
"Le domaine de l'histoire était le mémorable, la totalité des événements dont les conséquences se manifesteraient longtemps." (...)"Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise lors-la-loi de l'histoire, d'avoir déjà condamné toute l'histoire récente à passer à la clandestinité, et d'avoir réussi à faire oublier très généralement l'esprit historique dans la société, c'est d'abord de couvrir sa propre histoire: le mouvement même de sa propre conquête du monde. son pouvoir apparaît déjà familier, comme s'il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu'ils viennent d'arriver."Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle. (1988)Nous en sommes là: citoyens figurant dans un porno historique - labourant tristement les images d'un désir insignifiant et vide car nous n'en sommes ni les metteurs en scène, ni les acteurs mais seulement les spectateurs réduits à incarner le désir de l'autre: Celui de Nicolas Sarkozy. Ou ailleurs, celui de Berlusconi.
Ces petits guides qui incarnent le populisme. Mais surtout ces petits valets serviles pour la mafia milliardaire.
L'un comme l'autre, ces stars porno de la politique émoustillent ce petit peuple qui n'aura que l'écran pour réalité, que le travail salarié pour faire la manche, que le commerce de l'argent comme échange.
Cette exitation haineuse est celle de ceux qui attendent de l'autre le salut pour combler leur impuissance, les mots d'exclusion pour signifier leur manque à être et qui n'ont d'autre espérance que d'achever leur vie comme spectateurs du cirque dans lequel ils sont pourtant déjà eux-mêmes condamnés à s'entretuer.
Guy Debord fut l'un des quelques dizaines - à peine - membres de l'Internationale Situationniste. Groupe inédit dans sa relation à l'art et à la politique, mouvement qui ne se fit que d'exclusions parce qu'il n'est de mouvement qui ne soit déjà en déclin dans son présent et éteint dans son avenir lumineux.
De ces quelques "historiques" de l'Internationale Situationniste, j'eus le privilège d'être ami avec l'un d'entre eux, Donald Nicholson-Smith, exclu déjà, comme le furent tous les autres jusqu'à ce qu'il n'y eût plus personne pour exclure. Rituel de la dérision. Dérision et fugurance de ceux qui dépassent le temps des s constructions quand il n'ya que la réalisation de la vie devant, invention, utopie.
Culture de la modestie plus que du secret, ce fut plusieurs mois après l'avoir côtoyé à New York que j'appris au détour d'une bibliothèque sa collaboration aux quelques numéros de "L'internationale Situationniste."
Loin du porno idéologique et de la frime, Donald était un rieur taiseux avec sa belle femme douce et sa petite fille rousse, dans les après-midi de Brooklyn. Puis près de chez moi dans le Lower East Side. Jamais nous n'avons parlé du situationnisme. Ni dans les bars, ni ailleurs. Lui l'anglais, moi le français, l'exil à New-York. Où il est resté.
Et il s'attelait à ses traductions, celles de Debord ou du dictionnaire de la Psychanalyse de Laplanche et Pontalis. Nous nous sommes revus une dernière fois, par hasard , à kennedy Airport - il y a longtemps - moi partant pour Paris, lui allant à Cannes pour une traduction de film pour le festival. Puis il traduisit Manchette, Jonquet et tant d'autres.
Un traducteur.
Toujours dans l'ombre de l'autre.
Et c'est là que réside ce mystère de celui qui était le contraire de l'affirmation de soi. Et pourtant, Donald, il en avait du coffre...
Parler de soi: comme le montre Debord, pour ne pas faire l'impasse pour l'histoire, parce que celle-ci vous prive de votre "conquête du monde": votre créativité.
Vous n'êtes ni un produit, ni une marchandise. Ne l'oubliez jamais!
Trop de médias, trop de stars - quand il suffit d'un supplément d'art.
Non pas de cet art mercantile qui se négocie comme à la bourse et qui est la propriété de Pinaut à Venise ou d'autres richissimes ailleurs... Non pas de ces artistes qui leur sont soumis, tels Damien Hirst qui leur crée des vanités en diamant ...
Au début du situationnisme, il y avait les peintres COBRA (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) et des poètes proches du lettrisme. La politique était périphérique. C'est pour cela que je souhaite aujourd'hui cette résurgence du situationnisme pour placer le politique non plus au centre de nos socialités, mais dans ses marges... Non plus la politique comme centre - mais comme construction des tribus ouvrières, paysannes, employées ou juste rêveuses. Esclaves souvent à l'autre bout du monde. Soumises souvent à la parole. A sa toute-puissance. Au règne de la grande gueule.
Alors, je dis souvent: la poésie! La poésie comme arme.
Ou mieux, dans un effort de silence, entrer sous terre, dans le tunnel des formes et des couleurs, dans un retour à la peinture pour quelques temps...
Et demain, une Nouvelle Internationale Situationniste....?
Lorgues, le 4 mai 2009