samedi 29 août 2009

Inventer le monde!


Certains conçoivent surtout le blog comme le lieu d’une convivialité mettant en scène une communauté de blogueurs. La présence, l’échange, le commentaire et le jeu social qui en découlent suffisent en effet à le légitimer. A condition que le blog ne soit pas exclusivement un réseau pour lui-même, qu’il ne devienne pas objet de concurrence dans l’échange mais qu’on le justifie aussi comme chronique brouillonne dans sa capacité à laisser filtrer d’incertains rais de lumière comme à travers des persiennes…
Alors, aujourd’hui, quelque chose de très présomptueux puisque ceci s’apparente au début d’un essai dont j’aperçois bien évidemment, non sans humour, les limites théoriques et cette démesure qui depuis l’Antiquité fait tache :

Inventer le monde…


Plutôt que d’ajouter à la philosophie les mots convenus du doute, de la sagesse ou d’un système, il conviendrait peut-être de l’investir comme on le ferait d’une forteresse, dans un assaut tumultueux et sauvage pour qu’à l’orthodoxie du discours se substitue enfin cet hétérodoxie des mots par ce qu’il faudrait désigner provisoirement comme une « poétique ».


Car les mots, plus que dans leur substantivité ou leur charge conceptuelle , disposent d’un sens générique, d’une pluralité sémantique où se décline l’ensemble des modalités de signification, non dans le resserrement d’un savoir, d’une communauté linguistique et d’un consensus de facto, mais au contraire dans la somme de leurs accidents historiques et étymologiques qui font que la langue, là où elle aspire à totaliser, ne fait qu’additionner les différences qui , individuellement ou collectivement, déterminent une pensée. Là où la langue s’exonère du code linguistique quand elle ne le transgresse pas.


Mais la pensée, fût-elle partagée par autrui - en admettant cette possibilité - ne saurait faire sens de façon universelle, voire même dans un groupe restreint et, encore moins, établir les bases d’un système lisible par tous et auquel il conviendrait d’adhérer. Pas plus d’ailleurs n’est-elle destinée à rencontrer l’autre si ce n’est dans sa formulation originelle d’une communauté linguistique qui produirait de la langue.


Là où la philosophie s’appuie sur la raison et sur ses fondamentaux - espace, temps et raisonnements téléologiques – retrouvons plutôt ce qu’énoncent l’accidentel, l’éphémère, l’inorganisé qui, heureusement, la rongent. Et, avec elle, jusque dans la vérité de cette corrosion, tout ce qu’elle nourrit en terme de société si l’on admet que ce qui ne cesse d’obséder le discours contemporain c’est bien ce rapport d’un sujet à un autre, ce dialogue défini comme constructif et qui, miraculeusement, accoucherait d’une règle commune et d’un « savoir vivre ».


Ainsi sommes-nous tellement imprégnés de cette doxa que nous peinons à envisager l’au-delà des étoiles qui se loge pourtant au cœur de notre pensée et auquel nous nous refusons. Il ne s’agit pas ici d’une quelconque mystique et encore moins d’une croyance. Tout juste de la prise en compte de cette nécessité d’incorporer à nos désirs, à nos projets donc, toutes les « parts maudites », tout ce qui se rebelle à la raison, tout ce qui échappe à nos certitudes quand nous sommes prisonniers d’une syntaxe et que, de cette prison, paradoxalement, nous devons nous soustraire par les mots. Car il ne s’agit pas de sacrifier à je ne sais quel paradis primitif mais de revendiquer un autre discours qui précéderait l’action, la réalisation d’un projet par l’inauguration d’une langue collective à fonction désirante, d’une signifiance réinventée… Folie poétique ?


Il y a en soi des mots qui s’affrontent à la langue, c’est ce que la poésie nous apprend et ce que le politique redoute tant ceux-ci sont irréductibles à tout contrôle, pulsionnels, rétifs à toute sociabilité si ce n’est en termes de désir. Les mots ne sont pas que des outils et n’ont pas vocation à transformer : ils sont aussi l’écho du corps, de son histoire, et cette résonnance poétique ne peut s aliéner à une société quelconque. C’est là toute l’utopie du lettrisme, d’Artaud, du situationnisme… Tout ce que la philosophie ne peut remettre en cause tant celle-ci est asservie à la gestion de systèmes et au « culturel ». Il s’agit dès lors d’établir les fondements d’une philosophie post-culturelle quand la créativité s’est réduite à la déclinaison répétitive de dogmes au service exclusif de la consommation. Donc d’une perte, d’une érosion concomitante de la matière et du sens.


Bien sûr ne recherchons pas dans cette aspiration à un nouveau modèle de pensée le vertige bienfaiteur de l’utopie mais la seule nudité de l’impossible. Défendons l’inutile et la « gratuité » du sens face à ceux qui se laisseraient aveugler par la simplicité crue des mots. Brisons l’opacité de l’apparence. Et interrogeons plutôt ces quelques accidents lexicaux parmi tant d’autres, occultés dans la cacophonie du langage à son stade terminal : la propagande.


Investir la philosophie donc, mais là où elle se tapit, dans l’ombre de l’investissement et du rapport que celui-ci est censé procuré. De même entend-on ici l’impériosité d’une investigation, mode opératoire d’une méthode scientifique, voire policière, qui place la philosophie au centre de ce qu’elle est au-delà de ses dénégations : un instrument de domination à partir d’un outil devenu coercitif, la langue. Dans tous les cas la philosophie apparaît comme une variable d’ajustement qui n’a d’autre fonction réelle que de plier le sujet dans la commune mesure qui l’asservit en le définissant comme altérité. Non pas celle de la revendication rimbaldienne du « Je est un autre » mais de l’instrumentalisation du « Je » comme « autre » dans laquelle le sujet est soumis à un ordre, un ensemble de règles et de Lois : tout ce qu’il faut nommer « culture ».


Le versant obscure, l’impensé, l’au-delà de la philosophie n’auraient –ils donc d’autre destin qu’un retour au cri primal de l’animalité ? La barbarie à laquelle on l’associe serait-elle cette loi du plus fort énoncée comme nature hostile incompatible avec la Loi ? C’est ce que ne cesse d’affirmer la philosophie. Nietzche fut pourtant celui qui imposa cette distance vis-à-vis de la primauté de la raison, par l’irruption de la poétique comme revendication d’une force inaliénable mais en cela il ne règle en rien cette problématique d’un corps social transcendant à l’homme.


Réconcilier Nietzsche et Hegel en dépassant le système que l’un nie quand l’autre le revendique, tel serait le défi d’une philosophie à bâtir – non pas « nouvelle » mais « autre », définitivement autre dans sa forme, ses modalités et surtout dans l’élaboration d’une poétique collective. Voire dans la disparition de ses maîtres.
Certes tout ceci n’est pas nouveau. Derrida, Foucault, Deleuze, Baudrillard, Virilio, Legendre et bien d’autres se sont essayés à cet autre versant de la philosophie. Ils ont ouvert un chemin qui n’a cessé de se refermer sans qu’ils n’aient jamais défriché le versant de la poétique qui eût permis de proposer le socle d’une autre culture dans l’horizon d’une politique radicalement nouvelle – post-révolutionnaire parce qu’en rupture avec l’Histoire.


Ce n’est pas un hasard si la poésie s’est sclérosée dans la forme, a été absorbée dans sa substance puis s’est dissoute jusqu’à s’énoncer elle-même comme ornement ou archaïsme. Au pire s’est-elle refermée sur de simples slogans avant d’être récupérée dans cette esthétique généralisée de la marchandisation dont la mode, le look et la dictature de la nouveauté sont devenus la figure d’une avant-garde militarisée. Il est donc à craindre que la philosophie – toute la philosophie - ne sombre elle aussi, par ce même processus, dans cet utilitarisme qui prévaut désormais et qui aujourd’hui se revendique et se sacralise comme « culture ». La multiplication des espaces culturels marchands et le détournement de l’histoire des luttes sociales par les grandes surfaces commerciales nous en fournissent quotidiennement la preuve. Quand hier les situationnistes détournaient la publicité pour désaliéner le sujet, ce sont désormais Intermarché ou Leclerc qui, sur leurs affiches, détournent les luttes sociales, mai 68 et les revendications populaires pour accroître leurs profits, certes, mais surtout pour imprimer le sceau de leur domination sur l’Histoire et officialiser la déroute de toutes les velléités de libération de l’homme consacré désormais comme esclave heureux de la marchandise et contempteur béat de son culte...


Parions que la culture de paillettes de Frédéric Mitterrand, simple excroissance opportuniste et ornementale des années Lang, ne saura répondre à d’autre défi que celui de la circulation de l’argent défini comme création culturelle ! Mais, le pourrait-elle quand toute autre philosophie ne pourrait advenir que dans la négativité du pouvoir ? Car toute culture est dominante quand bien même elle ne cesse de proclamer sa justification critique et libératrice.


Pouvoir et négativité, poétique et politique, nature et culture, subjectivité et altérité… tels seraient les pôles de cette philosophie qu’il est urgent de mettre en œuvre pour ceux qui veulent sortir de la consumérisation de nos existences. Repensons nos mots avant de penser le monde. Pour ceux qui voudraient encore le transformer, il est urgent de dénoncer une culture et une philosophie qui n’ont peut-être que développé les germes qu’elles portaient en elles. Donc réinventons. Mieux, inventons ! Le premier geste du naufragé n’est-il pas de jeter une bouteille à la mer ?


Alors qu’importe si cet horizon demeure un mirage pourvu qu’il nous donne le désir de progresser ; qu’importe que tout ceci soit encore si lointain dans l’inconnu, ou fragmentaire ou même erroné : il suffira de secouer l’arbre de la connaissance comme un cocotier pour en faire tomber des fruits.

mardi 25 août 2009

Jour après jour...


Dimanche à Paris :


La chaleur de la ville, la recherche de l’ombre des arbres quand, soudain, l’un d’eux surgit sur une façade. J’aime la lumière bleue qu’il diffuse cerné d’une écriture improbable quand la peinture d’Alechinsky côtoie un poème de Bonnefoy avec cette dernière strophe :


« Philosophe,
As-tu la chance d’avoir l’arbre
Dans ta rue,
Tes pensées seront moins ardues,
Tes yeux plus libres,
Tes mains désireuses
De moins de nuit. »


Lundi à Castelnaudary :

Les fêtes populaires jalonnent le calendrier et prolifèrent lors de ces étés devenus, dans une « civilisation des loisirs », le temps des libertés. Ou, du moins, c’est ainsi que désormais la vie se donnerait à vivre…


Aujourd’hui, à Castelnaudary, 10e fête du Cassoulet. Evénement qui draine les foules environnantes dans la célébration du terroir avec son rituel de banquets, de bals où l’on ne danse plus, de cortèges et de chars… L’exemple de ces fêtes où, pour un instant, il faut se réjouir d’être ensemble, d’appartenir à un même espace et de se confondre dans un même désir. Au-delà même de l’utopie d’une telle célébration qui ne fait que souligner l’énigme de ce qu’on appelle une fête, on y lira surtout la difficulté de définir ce que serait aujourd’hui le collectif, le « vivre ensemble » et surtout, "le peuple".


Alors qu’historiquement ce mot résonne comme la force des hommes contre l’asservissement et les privilèges des minorités exploiteuses, il a peu à peu perdu toute substance jusqu’à avoir été récupéré par les droites les plus réactionnaires.
Et le peuple dans sa dimension massive et unitaire se différencie des « peuples », figures de la différence, de l’hétérogène.


Même si, historiquement, la notion de peuple sur laquelle se construit le politique joue elle-même sur un trucage idéologique issu du ventre de la République : le peuple révolutionnaire de 1789 n’était pas la masse paysanne asservie des bretons et des vendéens…. Ces derniers, peuple « retardé », ne se reconnaissaient pas dans cet autre peuple porteur d’autres privilèges et, surtout, briseur d’icônes. Chaque groupe peut alors se prétendre « peuple » et y trouver sa propre légitimité. C’est toujours sur ces supercheries sémantiques que la droite finit par reprendre le pouvoir : un mythe contient sa part de mensonge édifiée sur l’idéalisation d’un désir collectif et de son accomplissement dans l’Histoire.


C’est donc bien dans les mots, bien avant les faits, que se joue la politique.


Aujourd’hui, le pouvoir a compris qu’il importait de brouiller tous les repères et qu’il convenait alors d’extraire aux mots leur sens, en particulier à ceux qui avaient la force de fédérer. Et surtout à ceux qui réinventeraient un peuple en écho à l’individualisme contemporain. Or, non seulement la question ne sera pas posée mais le vocabulaire politique sera soumis à une véritable entreprise de broyage.
Ainsi le « conservatisme » est-il le nom donné dorénavant à toutes les résistances contre le démantèlement des protections sociales. Et ceux qui se revendiquent désormais dans le camp de la réforme et du progrès sont ceux qui cassent les solidarités. Ceux qui subissent sont désormais désignés comme « privilégiés ».


La droite s’est emparée des mots de la gauche pour la rendre inaudible, pour la discréditer dans son idéologie et accentuer ses objectifs inégalitaires. C’est donc tout le paradigme peuple, progrès, gauche qui a été détruit dans les dernières décennies même si ce paradigme s’était largement construit sur un mythe. Mythe révolutionnaire, avec ses slogans et ses idéaux mais encore celui-ci était-il unificateur et porteur de valeurs facilement repérables : émancipation, laïcité, égalité… Tous ces mots que la droite n’aura de cesse de dévoyer en parlant de laïcité positive ou d’équité… Sans parler de l’absorption complète du mot « liberté » dans le libéralisme.


La guerre politique ne se gagne que par les mots, les réalisations des uns ne comptant guère face aux promesses des autres.
Les « nouveaux philosophes », simples éditorialistes autoproclamés philosophes pour la plupart, furent donc , non les théoriciens, mais les véritables praticiens de l’escroquerie lexicale en cours. Et, bien sûr, les termes de gauche et de droite, à la fin de ce processus, finirent par se dissoudre. Après les mots, l’illusion de la réalité. Et cette idée qu’on ne cessera de mettre dans nos têtes : « Tous pourris… Mieux vaut la copie au modèle… » Et le modèle c’est qui ? Qui, contre la pourriture ?


« Sarkozy est-il de gauche ? » titre le Point, en propagandiste zélé du pouvoir et du totalitarisme si l’on considère que celui-ci’ est justement le lieu de la disparition des oppositions dans un cadre unique. Mussolini ne se voulait ni de droite ni de gauche mais l’émanation du peuple de même que le « Ein Volk, ein Führer » de l’Allemagne nazi.
Qu’on le veuille ou non c’est très exactement ce qui se réalise aujourd’hui en France. Cette vérité d’un fond totalitaire qui est l’essence même du sarkozisme et que l’on cache soigneusement en agitant constamment les cendres de Guy Mocquet ou celles de l’Holocauste… Le Point préfère donc jeter le trouble sur la réalité de la gauche plutôt que d’évoquer les racines du sarkozisme sorties de la décomposition du Front National sans lequel il ne serait rien. Que cette incarnation nouvelle du fascisme dans sa version édulcorée,risible, bénigne et pourquoi pas, douce ou festive, ne nous fasse pas oublier le véritable hold-up sur les institutions, la justice et l’indépendance des médias auquel s’est livré Sarkozy avec la complicité très active d’une « Bruni de gauche » !


Le « peuple réel » serait-il introuvable quand le peuple politique ne renverrait qu’à un mythe de gauche et à sa récupération « populiste » par la droite ?


La somme des individus ne saurait constituer un peuple pas plus que d’ailleurs l’adhésion à un héritage commun : peuple et patrie fonctionnent sur cette même illusion maurassienne. Et, pourtant, on parle à juste raison de « liesses populaires » à l’occasion de victoires sportives ou de fêtes locales quand l’on célèbre pour un instant le culte d’une fusion sans lendemain, dans des messes ou des orgies païennes où chacun se rêve comme partie et transcendance d’un corps collectif. Je me souviens de Libé tirant quelque chose comme « Black, blanc, beur » au lendemain de la coupe du monde de football et des longs articles nous promettant alors un monde nouveau de fraternité. On sait ce qu’il en advint et l’on comprit combien les fêtes sont souvent prélude à la gueule de bois…
Peuple, fêtes…


Dans tous les cas, on ratisse large, on sacrifie le réel pour le mythe, on idéalise le présent quand on ne sait plus imaginer l’avenir. Et le monde se vit désormais dans cette imprécision où les mots se vident et où, à leur suite, tout concept s’évapore.


Pourrons-nous vivre sans mots et sans rêves quand le peuple ne sera plus que l’ombre de la foule et, la fête, que la caricature archaïque d’une convivialité à construire ?



Mardi : il pleut.

samedi 22 août 2009

Roman et "Profondeurs"


Longtemps le livre fut le lieu sacralisé d’une culture à laquelle la qualité de l’écriture et la force d’une fiction conféraient sens et autorité.


De cette flamme qui traversa la littérature, on n’en perçoit souvent, pour le meilleur, que l’incandescence passagère de quelques braises. Et, à juste titre, on s’en désespère quand, souvent, d’emblée, l’intrigue d’un roman s’annonce comme un grand ruban de solitude qui se déroule dans un temps délétère pour s’échoir sur des plages de cendre. Linéarité, platitude… tous ces mots qui viendraient désigner l’ennui, cette maladie incurable d’une certaine littérature…


Et pourtant, il advient que ce roman si linéaire, sans surprise et dont on n’espérait rien, agisse miraculeusement là où on ne l’attendait pas : justement dans cette atonie, cette lenteur pesante, de ces 50 premières pages si élaborées, si molles qu’on s’en lassait en se demandant s’il fallait poursuivre ce chemin convenu de personnages trop évidents, d’une écriture trop forcée…
Or cette apparence se lézarde ; insensiblement, le style se contracte, les images s’emplissent de chair, le temps se solidifie, l’espace pénètre les mots et un univers se façonne dans le livre. La magie d’une intensité plus forte que l’existence même, d’une vie plus intense que la vie : les phrases la condensent et se saisissent alors impitoyablement du lecteur.


Il ne s’agit plus désormais pour l’auteur de convaincre, de briller, ni même de dire ou raconter. Le récit semble s’émanciper de toute intention ; il se développe, nu, dans cette progression où s’élaborent un destin, un doute, une raison, une folie. Voici que s’esquisse ici le système nerveux d’un roman au plus près de son écriture : l’afflux des métaphores, la surcharge des mots, le déferlement des images, les monologues qui rongent le récit comme un acide. Tout cet excès qui se dévoile comme artifice et qui, pourtant, s’empare du lecteur entraîné malgré ses réticences quand il sait qu’une fiction lui est promise et que celle-ci ne le décevra pas pour autant que les règles sont connues, que le contrat sera rempli et que, d’une fiction à l’autre, le dialogue de l’écrivain et du lecteur se réalisera sous le règne du sortilège plutôt que dans l’ordre du réel ou de la vérité. L’excès, la convention se parent alors des atours de la grâce.


Aussi le lecteur s’abandonnera-t-il à ce rythme qui, peu à peu, se saisit du temps et de l’espace, à ces mots qui donnent muscles et sang aux personnages pour fouiller les cœurs ou les âmes incertains, là où se frayent les fils d’une destinée.
Ce sont des romans de cendre comme « La route » de Mac Carthy ou des romans de glace comme « Profondeurs » de Hennig Mankell.


L’écriture, ici, se charge de défricher l’horizon en devenant la chair de personnages qui, longtemps, vont nous habiter. Mais une écriture tragique pour illustrer une destinée implacable.
Il faut peu de choses pour un bon roman : poser deux mots côte à côte comme on met un pas devant l’autre. Pourtant, face à ces mots, comme peut-être dans nos vies trop aveuglées d’elles-mêmes, nous claudiquons et nous ne traversons le récit que portés par le souffle de l’écrivain qui rôde dans ces taillis ténébreux où l’on s’écorche de fulgurances, d’ennui ou bien où l’on tend les bras vers cette autre vie improbable qui nous est proposée mais à laquelle l’on veut croire pour conjurer nos peurs ou s’inventer des miracles.


Un roman c’est toujours une vie de quelques heures, de quelques jours ; celle-ci s’accroche et s’imprime dans l’existence du lecteur. Elle le parasite, le fait rire, pleurer, rêver et finit, plus ou moins, par sombrer dans cette forme d’oubli où se structure une pensée, une mémoire qui fait d’une lecture le supplément jubilatoire de son quotidien.


« Profondeurs » est un roman dont le rythme s’accroît insensiblement au fur et à mesure des phrases qui déclinent la décomposition méticuleuse d’un héros qu’elles éclairent du fond de leurs ténèbres. Un road movie dans la mer et les glaces qu’on rêverait filmé par Bergman ou Wenders. Une quête désespérée de la connaissance de soi et de l’autre, un voyage à la recherche « de la distance et de la proximité », de l’espace entre raison et folie, surface et profondeur. Toutes ces oppositions dans lesquels se débattent des êtres qui ne trouveront aucune issue. Ce serait donc une errance dans le désespoir si, justement, la rythmique sombre du roman et cette quête acharnée n’étaient pas en elles-mêmes raison de croire et de vivre. Sans doute le chemin emprunté ne menait-il nulle part, sinon au précipice mais il eut le mérite d’être tenté…


Voici un roman rare, qui joue au plus près de nos fêlures, un roman dont l’écriture est constamment au cœur du drame dans sa musique funèbre à la gloire d’une humanité qui, en dépit de ses tentatives illusoires, ne parvient jamais à se hisser à la hauteur de ce qu’elle voudrait être. Là où l’homme voudrait s’élever, il s’abandonne au vertige des profondeurs, là où il se cherche et se contemple jusqu’à s’y perdre.


« Si vous contemplez longtemps l’abîme, l’abîme vous contemple également » écrivait Nietzsche.


Tentation du vide. Cri et silence de cette culture scandinave. Munch, Bergman, Ibsen. La glace qui recouvre les profondeurs, la glace qu’on ne parvient pas à rompre. Cette impossibilité surtout à rêver une vie sans glace. Le roman de Mankell autopsie de manière implacable cet exil douloureux vis à vis de soi et du monde.

P.S La qualité d’un roman n’exempte pas l’éditeur d’un respect pour l’auteur comme pour son lecteur. Ainsi Le Seuil, dans sa collection « Points », est-il devenu spécialiste d’erreurs grossières en quatrième de couverture. Par exemple, je lis pour la présentation de « Profondeurs » : « Sur la toute petite île de Sara Fredika » quand Sara Freika est le personnage et que l’île se nomme Hallskär. Je lis dans la même collection, « L’homme du lac » d’Indridason. La première phrase de la quatrième de couverture nous dit : « Il dormait au fond d’un lac depuis soixante ans » quand il eût fallu écrire « depuis les années 60 ». Mais dans cette collection, les erreurs sont si nombreuses qu’on ne s’étonnera même plus de voir « gymnasium » traduit en « gymnaste » plutôt qu’en lycée ! Les éditeurs oublient toute rigueur en confiant la promotion de leurs livres à des gens qui ne les ont même pas lus. Qu’ils ne viennent pas pleurer sur la disparition des lecteurs !

vendredi 14 août 2009

Prague-plage


Eh oui, Paris n'est plus le centre du monde. Ailleurs aussi on a inventé le sable et les cocotiers...

jeudi 13 août 2009

La saison des musées

Un musée du communisme? Pourquoi pas... Sauf que ce musée est fait non pour expliquer mais pour vendre!
Alors pourquoi pas aussi un musée du capitalisme? Un peu prématuré, me direz-vous. Mais il serait intéressant de savoir ce qu'on y déposerait. Des idées?
Reste que pour ce musée on pourrait garder l'affiche, se contenter de remplacer le petit père des peuples par Nicolas 1er...

Ces 2 statues devant le musée Kafka à Prague. Drôles, assurément. Choquantes? Bof, elles ne suscitent que le rire des spectateurs? Originales? J'hésite... En tout cas la vraie question est ailleurs: Quel rapport avec l'écrivain, lui qui fut le contraire de tout cela?

mercredi 12 août 2009

L'été. Suite...

Prague, "Franz Kafka"

L'été et le temps. Le temps d'un été. Il y a comme un parfum de grammaire la-dedans, comme un socle invisible... Bien sûr!

Encore une collision lexicale pour une rencontre hasardeuse entre "l'être" et "l'été", entre un faux infinitif présent et l'homonyme d'un participe passé! Une grammaire faussée où le substantif s'actualiserait dans son passif mais qui permettrait néanmoins au sens de couler tout en se jouant de toute logique. Le sens qui est pris dans son jeu jusqu'à l'absurde, la langue qui se cherche, conflictuelle dans ses racines... Le socle comme seule réalité tangible quand le récit et ses personnages ne sont qu'écume...
Mais c'est du Kafka!

Celui qui écrivait: "Prague ne nous lâchera jamais, cette petite mère a des griffes."

La ville a beau s'être asséchée de ses fantômes, voici que ceux-ci reviennent, espiègles, hanter le coeur des mots à défaut des celui des rues.

mardi 11 août 2009

L'été



L'été. Tiens, je l'avais oublié. Oublié, tellement il arrive, évident, et disparaît, un peu honteusement pour se fondre, peu à peu, ni vu ni connu, dans la lenteur épaisse de l'hiver quand on se dit alors : il y avait cette chaleur et cette lumière si blanche ou trop jaune, jusqu'à l'effacement, la sieste.
L'été on oublie l'été. On est dedans, dans cette chaleur qui fait oublier le reste.

L'été ne serait-il donc, comme tout autre chose qu'un mythe, comme d'ailleurs les autre saisons?
Le temps qu'il fait. Le feuilleton de la météo. Le rêve d'un temps parfait. On ne rêve l'été que lorsqu'on en est loin, pour sortir de son trou comme l'écrivain qui sort ses mots pour les mettre sur le papier ou le peintre qui prend ses couleurs pour les jeter sur la toile. Prendre un gros soleil, des gros torchons de nuages orageux et balayer tout ça dans la lourdeur de ces journées sur une toile ou sur l'espace des champs ou des villes là où les gens sortent aussi vite en vêtements légers que les champignons à l'automne. Se saisir d'un bleu qui a perdu l'intensité du printemps ou, ailleurs, de l'odeur chaude d'une pluie d'août, violente et brève.

Comme déjà des traces de souvenirs qu'on oubliera.

Ces chemins qu'on arpente, forêt ou montagne, un désert dans la tête dans la lisière des villes ou comme, ici, au nord de Prague vers la frontière polonaise, ces chaos de grès qu'arpentaient, en d'autres étés ou, probablement, en d'autres saisons sans nom, les rêveries de Goethe et de Caspar David Friedrich. C'est ici que naquit le romantisme allemand et bien d'autres illusions.
On pardonnera beaucoup aux rêveurs: ils oublient le temps.

lundi 10 août 2009

Voyage à Boboland




Le bon lecteur sait ce qu’il en coûte à l’écrivain en temps et en silence dans l’extraction des mots et, quand l’œuvre ne correspond pas à ses attentes, il la quitte généralement dans une discrétion polie. Après tout, et c’est bien ainsi, aucun roman n’est écrit pour créer l’unanimité : Il suffit qu’au-delà de tout jugement, chacun puisse se livrer à la liberté, ou mieux, à la joie d’un texte.

Donc plus qu’à l’auteur je m’en prendrai ici à l’éditeur –en l’occurrence Gallimard- qui, supposé garant d’une littérature de qualité – a renoncé à toute exigence pour s’abandonner à ce que la sagesse populaire désigne de pire dans le roman : les bons sentiments et, pour le lecteur, la certitude d’une bonne conscience.

Or, l’été venu, le hasard m’a entraîné à la lecture d’un best-seller : « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery.

Si ce roman a en effet tout du hérisson, il lui manque en tout cas l’élégance, tant le style est épais, la forme lourde et le contenu flasque. Un millefeuille indigeste à l’image du pire de ce que la « littérature bourgeoise » peut offrir : des couches narratives empruntées au XIXe siècle avec la caricature idéalisée de la haute société et des domestiques, des strates de culture sans justification pour épater le bourgeois …
Çà commence fort dès la première page quand tout Marx est analysé en quelques paragraphes (on ne saura jamais pourquoi), puis c’est au tour de la phénoménologie de passer au presse-purée Reader Digest…. Et, toujours, des phrases graisseuses, ampoulées, constamment traversées par l’ombre des hi hi hi ! satisfaits de l’auteure visiblement admirative de son immonde pâtisserie qui eût été respectable si elle n’avait été éditée seulement parce que que ce type de roman prétentieux s’adresse à un public qui se targue d’une certaine élévation culturelle et qui croit au chef d’œuvre dès qu’on enfile quelques perles en toc dans le seul but de le flatter. Heureusement dans la deuxième moitié du livre, on oublie la philosophie, on passe à quelque chose d’autre entre la sagesse orientale, la métaphysique pour les nuls. Mais le lecteur en vient à se demander si on ne passerait pas aussi d’un auteur à l’autre…

Gallimard fait de l’argent, Gallimard est content.

Si on lit souvent la critique d’un roman, on ne s’intéresse que rarement à son lectorat. L’éditeur n’a sans doute jamais été dupe quant à la qualité de l’œuvre, il savait qu’elle répondait à un type de consommateurs : non pas celui des « ménagères de TF1 » mais à certaines femmes diplômées et oisives, femmes qui pérorent sur tout et ne perçoivent le monde que juchées du haut de leur mondanité. Alors il fallait une Précieuse ridicule écrivant pour des Précieuses ridicules. Un roman donc où les digressions cultureuses s’accumulent tantôt pour célébrer le thé, tantôt pour dire que la gastronomie française, ah… tiens, mieux vaut encore Mac DO ! Mais la cuisine japonaise ! Et le cinéma japonais !!! Et autres niaiseries tricotées à la va vite dans une grande ambition métaphysique…

Et, miracle littéraire, les deux personnages principaux, la bourge surdouée de 12 ans et la vielle concierge, partagent les mêmes goûts, les mêmes valeurs, la même culture jusqu’à des références japonisantes identiques - comme s’il avait échappé à « la romancière » que c’est l’expérience individuelle de chacun qui détermine les choix, les goûts… Or ici on ne s’embarrasse ni de la manière dont un être se constitue, ni de la psychologie, ni de l’intrigue, ni de la cohérence, ni de quoi que ce soit d’ailleurs, si ce n’est que de l’inflation grandissante de l’esbroufe.

On sanctifie rituellement la grandeur de l’Art entre la poire et le fromage pourtant on n’en saura jamais plus.

Le faux, donc, ne cesse de résonner - jusqu’à ces appels en sourdine au lecteur par le jeu des impératifs, comme si les deux protagonistes, qui s’agitent en parallèle, voulaient à tout prix nous convier à ce bavardage mondain fait de poncifs et d’une sociologie de bazar. Mais le pire est toujours à venir. Et il survient quand au sein de ce mauvais roman familialio-naturaliste ( ?) s’installe le conte de fée avec l’intrusion magique dans l’immeuble d’un riche japonais dont l’image fait sombrer le récit dans le ridicule d’un délire à Boboland.

A Boboland on s’adonne ainsi au culte de l’exotisme et de la rareté quoique ce japonisme de bon aloi nous rattache encore furieusement au XIXe, mais qu’importe ! On prône l’élitisme raffiné de ceux qui savent, de par la grâce ou la naissance. On se trémousse dans un anti intellectualisme léger quand personne n’a le souci de gagner sa vie mais où tout le monde n’aspire qu’à un dépassement dans l’Eternité de l’Art.

Et on reprend du thé au jasmin.

On crache au passage sur une prof qui en sait forcément moins que la petite bourge ; on crache ailleurs sur l’Université, cette secte intello bouffeuse d’impôts, tout en se disant ici socialiste ou là, son contraire puisqu’à Boboland tout est pareil : riche ou pauvre, droite ou gauche, rose ou crocodile…

On en rirait si l’auteure s’en était moquée. Mais non. La rombière devise grave et nos deux protagonistes ne cessent d’être les porte-parole de la célébration boboïste de cette brave dame qu’on devine définitivement frustrée sur les marches de la philosophie.
Quelques miettes de culture autour du thé tentent désespérément de maintenir l’illusion mais dès que Madame veut atteindre les hauteurs, le grand Guignol resurgit…
Car à Boboland, tout est prédestiné et, dès le début, la fin, déjà écrite, souligne la vanité d’un tel pensum : à Boboland on s’ennuie comme dans les salons d’autrefois mais on ne le dit pas. Alors on écrit… On lit, on écrit, on s’ennuie, on n’a rien à dire mais l’illusion du pouvoir fait qu’on occupe le temps et l’espace. L’encre bave sa morgue et coule, monotone, dans l’écrin où l’on contemple sa propre richesse. On empile les lieux communs quand on croit philosopher… A Boboland on disserte de la vie et de la mort comme on disserte sur la pluie et le mauvais temps. A Boboland on chouchoute son nombril.

Et surtout on y rêve d’élégance.

Ah, cette élégance ! Dommage seulement qu’elle soit si absente de ce livre et de ce petit monde. A un moment, cette bonne concierge nous assure que ce qu’il y a de meilleur en France c’est la langue du XVIIIe et le fromage qui coule… On regrettera d’autant plus que l’auteur ait choisi le deuxième en guise d’écriture.

De même la dite concierge nous confie-t-elle ne pas s’adonner à la lecture de Barbara Cartland à laquelle la vouait pourtant sa condition sociale. Au-delà de ce mépris affiché pour ceux qui ne vivent pas à Boboland, on admettra qu’au moins la vieille dame en rose vendait du rêve et du toc sans s’en cacher.

Quand on lit « L’élégance du hérisson », on se dit, qu’effectivement, Gallimard devrait la publier dans La Pléiade. Question d’honnêteté.

Et surtout on se convainc qu’il y a des livres auxquels on ne peut décidément donner aucune chance. Ces romans qu’il faut abandonner en route comme de mauvais compagnons. Car le mépris qui les habite ne mérite pas l’attention recueillie qu’on doit généralement porter aux livres. Tirer sur un livre c’est un peu comme tirer sur une ambulance ? J’en conviens…

Mais :
J’ai déjà écrit ailleurs que je hais ces romans où il pleut et il pleure. Premier droit de tout lecteur. Alors cette pluie qui n’en finit pas dans ce roman social qui se transforme en roman d’initiation avant de s’achever dans un sombre mélo où notre nouvelle Cendrillon se réveille dans un manga et meurt dans les Mystères de Fleur-de Marie… Toute cette pluie pour rien. Aussi vide que les larmes.

« Toute cette pluie, oh, toute cette pluie … » se murmure l’honorable concierge.

Tous ces mots, oh, tous ces mots…
Où sont les nerfs, cette tension interne qui font qu’une œuvre vous agrippe pour donner vie à un morceau de vérité ou de fiction ? Boboland n’est qu’une île où des rescapés de nulle part n’ont plus de rêves et dérivent, sans but, dans un miroir sans fin. La littérature – disons même un simple roman, une petite intrigue, quelques personnages – suffit à en démontrer la vacuité.

dimanche 9 août 2009

Ailleurs



Prague: une ville qui fut belle et qui en se muséifiant s'est perdue. Inutile d'y chercher les quelques fantômes qui depuis longtemps l'ont désertée. Ne restent qu'une collection de cartes postales, l'industrie touristique omniprésente et le sentiment d'une ville qui s'est vidée d'elle-même.

Pourtant, comme partout, la vie revient là où ne l'attend pas, là où elle se fait invisible: ici des sculptures; l'une surprise en plein ciel, l'autre très haut sur un rebord de mur. Toujours regarder ailleurs.

samedi 8 août 2009

Le prix de l'art




Les actes gratuits ont-ils un prix ?
Bonne question pour un sujet de philosophie à laquelle, ici, l’artiste ne répondra pas sinon dans une pratique ambigüe. Car ce graphe photographié fin juillet, Rue Moufetard à Paris est un peu trop propre, signé, accompagné de quelques autres tout aussi soignés –Mystic, Jef Aerosol … Rien à voir avec le graphisme sauvage et anonyme qui agite les rues de tant d’autres villes.

Alors cette question sur ce mur fournirait-elle déjà la réponse que l’artiste n’oserait formuler ? L’aveu est difficile : L’acte. La gratuité. Le prix. Autant de mots qui s’ouvrent à trop de développements pour qu’ils puissent figurer le début d’une pensée sur laquelle l’œuvre porrait prospérer. Alors ne reste que cette désinvolture qui n’est que la forme paresseuse du cynisme. Montrer ses fesses ici ne veut dire que « je vous emmerde, allez voir ailleurs. » Cet art de la rue n’est plus que décoratif. De l’illustration de vitrine. De la rébellion de boutiquiers. Pour une fois, l’art est ailleurs.
A l’inverse, quelques jours plus tard dans le parc d’une petite ville allemande, cette sculpture de Frédéric Franck, inconnu de la jet set de l’art contemporain : « Sieben generationen ». Elle s’appuie sur un vieux concept simple de la sagesse indienne : toujours penser aux différences à venir sur 7 générations. Une perspective spatiale clairement tracée sur laquelle se déclinent 6 découpages à partir d’une même feuille de métal. 6 tranches de temps avec, pour horizon de l’œuvre, une forme rouge et fœtale : la septième génération.
Vide et plein, inversion du temps et de l’espace, sérénité dans l’accomplissement d’un sens. Tout est là. L’œuvre d’art comme analyse de son propre système et comme réponse pour ouvrir les portes vers un sens, pour tenter d’élucider le futur.
Ici la mode, le star system, la pédanterie du vide ou des fausses gesticulations philosophiques ne tiennent plus. Ce travail de méditation sur l’avenir traduit surtout ce qui manque cruellement à nos politiques : cette nécessité d’un dépassement dans le futur, cette éthique de la forme surtout, sans laquelle le « fond » devient impossible. De gauche à droite, beaucoup d’excitation, de décoratif et de coquilles vides. Ceux qui nous gouvernent, depuis longtemps, ne répondent qu’à un présent dans lequel ils s’enlisent et sur lequel se brisent nos rêves.
Les rêves. Ne jamais oublier la réalité des rêves. Une simple sculpture dans la sérénité d’un jardin public permet parfois au regard de construire la grammaire d’un monde à venir. Alors l’Art n’est plus un vain mot. Enfin.