ne s’était trouvé un homme de gauche, un seul, qui sauva l’honneur de son camp. Hamon, donc, rompit ce pacte du silence qui se susurrait honteusement entre les antichambres des ministères et les décombres de la gauche caviar.

Après tout, dans ces journées où d’éminents membres du gouvernement remettaient la castration chimique à la lumière projecteurs, il eût été dangereux d’évoquer certaines perversions…

Mais voici qu’entre en scène, le porte-parole officieux de Carla Bruni, Christophe Barbier avec cet incroyable titre dans l’Express : « La fachosphère accuse Frédéric Mitterrand de pédophilie »
Ainsi le Directeur de la Rédaction d’un journal substitue-t-il le mot « fachosphère » à celui de « blogosphère », ce qui n’a rien d’innocent quant aux menaces qui pèsent désormais sur le Net. Mais rappelons que, il y a un an, lorsque Christophe Barbier épousa Yamini Kumar-Cohen, Carla Bruni, Notre Première Dame, était aux premières loges pour les noces de l’un de ses proches. Rappelons aussi que, bien avant que cette affaire n’éclatât, on évoquait l’influence de Carla pour la nomination de son ami Mitterrand comme Ministre.

Carla Bruni savait qui était Frédéric Mitterrand. Peut-être alors se plait-elle à errer dans ces marécages comme dans un jardin des délices…
La vie privée et la vie publique sont si intimement liées que personne ne se sera scandalisé en consultant le site internet qu’elle vient d’ouvrir. Entre quelques bonnes actions proclamées sur la culture en prison et la lutte contre le Sida, la plus grande partie du site est consacrée à Jean-Paul Gaultier dont le groupe Hermès détient 45% des parts.

Insupportable mélange des genres.
Que dirait-on si le site de Michèle Obama faisait ostensiblement la promotion d’un groupe privé ? C’est donc bien d’affaires qu’il s’agit, affaires de porte-manteaux dans l’univers anorexique de la mode et du luxe, affaires d’argent et d’influences.
Derrière l’hagiographie officielle de Carla Bruni, derrière sa « sensibilité », ses drames, son talent, quel journaliste osera dénoncer « l’Affaire Carla Bruni » : comment est-elle arrivée là et pourquoi ? Quels sont les réseaux qui l’ont placée dans ce lieu stratégique ? Quel est son rôle exact dans l’Etat ?
Le citoyen a le droit d’obtenir des réponses claires à ces questions. Il a en tout cas le devoir d’interdire ce mélange des genres entre l’affairisme et l’acceptation d’une charge honorifique dans la République.

mardi 6 octobre 2009

Sarkozy: la tentation de la guerre civile.

La guerre civile reste toujours un moment marqué au fer rouge de l’ l’histoire – un tabou, un épisode honteux sans que parfois le citoyen, une fois les cendres éteintes, ne prenne vraiment parti.

Comme si cet affrontement ne ressortait toujours que du nationalisme dans ce qu’il contient de pire : une clôture. Se fermer non seulement au lointain mais aussi aux proches, pour ne pas dire à soi-même. Le barbelé comme symbole de la politique quand celle-ci aurait pu être ouverture à l’autre.

Cette guerre naît le plus souvent sur un terreau nationaliste par ce fantasme de l’identité, celle d’un peuple propriétaire de son sol, de son histoire, de son destin. Mais aussi dans une lutte contre lui-même, quand il ne sait plus qui il est, dans quelle figure il doit s’incarner. Propriétaire et étranger, exproprié et conquérant. Cette guerre ne dit pas son nom, elle ne se montre pas, elle reste invisible et, seules ses victimes la connaissent. Elle n’a rien de glorieux, elle est sans médaille. Elle est toujours perdue.

Ces nationalismes, ils s’activent désormais dans les régionalismes – catalans en Espagne ou « Ligue du Nord » en Italie. Ils ne fonctionnent que sur des prurits égoïstes qui, d’ailleurs, sont aux antipodes de la solidarité européenne. L’Europe, même si elle contestable dans son lobbying de grand marché et dans sa façon de mettre à plat les cultures et les peuples, demeure un vecteur de progrès pour les plus faibles, et, pour les plus riches, un rempart contre les dérives autoritaires de ceux qui rêvent de s’en prendre à toutes les libertés.
On en vient à préférer cette bureaucratie froide et peu démocratique à un pouvoir mégalomane dont le seuil de dangerosité sera un jour franchi.

La guerre civile met en scène l’autre pour créer ce fantasme et s’en nourrit pour réguler des tensions internes. Mais cette guerre, comme la Commune, ou comme hier en Espagne, c’est aussi un peuple qui divorce avec l’histoire qu’on lui impose, un peuple brisé de l’intérieur. Ou une Histoire qui s’achève quand, au sein d’une même nation, deux forces sont irréconciliables : le temps des révolutions. Ou la violence d’un gang vis-à-vis du peuple.

Et si, dans notre histoire contemporaine, nous en élions arrivés à ce point où la droite soldait ses comptes, où le libéralisme ne se souciait plus même de l’idée de nation ni de celle de régionalisme ou de fédéralisme ? Mais que cette droite n’était plus que l’émanation d’un petit clan mafieux fantasmé par quelques électeurs abusés, fascinés, pipolisés, shootés à TF1 ?
En réalité, le libéralisme est trans politique aussi longtemps que le politique le sert, de même qu’il ignore les frontières géographiques quand celles-ci lui fournissent l’esclavage moderne qu’il convient néanmoins de gérer quantativement .

Le libéralisme n’est ni une idéologie ni une doctrine. Il n’est qu’une pratique, amorale, qui n’ignore pas les différences mais, au contraire, s’en nourrit : le riche contre le pauvre, le fort contre le faible…

L’histoire bafouille et le libéralisme n’a rien de politique ; il méprise le citoyen pour ne connaître que celui qui gagne.

Peut-on alors parler d’humanisme, de progrès ? Le libéralisme ne sera jamais qu’un archaïsme, un échange tribal fondé sur la loi ancestrale du plus fort.

La guerre civile est ce point de confrontation entre deux camps qui auraient oublié qu’ils pouvaient coexister, débattre, combattre sans tomber dans la haine d’un affrontement où le vainqueur serait marqué du sceau du terrorisme d’état. Voire se fortifier dans l’affrontement et faire ainsi de la politique un modus vivendi. Or il est à craindre que la droite qui, en réalité, est en état de décomposition, n’active désormais cette vieille recette de la peur et de « l’ennemi intérieur » pour assoir une dictature mafieuse.

.Nous y sommes presque : Aujourd’hui le pitbull de l’UMP, Lefebvre, à propos des votations pour La Poste, déclare : « Les témoignages arrivent chaque jour sur les conditions staliniennes du vote. »

Le même jour, un Sarkozy de plus en plus momifié dans son langage calcifié et son masque de tics, octroie 2 milliards d’euros aux petits patrons pour la plus grande joie du MEDEF. Ah, les assistés ! Qui sont-ils vraiment ? Les plus faibles ? Allons, allons, la farce continue.

Caisses vides, argent pour les banquiers, pour les patrons, le social en berne… Mais qu’importe : provoquons ! Provoquons !

Le même jour, nous apprenons que la réforme des lycées voulue par Darcos et mise aux oubliettes pour cause de risques de turbulences dangereuses dans la rue , est réactivée Que cette réforme se conjuguera avec celle des retraites qui fédérera une autre population… Mettre le feu aux poudres ?

C’est en effet, peut-être, la stratégie de Sarkozy, celle de la tension et de la rue .Et d’une caricature de révolution à réprimer. Et qu’importe s’il ne pourra peut-être pas la maîtriser.
Le rêve d’une guerre pour dominer. Et s’il ne peut la faire, en réserve, ce fantasme de la guerre civile.

Commenter la politique revient inévitablement à figurer l’avenir de manière prédictive. Alors, le printemps sera-t-il chaud ? Oui, sans doute. Et même brûlant, parce que le Monarque saura en tirer les marrons du feu.

Sarkozy a tout intérêt à un printemps incandescent et à une terre brûlée de la politique où il règnerait en maître. Besancenot et Sarkozy ? Avec, au milieu, Cohn-Bendit pour la paix des braves ? Tout est possible, tout est achetable et, l’ennemi, pour son avantage, se taira d’être complice…

Il nous enferme dans un piège. Se battre ou ne pas se battre, il aura gagné.
Parce que le plan s’esquisse déjà : on le verra bientôt.

Les manifestations de lycéens et d’étudiants, les protestations syndicales et, comme par hasard, une réactivation violente des banlieues. Amalgame, état d’urgence, durcissement de la droite, provocations, réflexes de peur, pression sur les citoyens et les médias, dissidents forcément terroristes…

Je prends le pari.
On resservira encore le même plat dans les mêmes gamelles pour un peuple décervelé par TF1. Le désordre, les sauvages, les privilégiés, les fonctionnaires, les assistés d’un côté et de l’autre, les fragilisés, les artisans du marché noir, les restaurateurs de la mauvaise bouffe à TVA réduite, la vraie France, la France introuvable, nostalgique et pétainiste de Pernaut.
Les fantasmes l’emportent sur la réalité. Le réel n’est qu’une matière informe à laquelle seule la perception et, désormais, l’esprit démocratique, donnent sens.

Une bonne guerre c’est un détournement : les poilus de 14-18 sont morts pour rien. Qui a le courage de le dire ?
Une petite guerre pour Sarkozy, civile ou pas, et quelques sacrifiés à ses pieds, quel destin, n’est-ce pas ?

Qui fabriquera ce réel et l’image qui en résultera ? Lui ou Nous ?

Le vieux mythe gaullien de la Résistance se retrouve face à face avec la France pétainiste. Les rats sont de sortie. Sarkozy n’en finit plus de ronger son frein. Disons aussi qu’il se ronge les ongles jusqu’au coude, et que pour se la jouer homme d’action, en bon rongeur, il grignotera ce qu’il pourra à l’ombre des projecteurs. Le pouvoir, l’argent. S’en est-il d’ailleurs jamais caché ?

La démocratie, le débat n'ont plus de place ici : guerre ou guerre civile ?

jeudi 1 octobre 2009

La dernière carte de Sarkozy: la guerre?


Dans notre imaginaire où se formule le politique, les mythes et l’aura du nom propre l’emportent bien souvent sur la raison et les implications du réel. L’actualité ne cesse de nous le rappeler. Ainsi « l’affaire Polanski » est surtout l’affaire Mitterrand qui commit une énormité, non seulement dans sa défense du cinéaste, mais surtout en prêtant à Sarkozy, les mêmes « sentiments »que les siens.

Nom de Dieu ou du Diable, le nom de Mitterrand traverse notre Histoire proche dans un réel brouillé par l’ambigüité politique pour l’un, dans l’amoralisme pipolisé à l’extrême pour l’autre.On sait combien le Président, imprudent, mit en place ce nom pour semer le trouble, apposer la signature de la gauche et de 68 comme contrat d’allégeance au sarkozisme. Car Frédéric Mitterrand n’est rien qu’un neveu, l’ombre d’une ombre qui n’a cessé de se réchauffer dans la lumière des spots, la fumée des Havanes et les arrière-cours glauques de Patpong ou de Tunis. Qu’on ait pu faire de cette homme un Ministre de la République restera donc une honte pour la France : dans sa défense de Polanski, l’homme s’est dévoilé dans son immoralisme fondamental. Il a oublié qu’il était Ministre, lui qui ne connaît que les titres au détriment de la fonction.

Il se révèle alors, désormais, comme le nerf à vif qui fragilise le système sarkoziste : on peut dire obscènement n’importe quoi, louvoyer entre l’oncle, les cendres de Mickael Jackson et les turpitudes de Polanski, on cherchera vainement de la culture chez cet homme qui, en écriture, ne sut jamais faire autre chose que de se pencher sur lui-même comme une nounou sur son âââme blessée.

Mais cela sied à Notre président pour lequel la culture ne saurait être qu’autre chose que du strass à la hauteur de son blingbling et de sa Carla. La culture de Sarkozy se réduit à la pipolisation comme l’a montré sa volonté forcenée de faire adopter la loi HADOPI. La Culture Mitterrand sera donc celle-là, celle de Voici et de Gala
Mais, enivré par son image, Mitterrand est dangereux : il va jusqu’à impliquer directement son nouveau Dieu dans un dossier qui sent le souffre. Sûr que le Président ne doit pas trop apprécier…

Car pour ce dernier, les fissures s’élargissent. Sa crédibilité s’effrite, les voix discordantes dans son propre camp se font tonitruantes. Ses effets ce cape ne suscitent que rire, indifférence en lieu de scepticisme quand, hier, il eût encore suscité l’enthousiasme de quelques-uns. Quitte à me répéter, tout ceci, à mi-course, ça sent déjà la fin de règne.

Mais la vraie menace pour lui tient non pas tant à ses choix politiques qu’aux tréfonds mêmes de sa psychologie. Avant son élection, JF Kahn écrivait « cet homme est fou ». Une folie avec des éclairs de lucidité qui pouvaient faire illusion en laissant croire à une « vision », laquelle pour ses thuriféraires, s’apparente désormais à un mirage.

Et, surtout, il a commis cette faute majeure qui peut le détruire : Par simple orgueil, par le seul désir de savourer sa puissance, il a lancé une fatwa contre Villepin. Que ce dernier soit innocent ou coupable, qu’importe. Le désir de vengeance l’a emporté sur la raison puisqu’il fallait l’abattre, le déclarer « coupable. »
Sarkozy a toujours cru qu’il pouvait tout faire, dévoyer, acheter, corrompre, parce que pour lui l’humanité se réduit à un monde d’intérêts et sans morale. Dans son cynisme, il s’est refusé à croire que, même à droite, il y a cette exigence morale qui n’est pas toujours une posture, encore moins une imposture, mais bien une conduite pour bien des hommes politiques de tous bords.
On achètera bien un Kouchner ou un Lang et tous ceux qui n’ont jamais perçu la politique que comme des papillons attirés par la lumière. Mais les autres, tous les autres, qui n’ont eu cesse de servir en accord avec leurs convictions, quelles qu’elles soient, ne cesseront de fuir davantage ce Président qui transforme en cendre ceux qui l’approchent.

Alors cette conviction que la justice se courberait à lui dans l’affaire Clearstream peut le briser : Et si les juges - par courage, par honnêteté, par conviction, voire par intérêt à long terme - reconnaissant l’absence de preuves et innocentaient Villepin ?
Et si, donc, Sarkozy perdait ce procès dans lequel il s’est entièrement investi dans son être et sa fonction ?

Il est probable que cette humiliation publique, pour lui qui avait déjà prématurément désigné le coupable serait dévastatrice.
Et son camp ne lui pardonnerait pas cette imprudence d’autant plus que le coupable désigné appartient à la même famille…. Que lui resterait-il ? Brouiller encore les cartes, jouer encore de l’ouverture et du grand écart entre courtisans d’extrême droite comme d’extrême gauche. Mais le jeu n’amuse plus, les commentateurs sont fatigués comme s’ils devinaient déjà la fin de la pièce.

Et tout son avenir repose sur cette question : Et si Villepin gagnait le procès ?
Or le perdrait-il, que par la suspicion qu’il laisserait quant à l’impartialité des juges que, quelque soit le verdict, le « présumé coupable » en sortirait forcément grandi quand l’autre en serait affaibli.Une fois encore Sarkozy n’a pas su prendre en compte le réel, il a cru que les mots, les discours et le glamour pouvaient nous aveugler. On peut s’amuser du spectacle et être révulsé par une cruauté inutile.

Le couffin vide de Dati restera sans doute le symbole du règne de Sarkozy : le mensonge et le paraître. Ceux qui l’ont élu rêvaient sans doute d’autre chose …

Mais il lui reste un atout : le pire.

Son altercation avec Kouchner après son show télévisé doit nous mettre la puce à l’oreille. De même cette nervosité fébrile et cette mine sombre. Quand tout semble perdu, l’Histoire l’a démontré tragiquement, il ne reste plus que la guerre.
Cette dernière carte à jouer, ce serait la guerre avec l’Iran.
Soyons certains que Sarkozy se prépare à cette aventure. Mais, surtout, que nous ne nous en relèverions pas.