mardi 30 juin 2009

in memoris


Très haut, à la lisière de nuages vernissés par le soir et les lueurs d'un orage qui ne viendra pas, la stridence des martinets qui tourbillonnent force le regard qui finit par renoncer: contemplatif, on devient rêveur. Et puis on s'abandonne sans rien oublier dans cette rêverie qui vacille d'un nuage vers un arbre, où se tissent tant d'autres images, construites, modelées et toujours là dans la nudité de leur premier jour:
Une mémoire.

Avant de savoir lire, je sais que je connaissais cet alphabet des plantes et des bêtes, cette grammaire de la nature, cette géographie des choses qui répondait à l'éternité d'un ciel qui précédait les mots.
Et qui les fabriquait; et la beauté est apparue avant même que je ne le sache, comme une direction, un sens à donner à une vie, un contenu sans égal. Tangible, rieuse et douloureuse comme la vague fuyante derrière l'autre ou le nuage se jouant de cet autre qui vient l'éteindre.

Ce ne serait que beauté, poésie...?
Non.
Une mémoire.

Ce nerf constitutif du vivant qui est ce qui relie l'homme à cette part d'éternité humaine qu'on appelle l'Histoire et dans laquelle les hommes ont grandi. Cette vie ensemble...
Qui me ramène à ce vol des martinets dans ce ciel d'été, à leur "vie ensemble", à cette sociabilité que nous, nous devrions oublier, nier. Parce que la politique deviendrait trop encombrante pour les individus que nous croyons être quand nous ne sommes qu' un seul corps, qu'un seul langage.

Une mémoire.

Toujours et encore diviser pour régner. Mais le règne de quoi?
Pour nous libérer du règne naturel: mais pourquoi? Et à quel prix?
Ou pour le règne de l'illusion...

Ces questions sont sans doute les seules qui importent vraiment. Que les philosophes ou les politiques y pensent parfois. A moins qu'ils n'aient disparu: Il n' y aurait donc plus que des loups et des moutons. Il manquera alors le moraliste.

Celui qui veillera sur la mémoire, phare d'un futur à construire si nous ne voulons pas, humains, n'être que des loups dans une bergerie.

Ni tueurs, ni résignés, tâchons d'apprendre à être des hommes.

lundi 29 juin 2009

Mort aux profs!

Un peu de haine c'est toujours bon: ça fédère les aigris, ça coagule les rancoeurs, ça alimente le moteur sarkoziste dont le pot d'échappement excelle en vapeurs fétides...
Alors, aujourd'hui, plein feu sur les profs...via l'absentéisme! A partir d'une "information": 45% des professeurs ont pris un congé maladie dans l'année. Information relayée en boucle dans les sites TFI, le Point, le Figaro, le Nouvel Obs et j'en passe!
Et la lecture de ces forums nous replonge dans une période que je n'ai pas connue mais dont je perçois les odeurs lointaines - odeurs de gaz.

Ah les profs... feignants, sales, ignares, laxistes, malhonnêtes, souvent arabes, juifs, pédés... Non, je ne plaisante pas car , si bien sûr ça ne se dit pas ainsi dans la presse "bien pensante" (!), on le pense si fort que le forum devient le déversoir complaisant de toute cette haine accumulée, de cette France ennemie d'elle-même, où l'on stigmatise le fonctionnaire, le chômeur, le pauvre, le malade, le retraité, le "profiteur"! L'autre.

Car pour cette France là, le profit n'est pas chez les banquiers... mais partout ailleurs!
Le prof, l'ennemi symbolique, car vestige de "l'intellectuel" dont le nom désormais doit s'incarner dans la Sainte Trinité de BHL, de Finkielkraut et de Carla Bruni. La vraie gauche.

Le prof traîné dans la boue comme jamais on aura osé depuis Vichy: vomir sa haine sur une catégorie de la population. On ne peut plus s'amuser avec des injures raciales ou sexuelles? Alors on se lâche où on peut! Merci la Presse.

Et personne ne se révolte.
Mais vous avez tort; aujourd'hui le prof, demain ce sera vous: vous avez certainement des gènes de "profiteur"... N'oubliez pas que vous êtes "l'Autre".

En attendant, relisez donc "Matin brun". Mais mettez un peu le nez dans nos poubelles:

Forum du blog TF1.
le 29/06/2009 à 14h20
Soit dit en passant mes enfants sont dans une école privée et vous savez quoi aucune absence pour maladie !!! cherchez l'erreurMax, Pari

le 29/06/2009 à 14h19
Ces pauvres profs si fatigués , nos enfts sont si pénibles !!!! LAMENTABLE .. changez de métier mais va falloir bosser 8 h par jour là dans le privé et si vous etes trop souvent en arret : Viré !!!Cmoi, Laon

le 29/06/2009 à 14h11
SARKO il faut vite degraisser le mammouth comme disait un socialiste intelligent les enseignants ont si peu de conge ..... hop un peu de conge maladie pas belle la vie ...et on paie tout ca .Debain, Lyon

le 29/06/2009 à 14h03
Que l'on fasse plus de contrôles car certains profs sont souvent absents avant les vacances scolaires ou week-end !!!! et bien sûr payés !!!! je reconnais que les parents ne sont pas tous conscients de ce qui se passe et que leurs "chers petits" sont des anges....mais si les instituteurs, professeurs, et directeurs d'école étaient un peu moins laxistes se serait bien pour tout le monde et il y aurait peut-être moins de problèmes dans les cours d'école....car il faut plus de surveillance et de réprimande et non pas laisser faire sous prétexte que "ça ira mieux demain" !!!!!!!!!!! je n'ai plus d'enfants à l'école mais des petits-enfants et je suis un peu en colère après l'éducation nationale qui reste fermer sur elle-même !!!!!!!!!!!!!!!!!!!Marie23, Valence

Bjr ha parce qu'ils travaillent faut qu'ils rusent pour trouver une semaine d'arret maladie sur les 120 jours de travail annuel !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!Leguaufiot, Drancy

blog Le Figaro
Jean Rene B
Milieu à risque
29/06/2009 à 15:14
Il paraît que les enseignants sont souvent malades parce qu'ils sont contaminés par leurs élèves. Ce serait un milieu à risque. C'est faux, il n'y a pas plus de risque qu'être parent. J'ai élevé 5 enfants qui allaient à l'école et ramenaient des cochonneries. Je les calinais et ils me calinaient. J'ai rarement eu plus d'un jour de congé maladie dans l'année malgré les énormes risques. Et je connais nombre de mères de familles qui ne sont JAMAIS malades.Par ailleurs les enseignants sont parmi ceux qui ont la plus longue vie en retraite. Tiens ? Pourquoi ?

La chianli
29/06/2009 à 15:13
Ho mon Dieu quelle horreur ! : on stigmatise une frange entière de la population ! Quelle ignominie injuste à l?encontre de ces gens amoureux de leur métier qui se donnent tant de mal pour nos chères petite têtes blondes (enfin blondes, elles le sont de moins en moins les petites têtes?) ! Sans doute une enquête diligentée par des malveillants. Bouuuuuu que c?est pas gentil ! Va vite falloir songer à faire grève pour protester énergiquement !On parie que tous les guignols du PS vont très vite monter au créneau pour dénoncer cette manipulation éhontée, en montrant du doigt un affreux Sarko qui dresse les gens les uns contre les autres ?!45%? Mais est-ce vraiment une surprise pour les parents d?élèves confrontés régulièrement à ces manquements graves ? Non. Mais peuvent-ils le dénoncer ? Non plus. Alors la chianli continue.

Combien de femmes chez les instits ??
29/06/2009 à 15:12
80 %, je crois.Je vois autour de moi que les femmes ont 1 énorme absentéisme ( Y a t il des études sur ça ?? .....).Si on crie ' égalité ' , alors l'égalité doit s'appliquer partout. Problème des arrêts : anormal que ce soit fait par son médecin perso ..... au bout d'1 certain nbre de jours dans 1 intervalle de temps , 1 médecin indépendant doit intervenir.

Difficile à digérer !
29/06/2009 à 15:12
Mais c'est comme ça!et pourtant ils bénéficient ces fonctionnaires ... d'un tas de congés !Il me semble, qu'un partage pourrait être fait pour les grandes vacances : les utiliser pour des travaux d'intérêts communs !

vapona
29/06/2009 à 15:07
allons, ne tirez pas sur nos chers fonctionnaires, on leurs donne systematiquement du travail pour 4, mais heureusement comme disait un regreté humoriste ,ils sont 8 pour le faire

LAMENTABLE
29/06/2009 à 15:01
pour des gens qui travaillent en gros trois mois sur douze .... il faut trouver une astuce : par exemple ne pas les payer en cas d'arrêt maladie, vous verrez, ils bosseront ...

dimanche 28 juin 2009

Changer l'information!

Peinture de Salvatore Vitale

"On n’a toujours pas récupéré dans le bazar de Téhéran la boite noire de Sarkozy après l’autopsie de Mickael Jackson à Versailles. "

Telle est la synthèse des news de la semaine écoulée. Les médias donnent du sens au réel : une fois encore, nous l’aurons remarqué!

Mais l’information, non pas seulement telle qu’elle nous parvient, mais dans son contenu brut, mérite quelque attention : De « j’ai mangé des frites à midi » au « Pape qui se serait converti à l’Islam », il y a hiérarchie des « faits », aussi bien pour l’effet psychologique induit au public que pour la prétention de l’appareil médiatique à écrire l’Histoire à partir d’un Présent absolu.

Je laisse à d’autres le soin de s’interroger sur la validité philosophique de ce reflet d’un réel qui serait ainsi conduit à produire du réel, l’essentiel étant que, dans ce jeu de miroirs où fiction et réalité ne cesseront de se croiser par le jeu de l’écriture, la Presse soit toujours au cœur du pouvoir. Secondée par les « sondages », elle fabrique le Politique. Et l’on ne comprendra pas le Politique sans admettre que l’appareil médiatique trouve son fondement sur deux mots : Le Spectacle et la Marchandise.
Or cette « information brute » qui en est à la source, est en fait réduite à quelques dépêches d’agences - Associated Press, Reuter, AFP… - dont le fil des news s’écoule, informe, dans l’axe du temps. L’important viendra ensuite : la fabrication d’un produit, d’une « nouvelle ». Car c’est bien le mot : du nouveau et encore du nouveau, et donc de l’effacement jusqu’à cet oubli qui met constamment l’appareil médiatique en porte à faux avec sa prétention à refléter le réel et à écrire l’Histoire !

Pour être concret, on constatera que la mort soudaine d’un chanteur aura peut-être tué les prémisses d’un mouvement révolutionnaire en Iran, qu’elle a peut-être occulté l’émergence d’une « nouvelle » qui, par amplification, aurait pu monter aux premières marches du hit-parade… Car par essence, le nouveau n’est qu’une forme vide qui règne sur notre conscience.Nous sommes gouvernés par un ectoplasme !
D’ailleurs, sauf imprévu, il ne se passe plus grand-chose le week-end. Place au sport !

La fabrication de l’information ne se produit donc qu’au terme d’un CONSENSUS. Remarquez combien la hiérarchie de l’information sera identique d’un média à l’autre, observez cette porosité dans les titres, la façon dont les journaux se pompent mutuellement comme les gamins sur internet qui n’ont d’autre mot d’ordre que de dire : Faites tourner l’info.
Au-delà de la caricature, le parallélisme du journal de TFI et de celui de France 2 signe l’aveu que l’information n’a plus de « fond » mais qu’elle se réduit désormais à une forme filtrée, prédigérée : un style.

Reste la pression du « spectateur -citoyen», seul recours possible pour reprendre possession du vécu face à la "déformation" du spectacle.
Les blogs collent à l’actualité dictée par le « consensus » mais ils ont ce pouvoir démocratique de lancer des débats, d’imposer une autre hiérarchie de l’actualité, d’inciter à d’autres investigations. La pression pour qu’un éventuel « Karachigate » ne soit pas étouffé par le « consensus » serait la preuve qu’il n’est pas vain de lutter pour faire émerger « le vrai ».

samedi 27 juin 2009

Mozart est mort!


Aujourd'hui, Méditerranée!
Sur un rocher, deux cormorans: pourquoi, en regardant ces oiseaux, je ne cesse de penser à cet extrait de Hugo dans Les Orientales?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ?
-Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine...
-La lune était sereine et jouait sur les flots.

Dimension tragique de ce poème qui, dans la cacophonie médiatique concernant la disparition du "Mozart du XXe siècle" (sic), peut nous rappeler que dans cette Méditerranée, chaque jour, des drames se jouent dans le plus grand silence: ces dizaines, ces centaines de jeunes africains qui chaque année s'y noient pour échapper à la misère.
Je me souviens d'une page de Saint-Exupéry dans Terre des Hommes: une femme dans un train, une immigrée polonaise avec son enfant. Et ces phrases: "Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné."

A chacun son Mozart...

mercredi 24 juin 2009

Les grilles








Photos du Cap de Creus.


Je ne sais s'il existe une quelconque analogie étymologique entre la grille et le verbe "griller". Mais j'aime autant le premier mot qui est ouverture et fermeture, début ou terme d'une route, que le second évoquant la chaleur en son point ultime.
Et comme il sera dit qu'aujourd'hui l'espace et le temps prendront leur revanche sur le présent... cette strophe de Paul Valéry:
Du soleil soutenant la puissante paresse
Qui plane et s'abandonne à l'oeil contemplateur,
Regard!... Je bois le vin céleste, et je caresse
Le grain mystérieux de l'extrême hauteur.

Un peu de lumière!





Et après avoir refermé pour un temps les poubelles de l'Histoire, "let's the sunshine in.."
Lumière crue de la Méditerranée.

mardi 23 juin 2009

Monsieur le Ministre de la Ture


Il piaffait tellement d’impatience !

Il frétillait tant de se brûler à ce Roi Soleil noir de sa mélancolie tandis qu’il trépignait, gamin impatient à l’ombre du Palais Médicis. Car il est des lieux où l’on conjugue plus qu’ailleurs le poison et la trahison, où l’avidité du pouvoir pousse comme une mauvaise herbe léchant les colonnades et les frontons dorés, rampant vers ce soleil si lointain…

Il n’en pouvait plus d’attendre, de taire ce secret, ce petit meurtre d'un nom qui le taraudait … Ainsi porté par cette ivresse s’est-il déjà lui-même autoproclamé Ministre de la Culture. Au moins dans cette vie misérable lui reconnaîtra-t-on un instant de lucidité lorsqu’il titra son autobiographie « La mauvaise vie » !

On ne sait jamais... le Soleil est tellement imprévisible qu’il ne règne que sur le vent et les courtisans, qu'il n’agite que les girouettes. Alors, vite ! Au cas où…
Mais le Soleil s’en satisfera. "Autant en emporte le vent" , n’est-ce- pas ? A chaque jour des annonces venant balayer les précédentes; hier un emprunt baroque pour éponger les dettes, aujourd’hui l’entrée en cour d’un nouveau Grand Chambellan qui bêlera bientôt auprès de Lang

Pourvu que vous n’oubliiez pas, Monsieur le Ministre Autoproclamé de la Culture, que dans votre beau Ministère il y a surtout la Ture, et que ce n'est ni le cul ni le confi qui ne sauraient la précéder. Cette Ture qu’il vous faudra faire rimer avec Littérature, Peinture, Sculpture et non avec biture ou autre forfaiture... En serez vous capable entre les perles du caviar , les arômes du Havane et la voix suave de Carla?

Ou bien ne serez vous pas hanté par cette autre rime, avec ce mot « sépulture », et ce fantôme d’un nom désormais souillé ?
Relirez-vous Boris Vian : « J’irai cracher sur vos tombes » ?
Il n'ya que la Ture... Tout le reste n'est que littérature.

lundi 22 juin 2009

Une journée particulière


Un huis clos interprété en 1977 par Sophia Loren et Mastroiani. Deux solitudes sans espoir de rencontre tandis qu’en sourdine la radio crachouille la gloire de Mussolini accueillant Hitler à Rome.

Etrange cette sensation que j’ai éprouvée aujourd’hui en regardant Sarkozy à la télévision et qui me ramenait constamment au malaise de ce huis clos, à cet isolement d’un peuple réduit à la plaie béante d’un silence tandis que résonnaient les fanfares à la gloire du Duce, les vivas de ses fanatiques, ces foules aveugles qu’on devinait sans jamais les voir.

Il y avait de cela aujourd’hui ; ces draperies et ces ors pour un spectacle pathétique où le peuple semblait avoir été dissout par cette assistance onctueuse, cravatée, repue dans ses rots de notables. Ce silence religieux rythmé par les applaudissements, ces regards satisfaits qui se croisaient mais qui jamais, on le devinait, ne rencontraient l’ombre de l’idée d’un peuple.
Et d’être là, devant la télévision, révélait quelque chose d’oppressant. Cet écran, à l’instar de la radio dans le film d’Ettore Scolla, devenait cette barrière invisible qui criait une absence en désignant celui qui proliférait sur cette absence : le monarque .

Absence du Peuple, y compris dans le discours qui se termina d’ailleurs sur une note hallucinante, reprise mot à mot de Pétain sur « La France qui n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle épouse l’avenir ». Discours pompeux, vide, sans forme et sans fond. Un homme qui joue le Président de la République. Comme à la fin du film de Scolla, les interprètes s’en vont. Une journée particulière. Pourtant il ne s’est rien passé. Pour personne.

Mais, au-delà de la cour, il y avait la basse-cour proprette et silencieuse du PS. Pire que le boycott, le silence forcément complice. Pour ceux-là, la journée de la honte.

Dégoût et des couleurs : le rose aux joues de jeunes communiantes de ces socialistes écoutant le Grand Prêtre, des communistes rouges de honte aux abonnés absents et des verts qui s’étaient mis au vert ce jour là…
Où étaient les couleurs de la République ?

dimanche 21 juin 2009

Promenade du dimanche


Loin de Versailles et des courtisans. Loin de tous ces parlementaires trop lâches pour attaquer le Palais ou prendre d'assaut la Salle du Jeu de Paume pour rappeler le sens du mot République...


La nature, les vestiges dispersés: la vie, la vraie vie.

samedi 20 juin 2009

Sarkozy dans OSS 117 à Karachi!






video




Selon des informations confidentielles cette vidéo surprenante aurait été réalisée pour l'adaptation en mode comique du roman de Jean Bruce. Au côté de Dujardin dans le rôle de l'exotique OSS117, c'est Nicolas Sarkozy qui devrait interpréter celui d'un homme politique hilarant dans une histoire de gros sous, de meurtres, de magouilles politiques, de trahisons...

http://www.mediapart.fr/journal/france/190609/attentat-de-karachi-les-revelations-d-un-ancien-des-services-secrets

Bref ,du grand spectacle et une intrigue décapante!


On admirera la performance de l'acteur dont le comique risque de faire de l'ombre à Dujardin. On connaissait sa gestuelle empruntée à De Funès, ses ricanements hors de propos, mais, ici, l'interprétation touche au sublime: le personnage se perd dans des répétitions et un marécage cérébral dans lesquelles il semble se noyer plus ou moins volontairement. Les dialogues sont à la hauteur du scénario et on se met à penser à Audiard lorsqu'il glousse:

"Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu'est-ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus."

Le personnage est aussi peu crédible en Président de la République qu'un pilote de ligne (de coke?) complètement bourré dans son Boeing. Une fiction donc à laquelle il est difficile de croire mais qui nous dévoile un acteur plein de talent.
Seule chose qu'on lui demande: qu'il ne fasse pas de politique!

Bientôt dans toutes les salles, toutes les télés, tous les journaux. Une production TF1/le Figaro. Selon un sondage OpinionWay, Nicolas Sarkozy serait l'acteur comique préféré des Français...

vendredi 19 juin 2009

Le roi s'amuse


Le sarkozisme est à la politique ce qu’est ailleurs la télé réalité : il ne se passe rien mais ça bouge beaucoup, on y fait n’importe quoi, l’important étant la continuité du spectacle. Personne n’y croit mais qu’importe !

D’ailleurs le roi s’en moque ; il n’est là qu’en bon toutou figurant de la bande du Fouquets, c’est l’amuseur public qui dit ce qu'on lui souffle, c'est à dire du vent, mais suffisamment pour faire bouger les petites plumes des journaux...Il est "programmé" pour ça, tout le monde le sait désormais, mais que voulez-vous, la fascination (fascisation ?) du spectacle… Hier, c’était la retraite à 65 ans, histoire de préparer le terrain pour la rentrée et d’occuper toujours l’espace médiatique. Mais il faut toujours de nouveaux os à ronger pour les journaleux, alors on lance le nouveau joujou : la burka.

Superbe ce coup de la burka ! Ça durera quelques jours mais la semaine prochaine on l’aura déjà oublié : ce sera le grand show de Versailles puis la concoction du nouveau cocktail pour l’été, du bleu, du blanc, du rose –et du vert : c’est la couleur tendance. Une pointe de rouge serait pas mal non plus, mais c’est plus difficile à trouver.
Puis les vacances ! Car le roi s’amuse beaucoup, ne croyez pas qu’il travaille plus que ses prédécesseurs ! Non, mais qu’il intervienne pour l’industrie de la chaussette, et hop, voici toutes les caméras au garde à vous pour couvrir l’événement du siècle lequel, en Sarkozie, est quotidien.

Ah la (Allah ?) Burka ! Que le Prophète soit loué pour ce textile de l’été qui aurait fait fureur au Cap d’Agde si on ne s’y adonnait pas à la religion du soleil ! Merveilleuse burka avec son soupçon d’exotisme, ses trésors cachés et surtout… ce tissu sombre autour duquel s’agite la fourmilière dès le premier bout de sucre…
Qui est pour ? Levez la main ! Attendez, je vois pas grand monde. Pas grave puisque c’est le grand débat de l’année, on nous l’a dit. D’ailleurs ce matin en allant (Allah ?) faire les courses au super-marché, je voyais que ça, des burkas, encore des burkas. Après cent, j’ai arrêté de les compter. Et puis notre grand amuseur nous fait un mix formidable : de la laïcité, de la république, du féminisme ! Hein, la gauche, là, on vous a bien eu ! Et puis , vous voyez, les potes FN, on vous oublie pas !

La burka, c’est l’œcuménisme politique, le drapeau de Sarkozy.

Donc le roi s’amuse. Quand viendra l’automne, il nous promènera dans quelques brouillards nouveaux mais la dureté des temps s’effacera par d’autres annonces sur l’avenir. Car le sarkozime n’est pas un présent, pas même un avenir, juste une promesse jamais tenue pendant qu’on saupoudre au jour le jour les mesures que les grands barons de l’économie exigent de leur serviteur.
Le Roi s’amuse : un jour la burka, le lendemain les fesses de son épouse en photo. Le Sarkozisme s’expose en papier glacé, sur les ondes et les écrans. C’est sa seule existence.
Ailleurs, sur le net circule une pétition pour que le Roi mette fin à l’ « ouverture ». On y voit là grand mystère quand il faut songer à ces pauvres types qui depuis 20 ans militent à droite et se voient damer le pion par ces opportunistes qui, venant de partout, les auront privés de cet avenir majestueux auquel ils avaient tant rêvé.
L'ingratitude des Puissants!
Le Roi s’amuse.

mardi 16 juin 2009

De profundis

Le titre aurait pu être "les Valseuses du PS" pour le Manuel de la parfaite traîtrise - relayée, comme c'est bizarre, depuis quelques jours par tant de médias...
Pourquoi parle-t-on de Valls?

Quelques phrases sur les Blancs, et aussitôt, accès aux médias, flashs, interviews... Méthode le Pen puis Sarkozy: Identité et sécurité.
Puis le problème des retraites qui resurgit avec quelques comparses de droite comme de gauche... Brouillage idéologique tous azimuts.
Le Guen sur les radios: en voiture je tombe hier sur RTL et je croyais que c'était lui l'UMP!
Quant à Lang, bien sûr, le premier à piaffer: "A Versailles, faut yaller, faut y aller!"
La valse des traîtres! Dommage y'en aura pas pour tout le monde: dépéchez-vous! Il seront si nombreux que vous aurez le tournis.

Sinistre spectacle dans lequel l'ombre du PS ne fait que rajouter une nouvelle image sur son extinction programmé. Son implosion qui laissera tous ses militants sincères, désemparés, à jamais dégoûtés de la politique. Et pour le pouvoir, les huées du Gabon auront été recouvertes aujourd'hui par ces douces offrandes que des socialistes auront déposées aux pieds du monarque: "Nous vous écouterons religieusement, Monsieur le Président, puis nous partirons sur la pointe des pieds."
http://www.marianne2.fr/Les-socialistes-protestent-En-silence_a180890.html

Je l'avais écrit par provocation: Valls promu premier opposant officiel et juste avant les échéances électorales, se ralliant in fine à Sarkozy..
Ce scénario de Valls devenant Premier Ministre, n'est plus vraiment une fiction.. Du moins dans la tête des principaux protagonistes.
Bizarrement, Monsieur Valls ne fut jamais interrogé sur le Congrès de Versailles.

Et pourtant, j'en prends le pari, ce congrès sera l'acte fondateur du vrai sarkozisme. Et vous n'avez pas fini d'en entendre parler! Avec son lot de contradictions, de promesses, de mensonges et d'appels à tous pour rejoindre le camp du "Fouquet's" , ce territoire de la raison et du progrès dans lequel de pauvres hères, électeurs de l'UMP et du FN, demain victimes, erreront à la recherche de leur vie perdue.
Comme autrefois, d'autres, dans les ruines d'un pouvoir qui les avait dévorés.
Comme ceux qui déjà errent aujourd'hui parmi les ruines du socialisme.

Enfin... si le scénario fonctionne. Il ne fonctionnera pas, mais c'est une autre histoire... La magie de l'Histoire c'est que rien ne marche jamais comme prévu, sauf à court terme.

Les traîtres. Le pouvoir. Le Parti Socialiste assistera donc à Versailles à sa propre fin dans cette oraison funèbre de la Démocratie : la messe est dite. Messe de Requiem pour ceux qui croyaient en demain et à un Parti susceptible de leur donner espoir. C'est fini.


Je disais qu'il fallait que les Représentants du Peuple se fassent entendre. Et ce tableau du Serment du Jeu de Paume n'était pas seulement une illustration mais la clé d'un avenir: " Nous ne sortirons ici que par la force des baïonnettes!"

Je parlais de courage.

Je parlerai maintenant d'intérêt:
Y aurait-il ce jour-là, un Parlementaire, un seul, d'où qu'il vienne à gauche, qui enfreindrait la loi du silence, qui oserait hurler la voix du Peuple... Et, celui-ci, aurait alors gagné cette Primaire impossible aux partis, aux syndicats devenus inaudibles. C'est ce Parlementaire qui en se dressant face à l'exécutif, en privilégiant la voix législative contre la mise au pas de la classe politique, prendrait naturellement la stature du vrai opposant. Celui qui nous manque aujourd'hui. Les médias l'écharperaient, le pouvoir le traînerait dans la boue... Et alors?
Cette Primaire si urgente pour désigner celui qui incarnerait l'opposition mettrait en scène un homme nouveau, opposant sans faille, transversal aux partis. Celui qui s'opposerait sans relâche et sans compromission à Sarkozy. Car, contrairement à ce qu'on veut nous dire, c'est bien ce dernier qu'il faut combattre.
Le Congrès de Versailles ne serait alors plus son Apothéose!

Courage. Vertu.
Oui, tout cela rappelle furieusement le Serment du Jeu de Paume!


Merci à Dedalus, au coucou, Nicolas, Gaêl et autres bloggeurs de croire encore à ce débat.

lundi 15 juin 2009

Aux Représentants du Peuple

Jacques-Louis David - Le serment du Jeu de Paume

Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République vous serez donc convoqués pour écouter le Président de la République devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Cette réforme de la Constitution, vous êtes nombreux à l’avoir combattue parce qu’elle renforçait les prérogatives d’un seul homme quand, on l’a vu, elle ne donnait guère plus de de pouvoir au Parlement comme on vous l’avait promis.

Vous voici donc sommés d’écouter la parole d’un homme qui, en toutes occasions, se barricade derrière des escadrons de CRS pour ne pas entendre la clameur d’un peuple bâillonné ; la parole d’un homme qui se veut rassembleur mais dont la seule politique est d’entretenir la confusion pour briser toute opposition réelle ; la parole d’un homme qui, une fois encore, dira tout et son contraire. Une parole orchestrée par les applaudissements de la cour et le silence religieux du petit peuple que vous représentez.

Pour la première fois, si vous en avez le courage, vous aurez l’opportunité de faire entendre cette parole qui nous est interdite, ces cris trop insupportables aux oreilles de Monsieur le Président de la République. A vous, Sénateurs et Députés, de faire entendre cette voix que nous vous avons accordée. Vous n’en êtes que les dépositaires et il est de votre devoir de la faire résonner ce jour-là.

Ne boycottez pas ce Congrès ; faites-en le symbole de la République en redevenant les porte-parole du peuple!
Être dans l’opposition ce n’est pas déserter mais combattre - crier pour pouvoir répondre aux mensonges, hurler pour défendre les injustices sociales. Trop d’entre vous ont oublié cette mission qui consiste à nous représenter, d’où ce populisme et ce rejet de la politique qui gangrènent notre Démocratie.

Vous aurez le choix entre ces cris qu’on ne pourra vous interdire et le silence de la désertion.
C’est là que vous serez jugés.

dimanche 14 juin 2009

Etre ou paraître.

Bargème, le 14 juin.

Les vieilles pierres parviennent toujours à s'imposer dans le présent: l'empreinte des siècles permet de mesurer la relativité des mots, des idées, des réformes et autres niaiseries.

S'éloigner, le temps d'un dimanche, marcher sur un chemin blanc et chaud du Haut-Var et savourer, au bout de nulle part, comme d'autres hommes l'ont toujours fait, la beauté des ruines.
Et pas besoin pour cela de débauche d'hélicoptères et de 4X4 comme pour HOME... Mais Monsieur Arthus-Bertrand ne fut-il pas durant 10 ans le photographe officiel du Paris-Dakar?
Ceci devrait suffire à discréditer ce beau message qu'il veut nous vendre! D'un côté on cautionne ceux qui labourent la fragilité des déserts , imposent le culte des gros cylindres et colonisent l'Afrique... De l'autre, on fait semblant:
être ou paraître.
Mais pour en finir avec ce personnage, je rappelerai qu'en juin 2008, il recevait des mains de Notre Grand Monarque les insignes de l'Ordre National du Mérite. Il ne lui fut pas nécessaire d'aller loin pour les chercher: suivez ce lien!
Donc loin des fastes de la cour et de la vanité des honneurs, les ruines, les paysages simples. Pas besoin de la fièvre télévisuelle pour aller à leur rencontre.

samedi 13 juin 2009

Lequeux sans tête

La dentellière, Vermeer

D’abord juste la réflexion d’une jeune coiffeuse à la veille d’un « mouvement social » : « Et tous ces grévistes, ils ne savent même pas pourquoi ils manifestent ! »
En d’autres termes, la bêtise cherche plus bête qu’elle-même.
Mais qu’importe cette idée droitière qui veut que pour être de gauche, l’on ait raté quelque chose, qu’on soit dans l’ignorance, dans la bêtise de l’intellectualisme quand, par définition, le mec de droite finit sa vie aux Bahamas. Et Mademoiselle la Coiffeuse se voyait déjà promise à un tel avenir lumineux qu’elle n’avait pas à se demander si elle savait pourquoi elle ne manifestait pas mais cela lui aurait apparu comme couper les cheveux en quatre.

Je lis dans le Monde du 12 juin un article sur l’art d’une demi-page d’Emmanuelle Lequeue. Elle ira loin dans le sans queue ni tête, cette critique d’art contemporain ! Un chef d’œuvre d’inepties prétentieuses cachant le vide abyssal d’un certain art même quand celui-ci, en transparence, comme le loup qui montre le bout de sa queue, ne cache pas son ambition de réécrire l’Histoire. Une forme de révisionnisme où l’on convoque le temps plus pour effacer que pour révéler et où l’on triture les images pour les mêmes mauvaises raisons.

http://mobile.lemonde.fr/culture/article/2009/06/11/philippe-parreno-s-invente-une-biographie-en-images_1205677_3246.html

Déjà le titre : » Philippe Parreno s’invente une biographie en images ».
Pourquoi pas ? Moi aussi.
Mais ce sous- titre : « Le Centre Pompidou offre 1200m2 à cet artiste français, CONNU DU GRAND PUBLIC…. »
Bon, d’accord, je suis du petit public qui doit correspondre à 99,9% de la population mais je vais me ressaisir pour suivre de plus près la vie de la Cour.

Je me contenterai donc de citer la fin de l’article :

« Dans cette perspective, l’artiste s’est impliqué dans l’atelier des enfants du Centre Pompidou la création du centre en 1977, fait partie de dates importantes pour Parreno. Durant le mois de Juin, les gamins de l’atelier animeront l’exposition : ils y effectueront, visibles depuis la rue, trois parades par semaine. On les voit manifester en brandissant, en guise de banderoles, des reproductions des chefs-d’œuvre du musée –fabriquées durant leur atelier – que l’on peut admirer quatre étages au-dessus. Les enfants deviennent des rebelles sans cause, si ce n’est celle de l’art ».

Ici chaque mot mériterait analyse: gamins, rue, parades, banderoles, chefs d'oeuvre, admirer, rebelles...Mais tant pis: on détourne les mots comme les images, n'est-ce pas?

Ouf… les enfants sont donc des rebelles sans cause dans un art inexistant. Des enfants soldats. De bons petits militants au garde à vous les doigts dans le nez !
« Des rebelles sans cause » !
« Des rebelles… au service de l’art » !
Encore une fois les Dupont et Dupont de l’art milliardaire, les Arnaud et Pinault ne dépensent pas leur argent pour rien mais auront contribué activement à l'abrutissement des masses. Les fondations Cartier, Hermès (pas moi!) et toutes ces boites du luxe et de la frime ont leurs entrées au Monde. Tiens, une page entière de pub dans ce même journal pour la fondation d'Arthus-Bertrand... Pas de hasard dans ce petit monde...
Madame Lequeue sans tête, vous avez de l’avenir. Pour vendre le vide, vous faites monter très haut les enchères de l’aliénation.
Et je repense à cette coiffeuse-philosophe qui avait raison : il n’y a pas de rébellion, il n’y a pas de cause, il n’y a que l’art : la coiffure !
Madame Lequeue et Mademoiselle la coiffeuse-philosophe auront la joie de se retrouver le 14 juillet au concert De Johnny Hallyday puisque pour célébrer la République, notre Grand Monarque offre au peuple ce concert qui coûtera 1000000 Euros au contribuable... dont 500000 Euros pour Johnny et qui repartiront en Suisse.
3 heures de concert: travailler plus pour gagner plus, qu'il a dit...
Ah que merci mon pote Sarkozy!
Quant au marché de l'art contemporain, le lien suivant est pour le moins instructif!

vendredi 12 juin 2009

L'art de la rue






Londres, 2009

Il y a dans l'art de la rue une revendication de spontanéité et d'anti intellectualisme qui peut mettre mal à l'aise celui qui pense que l'oeuvre d'art se produit au terme d'une longue maturation en se construisant hors de toute norme.
Or cet art est le produit d'un groupe culturel défini par son rituel. Il renoue avec la représentation collective de l'art primitif qui se constitue loin de l'artiste individuel et de son génie supposé. Art de la tribu. Et dans sa liberté affichée, il reste très fortement codifié.

Pourtant force est de constater que cet art capte le regard, qu'il s'inscrit dans un contexte social, qu'il est l'expression d'un groupe, qu'il naît dans la rue pour retourner à la rue, qu'il ignore l'argent, qu'il se veut militant, qu'il propose une esthétique vivante, qu'il joue sur les codes culturels...
Faut-il en rajouter? Probablement. Car en dépit des réserves qu'elles suscitent, ces oeuvres éphémères sont l'autre versant de l'art contemporain. Il serait vain de les opposer ou de choisir un camp contre l'autre. L'art est un ensemble compact mais mouvant parce que vivant: ses critères ne sont gravés ni dans le marbre ni sur le béton.

Dans la rue, l'art s'affiche; dans les galerie ou au musée, l'art fait salon. On peut, on doit imaginer hors de ces limites, les créations à venir. Ce qui ne doit pas nous empêcher de voir ce qui se fait aujourd'hui. Partout.
Et surtout: Pourquoi ces images? Pour quel pouvoir? D'où viennent-elles? Où vont-elles?

jeudi 11 juin 2009

Aux colères errantes



Arnault ou Artaud?


Arnault l'un des milliardaires-collectionneurs d'art...Ils sont quelques-uns comme lui, achetant, revendant d'un bout à l'autre les mêmes artistes, subventionnant les musées où on les exposera, payant les revues dans lesquelles on en parlera. Bref, parmi les activités économiques de ces gens-là, il y a "la fabrique d'artistes".
Beaucoup a été dit et reste à dire. Le dernier texte a ce sujet se trouvant dans "Pensez bibi":
http://www.pensezbibi.com/pensees-politiques/pinault-arnault-tetes-de-lart-1006#comments


Artaud: "L'art a pour devoir social de donner issue aux angoisses de son époque. L'artiste qui n'a pas abrité au fond de son coeur le coeur de son époque, l'artiste qui ignore qu'il est un bouc émissaire, que son devoir est d'aimanter, d'attirer, de faire tomber sur ses épaules LES COLÈRES ERRANTES de l'époque pour la décharger de son mal-être psychologique, celui-là n'est pas un artiste."

Ces colères errantes hantent toute phrase, toute forme à laquelle s'affronte l'artiste. Elles se vivent comme la matière première de toute production artistique et les vautours de l'art ont bien compris combien il était important de lancer des leurres pour empêcher toute création porteuse de subversion. Sans parler du petit marché parallèle non négligeable économiquement que porte ce pseudo art contemporain.

Régulièrement, des voix se sont levées, des artistes se sont insurgés contre cet art marchand - fabrication planétaire bien normée, apparemment scandaleuse, apparemment intelligente, apparemment si prisée que les foules se ruent pour voir les pitreries de Jeff Koons au Château de Versailles. Apparemment: puisqu'ici tour n'est qu'apparence, toc en stock.
http://www.jeffkoonsversailles.com/fr/
http://www.eric-winzenried.com/spip.php?article191

Puisqu'on vous a dit que c'était du grand art, qu'on ne parle que de ça... la course après l'événement, le culte du génie inconnu et tous ces mondains à la traîne des artistes courtisans qui leur donnent ainsi à croire qu'ils participent eux-mêmes à la vie de la cour.
"Aux colères errantes" ce fut aussi le titre d'un numéro de la revue TXT en 1977 quand le débat, le débrousaillage des mots et d'idées l'emportait sur les modes. Son animateur, Christian Prigent, écrivait alors:
"1) Toute langue est étrangère
2) Ce n'est que dans la "fiction" que la réalité peut dépasser la fiction qu'on veut nous faire prendre pour la réalité.
3) Il n'y a pas de réponses toute faites. Il y a des multiplicateurs concrets de questions. A lire et faire lire contre censures, dénis, récupérations historiographiques, scolaires, pieuses ou "militantes".

Prigent est le dernier poète. Il écrit dans l'au-delà de la langue. Ce qui ne se vend pas. Ce que Arnault ne comprendra jamais car l'art ou la poésie ne sont pas affaire de boutiquiers, mais engagement, errance...



lundi 8 juin 2009

Le triomphe de Sarkozy



C'est à peu près le titre du Figaro et ce que suggèrent la plupart des médias. Et ce que donc beaucoup de gens penseront. Puisqu'on leur dit... Mais la machine médiatique n'étant pas stupide, elle évoque surtout la victoire de l'UMP...

L'UMP en tête des partis, c'était pourtant évident puisqu'elle représentait la seule force derrière Sarkozy. On fait pourtant semblant d'être surpris! Alors que 28% pour le monarque, ça ressemble davantage à une claque électorale! D'autant plus qu'avec une telle abstention, le petit monde sarkoziste se réduit à... Et bien justement, impossible de le dire car si on parle en pourcentage, le nombre des voix pour chaque liste n'apparaît jamais!

Alors pourquoi parler d'un triomphe de Sarkozy? Parce que la grosse manip a fonctionné à merveille et personne ne s'en est aperçu.

Il fallait diviser pour régner, casser toute opposition et pour cela recourir, comme je l'écrivais précédemment, à la mise à mort de Bayrou, prétendant le plus dangereux au trône et utiliser l'écologie de façon totalitaire pour anéantir le PS, seule parti structuré apte à être un contre-pouvoir.

On a vu comment la machine médiatique à fait le travail dans les quelques jours précédant le scrutin: l'utilisation de Cohn-Bendit pour briser à la fois le MODEM et le PS, l'utilisation du film d'Arthus Bertrand, payé par l'un des plus fidèles soutiens de l'UMP, la cérémonie Sarko- Obama, le brouillage permanent gauche droite puisque sur la "déclaration de foi" de l'UMP apparaissait aussi "La Gauche Moderne!'...

Le rouleau compresseur médiatique a été parfait!

Cohn-Bendit, l'éternel opportuniste est sans avenir. Aucun danger de ce côté là! Ses électeurs ont voté sans le savoir pour un allié objectif de Sarkozy. Casser la gauche par l'écologie. Il suffisait de constater hier soir la présence réjouie de Borloo à la télévision pour vérifier cette collusion.

Donc Sarkozy n'a plus d'opposition crédible tant celle-ci est fragmentée, sans leader, sans idéologie puisque l'écologie est devenue ce consensus marécageux où l'on patauge de droite à gauche. Le no mans'land où l'on peut régner sur le rêve d'un air pur et de plages dorées. Vous voulez des vacances éternelles au Bahamas? Monsieur Sarkozy vous les promettra!

Alors, Bravo Monsieur Sarkozy! Remerciez toute la presse, y compris celle qui fait semblant d'être de gauche, remerciez les télévisions, remerciez les politiques qui trahissent pour les honneurs que vous leur accorderez. Remerciez vos pipoles et votre Carla qui ont tellement abruti le peuple...

Anticipons un peu et voyons Valls prendre la tête du PS et appeler à voter pour vous! Ou, plus adroit encore, Valls se présenter face à Vous qui, dans Votre grande magnanimité et pour rassembler tous les français, le nommerait Premier Ministre!

Car tous les délires, tous les scénarios sont désormais possibles... La mégalomanie vous guette, Monsieur le Président. Vous irez plus vite, plus loin. Jusqu'où, puisque vous êtes irrésistible?

N'oublions pas cette proposition du Vice Président de l'UMP, Raffarin, qui n'a rien d'anodine: des élections à un seul tour, y compris pour les présidentielles...Ça peut toujours servir, non?
Ainsi Vous pourriez être réélu en 2012 avec moins de 30% des voix...

Fiction? Mais non, mais non... Bien sûr, on protestera, on fera semblant, on noiera le poisson et, peu à peu, les médias auront fini par nous convaincre ou nous endormir.
Déjà on nous dit, on nous répète: l'erreur de la gauche - ou du centre - c'était l'anti-sarkozisme!

J'ai tout compris: la meilleure façon de s'opposer à la politique de Sarkozy c'est de l'applaudir. C'est simple, non?

Vous avez gagné. Plus rien ne s'oppose à vous.
Sauf vous-même.

Attention au grain de sable...


dimanche 7 juin 2009

L'isoloir

Désiré Francois Laugié, 1859

Étrange l'isoloir, cette cage un peu sinistre qui fait penser aux chiottes ou au confessionnal . Peut-être d'ailleurs un de ces lieux que l'inconscient républicain aurait piqué au religieux. Et le mot donne aussi vaguement à penser qu'on vient y faire quelques petites affaires louches...

Bon, l'isoloir donc. Avec, avant et après, une petite procession -quoique la théorie des fidèles fût maigrelette aujourd'hui- pour la présentation de la carte, la récolte des bulletins (paroissiaux?) quand on n'a pas emporté celui de l'enveloppe contenant aussi les "déclarations de foi" des candidats (Amen!)... Ouverture du rideau, aïe, aïe, aïe, claustrophobie et si j'allais faire un gros péché, voter UMP par exemple, rien que par masochisme?
Allez, vite, pliage du bulletin, insertion du dit bulletin et, ouf, retour à la lumière, reprocession, mon nom.... Aïe, aïe, aïe, j'ai rien fait je vous jure. Signature! Ouille, ouille, ouille, ça devient cauchemardesque. "A Voté!" qu'il tonne. Quoi? Sûr? J'peux partir? Merci Monsieur le Juge, je recommencerai plus, j'vous le promets.

Ouf, le soleil, le beau soleil où ondule le platane dans la cour de l'école...
Mais oui! C'était donc ça ce mauvais flip, la cour de l'école...

Me retrouver là comme le gamin que j'étais, un peu con dans la cour avec toutes les conneries de l'enfance. Avec l'horreur de l'école, plus sinistre qu'une maison de vieux.

Paraît qu'il faut être adulte pour voter? C'est peut-être pas encore pour moi...

vendredi 5 juin 2009

No Home! L'inconscient totalitaire d'Artus-Bertrand?



HOME: Ce titre qui s'affiche comme centre, domination sur toute revendication nomade face à l' ethnocentrisme, à une parole révélée, à tout ce qui prétend saisir le monde dans un instant sans dire l'espace dans lequel il se situe. Une escroquerie.

Car ce n'est pas tant le discours sur le monde qui importe que le regard qui le constitue. Regard arrogant, sûr de sa vérité. Qui somme quiconque de se taire. Regard de la Méduse. Parole qui vous interdit toute réflexion.

Regard de la caméra qui "survole", "synthétise" et sans qu'on le perçoive "nous regarde de haut":
HOME c'est le mot du mépris social. L'auteur et le financier, Pinaut, l'un des pires du capitalisme mondial et mondain, côte à côte avec son hérault, aux infos, sourires satisfaits. Ils ont raison; l'entourloupe planétaire est réussie. L'arrogance du Grand qui n'aime le Faible que dans l'image compassionnelle mais qu'il exècre dans sa réalité. Ce n'est pas pour rien que Monsieur Pinaut se croit connaisseur en art. Et qu'il ouvre son dernier hangar à Venise (20 Euros, l'entrée quand même..)
Monsieur Pinault n'a pas compris qu'un homme est un travailleur, parfois un esclave. Alors Monsieur Pinaut ne sait pas ce qu'est un artiste sinon celui qui s'achète. Le grand artiste étant toujours le plus cher. Celui qui s'impose dans le "Kolossal". Ou il s'en fout, l'important étant d'occuper le présent en s'inventant ce que pourraient être les artistes qu'il souhaite, lui et les quelques autres du Dow Jones et du Cac 4O: des valeurs, des fonds pourris, qu'importe... Ce n'est que du pari, du chiffre. Et les artistes dévoyés sont des maîtres de la propagande...

HOME: l'intérieur. La maison. Le chez-soi. Déjà le titre est un mensonge quand le film est au-dessus du monde, qu'il ne dit pas la réalité des êtres mais qu'il se promène dans l'esthétisation de la terre, de la mer et du ciel. Avec une musique mystico-baba et un commentaire monologue sectaire religieux hypnotique.

HOME: titre anglais, international, pour faire marque. Qui fait écho. Qui résonne. Très Zen...Discours de l'impérialisme géographique, culturel et moral. La "culture" dominante.

HOME: qui culpabilise, comme à l'église, et qui ne dit rien des sans abris qu'elle fabrique. Des responsables du saccage . Les responsables c'est vous, pas nous. Monsieur Artus-Bertrand ne s'en prend JAMAIS aux vrais responsables.

HOME: qui se veut TOUT puisqu'il porte aussi le mot "homme", si absent dans sa réalité...

Mais je serai franc: je n'ai pas voulu voir le film.
Comme Ulysse, mon seul "maître", j'ai refusé de me laisser séduire par le chant des sirènes. J'ai préféré m'attacher au mat du navire...Et m'occuper d'autre chose.
La télé allumée dans une autre pièce, je n'en ai que saisi ici ou là que 2 ou 3 minutes.
Pour écouter que le "destin de la planète"...

Quoi "destin"? Une planète aurait-elle un destin? Y-a-t-il un philosophe dans la salle? Comme quoi l'esthétisation est une machine à abêtir! Un "destin"- mot métaphysique pour ne pas dire avenir, encore moins futur et surtout pas, conséquence!
Alors, oui, voyageur et nomade -puisque telle est la raison d'être de ce blog, -je m'insurge contre ce HOME qui, dans ses multiples résonances, renvoie à l'écho du "meilleur des mondes". Non pas celui d'une morale, d'une humanité. Mais d'une loi naturelle. Film totalitaire. Monde d' Orwell, de Wells . Et plus.

Car HOME serait-il un film totalitaire dans son inconscient?

Totalitaire: son ethnocentrisme occidental avec des paroles hypocrites sur les "pauvres" puisque le discours est centré sur la nature et non sur le capitalisme à l'origine de la catastrophe écologique.

Totalitaire: l'affiche. La planète est soumise à ce HOME qui l'écrase et au nom de son démiurge, Artus Bertrand, qui l'organise dans ce bleu abyssal... Le grand bleu! Celui de Besson, le producteur du film. La nature primitive contre la culture. Cette grande nostalgie des racines et de pureté initiale qui fut le terreau du nazisme.

Totalitaire: le système d'Arthus-Bertrand. Financé aujourd'hui par le groupe Pinault Printemps La Redoute qui a mis plusieurs centaines d'employés au chômage cette année. Mais que valent les hommes face à la force de la nature? Et l'économie suit des forces naturelles, non? Je le redis: quelle était l'idéologie hitlérienne? Le discours de ce film ou de ses livres porte-t-il une once d'humanisme? Jamais.

Totalitaire.: l'Association d'Artus-Bertand, richissime, se nomme "good planet". Non seulement dans cette mégalomanie spectaculaire, on se prend pour dieu mais encore on se revendique le bien absolu et propriétaire de l'humanité: "la planète"!
Discours déjà entendu dans l'"humanitaire": We are the world...

Totalitaire: quand dans son exposition "6 milliards d'autres", on se contente de juxtaposer dans un même cadrage des portraits neutres. Négation de l'histoire, des souffrances, des dominations. Pas de coupables, pas de victimes. L'écologie nouvelle bénie par Sarkozy et la mafia Besson est la religion universelle! L'égalité n'est qu'une succession de cadrages. Ni riches ni pauvres ni coupables ni victimes. Vous êtes semblables mais restez dans ce cadre. Ne vivez pas. D'autres s'en chargent!

Totalitaire: parce que l'essence de cette oppression est de dire que tout est un et que l'unique est un tout. Cette réversibilité du sens qui est la haine de la philosophie. Et qui dit que le chef est l'émanation du peuple, qu'il est sa finalité, son désir.

Totalitaire dans son universalité obligée, à grand spectacle. Un grand spectacle universel, un show néo-Nuremberg à la gloire d'une certaine écologie?

Tous les ingrédients de ce qui préfigura le nazisme sont présents ici. On me dira: Mais rien de haineux, rien de raciste...
C'est vrai. Mais en creux, grattez cet impérialisme, ce culte de la nature, cette haine du progrès.

Encore une fois le spectacle apparaît dans son obscénité: le discours du bien au service du mal et des prédateurs.
Alors on ajoutera: oui, mais ce discours est incontournable, on ne peut le rejeter...
Sans doute. Mais raison de plus pour ne pas l'écouter.