mardi 28 avril 2009

La route encore.




La route encore : non plus comme seule métaphore de tant de possibles, mais pour ses formes particulières, ses droites, ses ellipses, ses signes.


Et surtout en ce qu’elle permet cette convergence si improbable d’une pure géométrie et de l’irruption de la nature dans laquelle elle prend forme et qu’elle nie tout à la fois. Se mettant mutuellement en scène, route et nature s’interrogent, s’inventent des complémentarités tout en s’opposant. On y retrouvera la verticalité des arbres ou des réverbères, la tonalité des soleils couchants ou de la brume, des signes qui pourraient être issus des tableaux de Klasen et que la nature ne cesse de dévorer.


La route agit tel un décor à part entière, avec ce fil dans l’espace qui le structure. Elle qui trouve son sens dans la mobilité n’est pourtant jamais aussi déconcertante que lorsqu’elle se fige dans une photographie.


La fascination qu’elle exerce alors tient peut-être au pare-brise qui le plus souvent la sépare de celui qui s’y déplace. Ce pare-brise qui en anglais se dit « windscreen », à la fois vent et écran, ou « windschield », vent et bouclier. A moins que ce ne soit l’objectif du photographe ou du cinéaste qui ne consacre cette séparation. Mais il s’avère que la route fascine pour la distance qu’elle impose - ou plutôt, la distanciation- entre celui qui l’arpente et celui qui s’en saisit.

En réalité, c’est surtout dans ses bords qu’elle se décrit : ses traces météorologiques, ses chaos ou la perfection lisse du goudron , ses ornières gorgées de pluie ou de lumière, ses fossés, ses rangées d’arbres, ses fourrés qui en accentuent le mystère, ses bordures mates de ciment, ses trottoirs…


Mais la route ne serait rien sans l’impérieuse horizontalité d’un ciel. D’un bleu immense qui la cloue dans l’espace ou bien semé de nuages pour en accuser les aspérités, les contours, les à-côtés. Le ciel a vocation de se mesurer à elle, horizontalité contre horizontalité. Qui s’imposera de l’un ou de l’autre, du réel ou de l’image ?


Route et ciel rivalisent pour traduire ces déserts où l’homme, étrangement, se sent si incongru à l’un comme à l’autre. La route n’aurait-elle d’autre destin que de figurer un vide, que de rendre accidentelle toute présence humaine?


Regardez parfois la course folle des nuages au-dessus d’une route immobile...

dimanche 26 avril 2009

L'autre


Les pubs irlandais, crise oblige, sont vides en semaine. Car la crise se dit dans la nudité des chiffres: Chômage à 14%, banques en ruine, le secteur du bâtiment sinistré, et tout indique que ce n'est qu'un début... Une économie de pure spéculation, sans production, Avec le service pour moteur et des capitaux étrangers pour gonfler artificiellement une bulle avec partout des lotissements luxueux à l'américaine qui ne trouveront jamais preneurs. Malgré une baisse de 40% de l'immobilier, il n'y aura pas d'acquéreur: les salaires baissent, les prix sont deux fois plus chers qu'en France et la consommation s'effondre. Le tigre celtique est un tigre en peluche. Pour avoir cru dans l'hyper-libéralisme, le réveil sera plus terrible que pour d'autres.


Mais le temps d'un samedi soir, les filles se hissent sur des talons hauts, exhibent des jambes roses jusqu'à hauteur de leurs minijupes très généreuses. L'une d'entre elles, plus grise encore que la brume nocturne, allongée sur le trottoir, trouvait le secours d'autres minijupées qui l'aidaient à retrouver surface tandis que sur le trottoir d'en face une horde de jeunes mâles déferlaient pour prendre d'assaut un autre pub tandis que la gente féminine finissait de réajuster ce peu de ce textile qui ne les protégeait ni du froid ni de l'humidité mais, hélas peut-être, de la troupe masculine qui lui était totalement indifférente.

Pas de couples: juste deux fleuves tumultueux se recherchant sans doute mais totalement indifférents l'un à l'autre. Du moins en apparence. Calque d'une même scène entrevue à Malte il y a deux ans...

Pourquoi en parler?

Parce que dans ce monde mondialisé avec les mêmes marques, les mêmes programmes télé, les mêmes formatages culturels, politiques, moraux, des différences profondes subsistent. Arrêtons peut-être de dire qu'elles sont sources de conflits.

Si au contraire, elles étaient porteuses de séduction? Arrêtons de croire à ce narcissisme qui consiste à croire qu'on ne peut aimer que le reflet de soi -même.
A l"inverse, l'autre est la terre de toutes les aventures...

kenmare, le 26 avril 2009

samedi 25 avril 2009

Notes sur le voyage


Le voyage se construit sur des mots, avec des mots et rien d’autre . Ou, pour le moins dans du désir de mots.
Lorsqu’on se déplace, ce qui est capté par le regard ce sont aussi des rêveries qui s ‘accrochent par lambeaux aux formes fuyantes des êtres et des paysages côtoyés, des fragments d'images transformés en des brassages de mots, des phrases qui tour à tour se façonnent et prennent la fuite face au voyageur qui ne cesse pourtant de les poursuivre avec cette illusion vorace de tout vouloir saisir.

On ne voyage que comme le sable s’écoulant d’un sablier, avec des sensations de mots qui s’égrènent lentement dans le temps de leur parcours; quand les secondes du voyage se conjuguent au passé ou quand elles ne sont que tension vers le futur et ivresse de la découverte. Le voyage est la rencontre d’un temps paradoxal: une expérience donc.

C’est parce qu’il n’existe qu’à la condition de remous, de contradictions, d’aléatoire, d’effacement et d’insatisfaction pour n’être que dans un présent insupportable. Car, par essence, le voyageur devrait se trouver ailleurs que là où il échoue et le voyage n’est en somme qu’une utopie qui cherche sa réalisation - celle d’une vie sublimée, à l’instar des plus belles pages de Nerval sur l’Orient, des poèmes de Cendrars ou de Valérie Larbaud et de toutes ces toiles orientalistes peintes par Delacroix ou Fromentin…

Le voyage est un ailleurs quand le réel commande « l’ici et le maintenant ».
Mais, loin d’être une fuite du monde ou de soi-même, il est surtout un rendez-vous impitoyable avec la vérité pour peu qu’on s’acharne à vouloir prendre celle-ci en filature pour tenter d’ extraire quelque parcelle de réalité à ce mot.

Et pourtant, donner du sens à la vérité?... Autant partir, partir toujours, voyager...

Dehors la tempête bat les vitres. Tout se fige et se heurte à la fois dans un ciel marécageux : le voyage devient lecture et silence. La ville se tord comme un navire à la dérive battu par les flots. Quand ce n’est plus la route qui sert de boussole au voyageur, c’est le tumulte des flots qui le domine et Ulysse doit être attaché au mât pour ne pas succomber au chant des sirènes.

Aujourd’hui ce coin d’Irlande grince comme les cordages et les bois d’un vieux gréement secoué par des nuages profonds comme des vagues terrifiantes …

Voyager est alors cette lutte contre les Dieux, cette liberté à conquérir pour se délivrer de tous les sorts jetés, de tous les charmes qui nous dévoient du chemin que l’on se fixe et du destin qu'un homme doit s'acharner à combattre pour devenir lui-même.
D’Homère en passant par Nietsche et Marx, c’est ce voyage qui nous arrache de l’animalité et de la barbarie, qui forge les idées et esquisse l’ossature d’un monde meilleur. Le rêve d’Ithaque. Ou de Pénélope. Ou de Télémaque. Ou de tout autre mot qui est la clé de ses propres espoirs : ce mot qui justement ouvre les portes de l’espace et fait que, derrière l’humanité fragile d’Ulysse, il y a toute la poésie d’Homère.

Une façon de redire ici qu’il n’y a pas de politique sans poésie, sans mouvement, sans progrès pour celui qui ne se résout ni à la destinée d’un temps immobile et d’un espace clos, ni à rester sur le port à scruter l'horizon.
Le voyage reste toujours à s'inventer.

Kenmare, le 25 avril 2009

vendredi 24 avril 2009

On the road again!







Le rêve de rouler pour aller nulle part. Être l’ombre d’un chevalier errant dans le creux des forêts ou le cavalier décharné au sortir du désert.

La route qui se déroule et brûle tout sur son passage, pellicule voilée d’un film qui défile à une vitesse si rapide qu'elle brouille les formes tantôt sèches, tantôt floues qu’elle projette …

Rouler, tracer son chemin, voir défiler les kilomètres …
Rien de plus grisant que ce mouvement qui modifie les paysages dans la marée montante de la brume ou d’un soleil vif. La route est un éclat, un défilement de lumières où des arbres poussent, des herbes disparaissent, des villages se traversent et des horizons se succèdent. Ici, comme ailleurs, la route se déplie dans le paysage, se déploie entre le ciel et la terre aride, ondoie dans l’air cotonneux entre océan et collines.


C’est un morceau d’Irlande, ce pourrait être un morceau de l’Utah, des steppes d’Asie centrale : les routes sont de nulle part et mènent partout. Désertes, elles se chargent de toute leur force.

Je me souviens d’un proverbe pachtou : " Quand le serpent veut mourir, il s’en va sur la route."
Mais je n’ai rien du serpent ; et la route est au contraire l’image même de la vie : elle fonce, tout moteur rugissant vers la lumière, ou s’alanguit dans un air de blues qui traverse la nuit. La route se déplie dans l'horizontalité de l'espace jusqu’au virage où se découvre ce qui était inattendu : la beauté, encore la beauté, sans cesse renouvelée.

Kenmare, le 24 avril 2009

jeudi 23 avril 2009

La poésie


Soleil couchant

Les ajoncs éclatants , parure du granit ,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume .
Au loin , brillante encor par sa barbe d'écume ,
La mer sans fin commence où la terre finit .

A mes pieds , c'est la nuit , le silence . Le nid
Se tait . L'homme est rentré sous le chaume qui fume ;
Seul , l'Angélus du soir , ébranlé dans la brume ,
A la vaste rumeur de l'océan s'unit .

Alors , comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des landes , des ravins , montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail .

L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre ,
Et le soleil mourant , sur un ciel riche et sombre ,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

José-Maria de Hérédia.

Je ne ferai pas l'analyse d'un poème ne serait-ce que pour me laisser à l'avenir l'occasion de le rencontrer à nouveau et de retentir autrement à sa lecture. Et pourquoi pas, pour y laisser un interstice pour tous les mots qui voudraient l'assaillir, comme à ceux aussi qui viendraient s'enrichir de sa parole ou de sa sensibilité .
Mais les mots parfois vont de soi, comme s'ils étaient inscrits avant d'être écrits. - c'est à cet instant d'ailleurs qu'ils touchent à leur perfection. Miracle de la beauté. Quand le poème, à la virgule près, rencontre sa cible. Chacun oublie trop souvent que les mots ont plus de pouvoir que les corps qui les fabriquent. Peu importe la machine, seul me plait les petits lapins facétieux qui s'échappent d'un conte pour titiller nos rêves ou nos cauchemars!
Ceux qui courent dans le temps, si loin, si proches.
Où la lumière magique s'échappe à l'instant où on ne l'attend pas.
Kenmare, le 23 avril 2009

mercredi 22 avril 2009

Face à la mer.



Au cœur du village de Sneen sur la côte du Kerry, a été érigée cette stèle avec ce médaillon du Général de Gaulle sous laquelle on peut lire :

« En ce moment grave de ma longue vie, j’ai trouvé ici ce que je cherchais : être en face de moi-même. L’Irlande me l’a offert de la façon la plus délicate, la plus amicale. 18-VI-1969 »

Paroles d’exil, peu de temps après avoir quitté le pouvoir, quelques mois avant de mourir. Paroles d’un vieillard qui, dans l’action, n’avait sans doute cessé de chercher l’homme qu’il était tout en construisant l’image de celui qu’il voulait donner à la postérité. Tel est le destin de ces personnalités fortes qui, même si l’on demeure en désaccord avec leurs actes, auront toujours quant à elles compris que leur miroir ne reflétait que la précarité d‘une existence quand les traces de leur passage dans le monde auraient pour vocation de s’incruster dans l’histoire.
Mais ces propos, aussi pompeux fussent-ils, avaient été prononcés dans ce lieu si sauvage où chacun se souvient de l’une des dernières photos du Général, seul dans les dunes, dans cette contemplation hautaine et tellement humaine de l’océan - métaphore de ce temps éternel mais aussi de ce miroir qui s’éteignait.


Ce paysage sauvage et grandiose de l’Irlande, cette fusion si forte avec la nature qu’on ne peut manquer d’y ressentir la force primitive sont indiscutablement à la source de ces mots si simples, même drapés d'orgueil, qu’ils me semblent ici renfermer l’énigme de toute une vie.

Et dans la lumière pluvieuse de l’après-midi, puisque séjournant à peu de distance de ce lieu, j’ai voulu que l’on saisisse également sur ces mêmes dunes mon petit instant d’éternité. Avec cette distance ironique qui voudrait que la modestie dans la démesure ne fût pas dépourvue de grandeur ! Courir après des rêves, derrière des ombres - et rire un peu de toutes ces vanités!


Pendant ce temps dans le tintamarre et le clinquant, les petits hommes s'agitent dans le bouillonnement incessant d'une gesticulation sans avenir. La crème solaire restera leur seul rapport à la nature et à la lumière dans le décor surfait des tropiques. Il leur manquera toujours cette noblesse de la solitude, cette tentation de l'exil.
Kenmare, le 22-IV-2009

lundi 20 avril 2009

Paradis perdu



Depuis le G20 qui, vous l’aurez remarqué , a bouleversé le cours du monde, il n’y a plus de paradis. L’univers ne brille plus de ses bonus et l’on ne bronze plus à l’ombre des parachutes dorés. Les paradis fiscaux, par la grâce de la dissuasion nucléaire de notre Président ont été anéantis de la surface de la planète.


C’est donc dans une humeur morose que samedi dernier, par une fin d’après-midi, j’arpentais les rues de Monaco avec l’impression de fouler les cendres d’Hiroshima. Certes les palmiers et les parterres floraux parfaitement agencés agrémentaient le ciel gris dans lequel pesait la verticalité des tours parmi de cossus immeubles rococos. Mais la crise et le G20 aidant, le petit rocher de pacotille avait perdu de sa superbe et n’évoquait pas même les ruines dorées d’un tableau du Lorrain ou les dorures ouatées de Watteau!
Car qui aurait pu vibrer de la moindre nostalgie ou être saisi de l’ébauche d’une sensation dans une ville sans chats, sans cris et sans rire? A dire vrai, même à l’époque où on le désigna comme paradis, je n’ai connu de lieu où l’âme fut si absente : Il suffisait de s’y trouver pour que l’on s’y ennuyât tellement qu’on en venait vite à rêver aux flammes de l’enfer afin qu’elles accourussent pour venir nous lécher dans l’incandescence charnelle de l’art et de la poésie.

Que je rassure mon lecteur que je vois déjà sourciller quant à ma présence en ce lieu de débauche et pourtant si terne. Nulle part ailleurs on y appréciera davantage la véracité de cette formule: l’argent n’a pas d’odeur. Ni d’ailleurs de goût ou de saveur - sauf peut-être pour ceux qui seraient traversés par de délicieux frissons au passage silencieux des berlines de luxe et à la vue de bimbos trop fatiguées pour figurer dans Miami Vice. Mais on a les émotions qu’on peut… A moins aussi que je ne déçoive, pour mon plus grand regret, quelque lectrice vénale rêvant déjà de se prélasser à bord de mon yacht - mais ma présence, je le souligne, n’était que fortuite d’autant plus que nous étions samedi, que les banques étaient fermées et que, comme dit précédemment, les paradis fiscaux avaient été atomisés... Quant à mon yacht, je crains que mes groupies doivent se contenter d’une bouée et encore faudra-t-il qu’elles fournissent la rustine pour la mettre à l’eau et qu’elles me pardonnent ma goujaterie.

Revenons donc plutôt sur terre.
Où il ne restait que des trottoirs vides et immaculés, agrémentés de poupées barbie et de couples silencieux, des rues proprettes sous l’œil des caméras, des escaliers roulants à ciel ouvert ce qui permettra d’épargner quelques efforts à ceux qui s’astreindront néanmoins à leur jogging matinal.
Sur le port, un cocktail se préparait sur le pont d’un voilier: de beaux verres multicolores étaient disposés autour des sceaux à champagne, les échos d’une chanson de Céline Dion résonnaient dans des cursives désertées tandis que les bouquets de fleurs frémissaient dans un petit vent gris et froid.
Oui, décidément, j’errais dans les ombres d’un paradis perdu.

C’est alors que tout vacilla…
Quallais-je faire désormais ? Où traînerai-je ma vie… ? me dis-je en regardant les quelques bateaux à vendre se balançant mollement sous le drapeau des Iles CaÏman ou des Bahamas.
Je n’embarquerai donc pas pour Cythère !

Mais peut –on vivre sans rêve ? Pourquoi courir le monde quand l’espoir d’un jardin d’Eden s’est estompé et qu’ont disparu aussi bien le serpent du péché que cette Eve délicieuse pour laquelle je n’aurais eu de cesse de me donner et me damner ? Et surtout, pour assouvir cette fièvre de l’or et de l’aventure qui est le mirage de tout enfant et de tout lecteur de roman , n’aurai-je désormais d’autre horizon que de lire Point de Vue ou Voici ?
Ou bien ne me restera-t-il plus qu’à chantonner tristement : « On ira tous au paradis… » ?

Le paradis, oui, sous un ciel ardoisé au-dessus de landes tapissées d'herbes dorées: l'Irlande.

vendredi 17 avril 2009

Ya bon les nègres dans l'édition.

Claude Monet. La Liseuse

Lire et relire...
Cette injonction, il faut l'avouer, est d'une naïveté confondante. Ah, les livres! Allez donc dans les "Espaces culturels" (sic) des grandes surfaces et, par contamination, dans la plupart des librairies où en lieu d'écrivains vous ne rencontrerez d'autres auteurs que des nègres. Ceux-là mêmes qui donneront de la couleur et des mots à des vies sans grandeur pour les hisser à la dimension de ces rêves qui se matérialisent dans les tiroirs-caisses et s'achèvent dans la grande orgie boursière avant de rejoindre le pilon pour lequel ils n'avaient d'autre destin.


Des nègres pour des sportifs, des cuisiniers, des journalistes, des politiciens, des pipoles et j'en passe. Pour quelques dollars de plus.


Il n'y a plus que les nègres qui sachent encore écrire. Mais pour être condamnés à des salaires de misère, pour se faire les zélés propagandistes de ces egos boursouflés mais incapables d'écriture. Et encore leur faut-il rester tapis dans l'ombre, à cette place obscure que leur confère ce statut de nègre dans l'esclavage de cette pensée contemporaine qui travaille dans l'arrière cour des plateaux de télévision et des palais ministériels.

Nègres et stagiaires: la face obscure de la lumière médiatique.

Alors, la littérature, la philosophie, la poésie... Vous n'aurez d'autre choix que de l'inventer dans votre propre vie pour peu que vous n'ayez déjà déposé les armes.

Vous ne la trouverez que dans ce combat contre l'obscurantisme qui nous réduit à des momies errantes parmi les néons de la consommation où, lentement, nous nous consumons...

La littérature disparaît dans l'autodafé des maisons d'édition qui vendent n'importe quoi, du livre comme du yaourt. D'ailleurs les actionnaires sont les mêmes. Alors nègre en France ou esclave dans les ateliers de Chine ou les usines indiennes, quelle importance?

Du livre ou du yaourt, ce n'est que de l'argent. Rien d'autre.

Alors, la littérature...

Lire et relire: Je reprends donc quelques pages de "La littérature à l'estomac", ce pamphlet terrible de Julien Gracq et je vois combien, dans sa dénonciation de ce petit pré carré des écrivains à la mode, des éditeurs et des critiques, il n'imaginait pas que cela même allait disparaître, absorbé dans l'au-delà des mots, vers l'insondable vide de ces autobiographies aux confidences dérisoires.

Et à propos des mots, chaque jour apporte sa moisson de perles: je lis aujourd'hui cette phrase de Sainte Alliot-Marie
"La parole de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI mérite d'être restituée dans sa complexité."


Je lis et je relis cette phrase à m'en gratter la tête au point d'en devenir chauve. Pourquoi pas la parole de Saint Adolphe ou celle de Mireille Mathieu? Ai-je lu ceci gravé sur le fronton de la connerie ministérielle ou dans un cauchemar d'inepties sémantiques?

Je lis par ailleurs que Notre Empereur vénéré a mis en doute l'intelligence de Zappatero et l'expérience d'Obama: vivement qu'il devienne le Maître du Monde.

Il semblerait que, partout sauf dans notre France glorieuse et éternelle, on soit désormais convaincu de la stupidité du personnage.

Sainte Alliot-Marie, priez pour nous.

jeudi 16 avril 2009

Ceci n'est pas un texte


L'hygiénisme est cette tutelle totalitaire dont beaucoup se passeraient volontiers et, en particulier ceux qui assument avec orgueil leur condition de mortels si, quelques-uns, pour perpétuer quelque domination symbolique et brandir l'étendard de la vertu, n'en étaient arrivés à nier la liberté de ceux qu'ils prétendent protéger.
Mais la protection n'aura été souvent dans l'histoire qu'un alibi pour mieux asservir ceux que l'on voulait exploiter. Comme le Seigneur qui accordait protection au paysan, lequel aurait sans doute préféré qu'on le laissât en paix.
Mais savons-nous encore lire l'histoire? L'hystérie "people", le culte du présent, la mode ne sont que des dispositifs mis en oeuvre pour éradiquer toute pensée critique issue de l'expérience du passé.
Mais le pouvoir, par essence, s'impose et ne demande pas l'avis de ceux qui doivent lui être soumis.
Et qui embrasse trop fort mal étreint.
Autant le formuler ainsi: les défenseurs des lois Evin, l'hystérie contre le tabac, l'alcool plus une multitude de petits interdits qui se camouflent honteusement derrière l'écologie, l'intérêt public, le respect de l'autre, le racisme, le sexisme, la santé publique et j'en passe, ne sont là que pour désigner comme coupables, forcément coupables, mauvais sujets, mauvais citoyens, des êtres libres qui ne veulent rien d'autre que vivre leur vie sans nuire à quiquonque.
Derrière des causes justes et qu'il faut défendre, sachons donc dénoncer ceux qui font le mal au nom du bien.
Relire Tartuffe.
L'ordre moral: Churchill disait quelque chose comme: "Les fascistes d'aujourd'hui sont les anti-fascistes de demain."
La religion est le discours de l' interdit. Vous hurlez contre les talibans mais chaque jour vous leur souriez à la télé. Vous suivez leur bonne parole. Et en bon religieux, vous jouissez du péché. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai toujours eu en tête en regardant la télé réalité cet autre versant, celui des télé-évangelistes américains: les deux faces d'une même médaille.
Car vous êtes définis à votre insu par ce qu'on appelle dans une société religieuse: un pêcheur.
Et quand, avec insistance, on vous désigne libres, dites-vous bien qu'il y a quelque lézard, que le mot, puisqu'on l'emploie, doit receler les motifs de son utilisation: l'instrumentalisation de cette liberté pour ceux qui sauront en tirer profit.
Lire Bataille.
Lire Sollers du début, ces fulgurances dans "L'expérience des limites".
Tous les écrivains, tous les libertins du style, tous les jouisseurs de mots...
Loin de ces grands prêtres de la religion, de la bonne parole autoproclamée -Glucksman, BHL...tous ces ces parangons de la vertu et du vide philosophique.
Alors quelques textes fondateurs - à relire d'urgence. A commencer par celui de Lacan sur "La lettre volée" de Poe:Ce qui doit être dissimulé doit être présent, dans une visibilité éclatante. Aveuglante.
Lire. Et encore, lire.
Tout ceci pour en arriver à quelque chose qui apparemment est sans importance
Ainsi cette affiche pour une exposition de Jacques Tati s'est-elle auto-censurée en supprimant l'emblématique pipe du "héros" en un un moulin à vent de gamin. On en viendra bientôt à interdire les films dans lesquels joue Humphrey Bogart . Et l'interdiction du tableau de Magritte. Quoique... Puisque ce n'est pas une pipe!
La résistance est là. Ecrire dans une langue vagabonde qui défie le sens.Contre ses penchants totalitaires. Relire Derrida et Deleuze.
Et l'interdiction de la clope deviendra l'interdiction d'autre chose. L'interdit est plus que jamais une camisole dont on ne mesure pas les multiples avatars quand ils touchent aux choix de l'individu.
Jusqu'au jour où vous serez emmurés dans cette camisole de plâtre avec vos désirs, vos espoirs, vos pensées...
Car l'objet est par définition métonymique. Les cigarettes d'hier sont les rêves de demain.
Et celui qui en joue, est très souvent condamnée à la schizophrénie...
La jungle de la pensée ne devrait-elle avoir d'autre loi que celle de la jungle, avec une morale: la liberté absolue - mais dans le doute, dans le refus ce qui touche à la poésie de l'autre.
J'écrirai certainement un autre jour sur cette poésie qui est une politique, qui en est l'essence - parce que source de tout langage et de tout engagement. Et, je crois: de toute vie.
Pour finir: Maurice Druon est mort. Maniant avec superbe, le verre, la cigarette et le verbe. A 91 ans. Pour cela, je lui pardonne beaucoup. Et j'aime Kessel et "le chant des Partisans", alors...
Oui, la poésie, toujours et encore.
Il faut réactiver l'Internationale Situationniste.

mardi 14 avril 2009

Feuilles de chou



Il faut éplucher les journaux comme les légumes, jeter les vieilles feuilles défraichies et essayer de digérer ceci...
- Le taux du livret A passe à 1,75%, le taux le plus bas de son histoire. C'est le bas de laine de la plupart des français. Mais l'hiver est fini, plus besoin de se chauffer et, surtout, il faut bien que quelqu'un paye l'assistance aux banquiers.
- Max Gallo, pour sa trahison et Bolloré, pour le prêt de son yacht ,sont promus dans la Légion d'honneur. La Rosette n'est décidément plus qu'un vieux saucisson indigeste.
- La loi HADOPI repassera en priorité devant le parlement. On remettra donc à plus tard une loi sur l'inceste. Les intérêts de Johnny sont plus importants que ceux des enfants violés. Allez, Monsieur Sarkozy, parlez-moi encore de morale...
Autant s'arrêter là.
La lecture des informations devient quotidiennement matière à indigestion et écoeurement. Rangez-vous, ô mon Empereur Vénéré, je ne voudrais pas vous salir en risquant de vomir cette mauvaise soupe que chaque jour vous nous concoctez...

dimanche 12 avril 2009

Pâques

Je n'ai jamais pu arpenter les rues de New york sans entendre ce poème de Cendrars, cette longue errance dans l'espace et le temps. Et longtemps il m'a accompagné dans le sac à dos. Son écho résonne aujourd'hui avec la même force qu'hier. Est-il besoin de dire qu'aujourd'hui tout est là: politique, peinture, poésie...
Et aujourd'hui New York me manque.

Voici donc quelques fragments...



Portait de Cendrars, Modigliani



Extraits de "Pâques à New York", Blaise Cendrars

(...)
Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice
Est ici, parquée tassée, comme du bétail, dans les hospices.



D'immenses bateaux noirs viennent des horizons
Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons.



Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,
Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.



Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens.
On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens.



C'est leur bonheur à eux que cette sale pitance.
Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.



Seigneur dans les ghettos grouille la tourbe des Juifs
Ils viennent de Pologne et sont tous fugitifs.



Je le sais bien, ils ont fait ton Procès ;
Mais je t'assure, ils ne sont pas tout à fait mauvais.



Ils sont dans des boutiques sous des lampes de cuivre,
Vendent des vieux habits, des armes et des livres.



Rembrandt aimait beaucoup les peindre dans leurs défroques.
Moi, j'ai, ce soir, marchandé un microscope.



Hélas! Seigneur, Vous ne serez plus là, après Pâques !
Seigneur, ayez pitié des Juifs dans les baraques.



Seigneur, les humbles femmes qui vous accompagnèrent à Golgotha
Se cachent. Au fond des bouges, sur d'immondes sophas,



Elles sont polluées de la misère des hommes.
Des chiens leur ont rongé les os, et dans le rhum



Elles cachent leur vice endurci qui s'écaille.
Seigneur, quand une de ces femmes me parle, je défaille.



Je voudrais être Vous pour aimer les prostituées.
Seigneur, ayez pitié des prostituées.



Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs,
Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs.



Je pense aux deux larrons qui étaient avec vous à la Potence,
Je sais que vous daignez sourire à leur malchance.



Seigneur, l'un voudrait une corde avec un noeud au bout,
Mais ça n'est pas gratis, la corde, ça coûte vingt sous.



Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit.
Je lui ai donné de l'opium pour qu'il aille plus vite en paradis.



Je pense aussi aux musiciens des rues,
Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l'orgue de Barbarie,



A la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier ;
Je sais que ce sont eux qui chantent durant l'éternité.



Seigneur, faites-leur l'aumône, autre que de la lueur des becs de gaz,
Seigneur, faites-leur l'aumône de gros sous ici-bas.



Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit,
Ce qu'on vit derrière, personne ne l'a dit.



La rue est dans la nuit comme une déchirure
Pleine d'or et de sang, de feu et d'épluchures.



(...)


Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort,
Où s'est coagulé le Sang de votre mort.



Les rues se font désertes et deviennent plus noires.
Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs.



J'ai peur des grands pans d'ombre que les maisons projettent.
J'ai peur. Quelqu'un me suit. Je n'ose tourner la tête.



Un pas clopin-clopant saute de plus en plus près.
J'ai peur. J'ai le vertige. Et je m'arrête exprès.



(...)

Déjà un bruit immense retenti sur la ville.
Déjà les trains bondissent, grondent et défilent.



Les métropolitains roulent et tonnent sous terre.
Les ponts sont secoués par les chemins de fer.



La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,
Des sirènes à vapeur rauquent comme des huées.



Une foule enfiévrée par les sueurs de l'or
Se bouscule et s'engouffre dans de longs corridors.



Trouble, dans le fouillis empanaché de toits,
Le soleil, c'est votre Face souillée par les crachats.



Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne ...
Ma chambre est nue comme un tombeau ...


(...)

jeudi 9 avril 2009

De l'Europe, de la Démocratie et de 2 ou 3 choses...


Après tout notre dieu élyséen n'est qu'un homme. Deux fesses, donc: l'une pour se poser sur son trône, l'autre pour s'asseoir sur la démocratie.

Car ce midi, la loi HADOPI vient d'être rejetée par le parlement. Mais aussitôt après on apprend que le gouvernement la soumettra de nouveau à l'assemblée après Pâques. Et à la Trinité si elle ne passait toujours pas. C'est le coup du référendum: vous ne votez pas oui? Et bien on fera passer par la fenêtre ce que vous n'avez pas fait passer par la porte!


HADOPI... On en parle beaucoup mais, à mon sens, trop peu de gens se sentent concernés...
Je m'explique: Ne téléchargeant ni musique, ni film, je pourrais me dire que je ne suis en rien menacé.
Pourtant il en va justement de l'existence même de ce blog. Nomade, celui-ci s'installe au gré des connections WIFI, un jour chez moi, un jour ailleurs, chez des amis, à l'hôtel, etc. Toutes ces connections se verrouilleront peu à peu avec cette loi car les gens bloqueront leur accès par peur des téléchargementsou de craintde voir les accès contrôlés par les grandes oreilles de ce Big BrothMoi-même, quand des amis s'installeront avec leur ordinateur en utilisant ma ligne, devrai-je faire la police, la morale, les contrôler, leur dicter des interdits?

Mais HADOPI, même rejeté par l'Europe, même peu prisé de la droite, doit passer pour que Johnny, le copain de Sarko, puisse gagner davantage même s'il devra payer un peu plus d'impôts en Suisse.
Et puis il faut apprendre au bon peuple à être baillonné. Aujourd'hui, HADOPI, demain France Inter et après, ce sera autre chose. Mais bâillonnés avec dans les oreilles du Johnny, du Barbelivien et du Bruni , pas de quoi être malheureux, n'est-ce pas?

C'est alors que je me sens vraiment européen.
S'il n'y avait l'Europe pour nous protéger, on pourrait vraiment avoir peur mais grâce à elle, les dictateurs sanguinaires sont remplacés en France ou en Italie par leurs caricatures grotesques. C'est déjà ça...

Mais l'Europe -et je suis absolument européen- est plus fragile qu'on ne le dit. Ce matin, à Draguignan, j'assiste par curiosité à un forum sur l'Europe où débattent doctement un aréopage de députés et de notables dont Bennamias pour le MODEM, Peillon pour le PS et d'autres...

Gens de qualité pour la plupart, échangeant parfois des paroles pleines de bon sens, mais au-delà des effets de manches et des envolées lyriques, quelle hypocrisie!
Ce fut le triomphe de la langue de bois, des satisfactions partagées et quand l'un se détachait de l'autre, ce n'est guère par l'originalité des idées, mais par la longueur de ses dents.

Et surtout, ce fut pour moi l'occasion de méditer sur la vanité et sur toutes ces excroissances du pouvoir, ces multitudes d'associations qui s'intitulent "Pour une Europe des citoyens", "Les citoyens de l'Europe", etc.
Et surtout de flairer ceux pour qui la chasse aux subventions est toujours ouverte...

Car de ces forums vous en ressortez en vous posant cette question: Ils ont beaucoup parlé mais qu'ont-ils dit?
Et le seul instant de vérité fut quand une député se plaignit que décidément on s'intéressât peu à l'Europe puisqu'aucun journaliste ne se préoccupât de sa personne...

Ego, ego, ego...

mardi 7 avril 2009

wikio ou le bal des égo



Je ne connais pas la blogosphère. Ou peu. Le mot même me semble quelque peu martien mais j'aime ces néologismes qui débarquent de je ne sais quelle planète vers mon petit monde.

Je l'ai donc découverte, il y a à peine 2 mois et j'y ai trouvé l'occasion d'y exprimer ce qui ailleurs ne pouvait se dire tellement tout semblait verrouillé: des catégories trop étanches, de la langue de bois, du conformisme moral, de la pensée sous cellophane prête à être consommée.
Auparavant, c'est à peine s'il m'arrivait de consulter ou même de croiser un blog mais j'ai cru à ce média transversal, libre par rapport à tous les pouvoirs - financiers, publicitaires, politiques et autres.
Et je reste convaincu que c'est bien ici "qu'il peut se passer quelque chose"...

J'y ai découvert de l'intelligence, de l'originalité, un ton inédit, des faiblesses souvent - mais surtout des énergies insoupçonnées et , enfin, une sensibilité forte -celle des êtres réels qui ne s'abritent pas sous le toit d'un pouvoir, d'un titre ou d'une récompense. La sensibilité de ceux qui veulent donner chair et mots à leur voix. Que l'on soit ou non en accord avec eux. Avec l'intelligence extrême, surprenante de ceux qui veulent faire partager la passion de ce qu'ils ont à dire. De l'humour décalé ou corrosif à la sensibilité écorchée tout s'y décline souvent avec talent.

Et ce qui est d'autant plus touchant c'est que beaucoup de voix discordantes -dans la poésie, la peinture, l'art, la politique - se rencontrent plus qu'elles ne se télescopent.
Le mépris et l'incorrection y sont rares.

J'allais donc dire que le blog était peut-être ce lieu - cet agora - "hors hiérarchie"...cette Utopie dans laquelle germent les rêves et éclosent de belles pépites de réel... jusqu'à ce que je découvre un classement des orgueils où se revendique "celui qui a la plus grosse" et la façon d'obtenir le plus grand nombre de liens, etc.

WIKIO????

L'alpha et l'omega de quel petit monde?

A vrai dire, je ne comprends que peu de choses sur ces jeux d'initiés, les liens , les flux RSS et autres.

Être lus par 10, 100 ou 1000 internautes, oui, ça se défend .
Et l'orgueil, pourquoi pas!
Mais dans tous ces blogs, par ailleurs souvent intéressants, j'eus préféré que l'on posât la question: pour dire quoi?

A cette question, je me dois donc de répondre en disant: je ne sais pas. Mais au moins ne courrai-je pas vers les sommets d'un hit parade (mot désuet?) pour le dire!
Dire qu'on veut dire, c'est déjà beaucoup! Et il y a beaucoup à dire comme le prouve la diversité des thèmes et des idées débattus sur les blogs.

Mais ai-je envie de participer au bal des ego...? Non, vraiment non.
N'y-a-t-il rien de mieux à faire?
Ne sciez pas la branche où vous êtes assis!

La Révolution, c'est parti!


Même criminelles, les révolutions expriment un désir, un enthousiasme. Et le plus souvent une volonté d'en finir avec un ordre passé. Mais les vraies révolutions se font sans qu'on les décide et il suffit d'attendre, comme le disait Lénine, que le fruit tombe de l'arbre.

Donc, la Révolution, c'est parti!
Comment! Et ça ne se voit pas?

Comme si tout ce qui était déjà présent devait être immédiatement visible! Comme si le symptôme n'était pas le signe d'une réalité qu'il anticipait!
Et d'ailleurs, les symptômes ne sont-ils pas déjà en cours d'apparition...?


Une révolution est en marche lorsque nous en connaissons à la fois l'origine et l'horizon qu'elle se fixe. Lorsqu'un monde s'achève et qu'il faut bien qu'un autre apparaisse. Pour la forme qu'elle se donne, sans doute faudra-t-il attendre un peu pour la percevoir mais je persiste à croire que le compte à rebours a cessé et que le processus révolutionnaire s'est enclenché.
Pourquoi?
Parce que nous arrivons au terme d'un long cycle marqué par l'acmé du libéralisme - lequel, et j'en heurterai certains en l'avançant - s'est renforcé dans les bouleversements de mai 68. Les revendications d'alors étaient individuelles - liberté sexuelle, émergence de revendications communautaristes, contestation de l'autorité - et ne portaient qu'à la marge sur des questions économiques. Les accords de Grenelle ne furent rien d'autre qu'un rattrapage social et salarial qui ne trouva d'ailleurs pas leur équivalent dans les autres pays.
Mai 68, ce furent peut-être les noces du libertaire et du libéralisme.
La droite s'accommoda donc fort bien de 68 sauf pour sa branche la plus réactionnaire pour laquelle il convenait de conserver les anciens modèles -religieux, hiérarchiques, éducatifs. Quant aux aspirations de 68 pour plus de démocratie et de liberté d'expression, elles furent portées par le pouvoir aussi longtemps qu'elles lui furent profitables, jusqu' à ce qu'elles le menaçassent - en particulier jusqu'à l'apparition d'Internet: on peut acheter télés, radios et journaux mais on n'achète pas internet. Et le contrôler sera impossible. Au mieux on réprimera quand on le pourra mais ce sera parfaitement inutile.

Ceci n'enlève rien à la portée révolutionnaire de 68 mais limite ses effets qui, d'ailleurs, ne trouvèrent guére leur aboutissement politique puisque le mouvement fut absorbé par les pouvoirs qui se succédèrent à sa suite et récupéré dans le concept de " changement" et de "réforme", ce qui permit dans un profond brouillard idéologique, de faire passer des idées de gauche dans une politique de droite et à la droite de se donner des apparences de gauche. La politique de Blair nous offrit alors l'image la plus aboutie de cette confusion et je ne suis pas loin de croire que l'élection d'Obama ne participe du même malentendu. Loin d'inaugurer quoique ce soit pour l'Amérique, Obama ne ferait en réalité que signer la fin de ce processus dans le monde occidental. Celui d'un échec.


Car revenons aux origines de cette révolution:


- La mondialisation des flux monétaires et économiques qui font que tous les états sont devenus solidaires pour défendre un modèle économique sans avenir. Ce n'est pas le moindre paradoxe que les USA et la Chine s'entendent - mais l'un a besoin de l'autre pour financer sa dette et l'autre a besoin du dollar comme étalon universel pour continuer sa croissance. Dans cette mondialisation, si les intérêts peuvent différer, ils restent convergeants sur l'essentiel. Le G20 n'a touché à rien mais s'est contenté d'injecter une dose de confiance et d'optimisme béat pour relancer la bourse. Je ne reviendrai pas sur cette grand messe ridicule où l'on promit de "moraliser" le capitalisme - bel oxymore qui reviendrait à vouloir moraliser le vice - et à lutter contre les "paradis" fiscaux dans un conclave où l'on ne tenta même pas d'esquisser l'idée de quelque nouveau paradis...


- L'accroissement des inégalités dans le monde occidental comme dans le Tiers-monde. Si, en Chine, en Inde ou au Brésil, on assiste à l'émergence de classes moyennes, la majorité de la population s'enfonce dans la pauvreté. Quant aux classes émergentes, elles sont aussi, par nature, celles qui font les révolutions.


-La fin des modèles politiques: la confusion droite/gauche, les idéaux révolutionnaires ou républicains, partout dans le monde, ont laissé place à des conflits nationaux aussi bien dans une Europe en "construction" que dans l'ex-URSS en déconstruction. Une bombe à retardement jamais interrogée.
En France, il n'y a pas de formation politique qui ne soit d'un archaïsme confondant. L'extrême gauche qui revendique l'étendard révolutionnaire ne représente qu'une somme de discours hérités du XIXe siècle et figés dans l'image de révolutions passées, vaincues et sans avenir. Les gesticulations des Besancenot ou autre autonomes sont comparables à celles, bruyantes, qui anticipèrent la révolution soviétique sans pour autant la conduire. Ce ne sont pas les nihilistes mais les communistes dépositaires d'un véritable projet qui purent l'entreprendre. Ne parlons même pas des autre partis de gauche ou de droite où c'est bien sûr Bayrou, parce qu'il revendique cette confusion, qui me semble le seul à être cohérent. Sauf qu'on ne peut rien attendre d'un colmatage. Les bonnes intentions et la morale ne suffisent pas. La révolution d'aujourd'hui se fera-t-elle dans la seule utopie porteuse d'un projet rejetant toute idée de profit, égalitaire, international? L'idéal communiste? Peut-être. Mais un communisme dépouillé de toutes ses nostalgies et de son histoire. Un socialisme à créer de toute pièces. Sans messianisme.
Inutile de dire qu'à droite ce qu'on appelle parfois révolution ce n'est que la traduction, en pire ,de la régression.


-La fin d'un monde industriel fondé sur le pillage des ressources de la planète et un accroissement sans fin de la croissance économique et de la démographie. Or ce système hautement spéculatif ne peut pas "monter jusqu'au ciel": on en est là. Il y a un moment où ce
qu'on adore se transforme, par saturation, en dégoût: trop de consommation donne un désir de décroissance.


- Et enfin, l'élément déclencheur de cette révolution: la crise financière et économique avec les revendications sociales qu'elle implique. Quand Alain Minc affirme qu'il suffit de "confiance" pour repartir sur de nouvelles bases, il est aussi stupide que le médecin disant au moribond que garder le moral le guérira.


Donc la machine est en marche. Elle fonctionne mais sur des schémas que nous ne désignerons qu'après-coup, selon des mécanismes que nous ne pouvons repérer mais qui seront explicables une fois qu'ils nous seront perceptibles.

Et c'est cette visibilité et les mouvements de masse qu'elle produira permettra de faire surgir un nouveau pôle révolutionnaire. Qui le constituera? Quel sera le poids des vieilles formations politiques? Quel nouvel ensemble idéologique sur les décombres? Quel sera le devenir de la démocratie? Sera-ce la construction de nations fortes, défensives et donc allergiques au libre échange? Ou au contraire l'éclatement des nations pour un ordre universel et un véritable intérêt collectif? Tout reste ouvert tant le processus révolutionnaire est de l'ordre de tous les possibles. Du meilleur au pire.

Mais je maintiens ce pari de la révolution en marche et ne lui donne que quelques mois ,voire peut-être quelques années, pour devenir lisible.

Que ce soit Sarkozy ou un autre, personne ne pourra briser ce mouvement de l'Histoire. Gageons simplement que Sarkozy lui donnera sans doute plus de violence. Sa présence aura peut-être été la petite goutte d'eau qui, en France, aura permis à ce processus de se mettre en route.


Quant à l'horizon de cette révolution c'est toujours cet invariable historique qui pousse l'être humain à ne pas se résigner seulement à sa survie mais à inventer une possibilité de vie - l'utopie avec ses mots: liberté, justice, égalité, respect de l'avenir, progrès... Tous ces mots qui tissent le politique mais devenus si vides de sens. Et le goùt de la fête, et le goût du nouveau.

Il va falloir apprendre à dire : Vive la révolution!

samedi 4 avril 2009

Le naufrage de la morale

Le radeau de La Méduse, Géricault , 1819 Ce tableau a été vu et revu tant de fois que nous oublions souvent sa portée symbolique et politique . Oscillant entre espoir et désespoir, Géricault n'a jamais caché son caractère allégorique et la protestation contre le pouvoir monarchique qu'il mettait en scène.

Tableau d'une actualité brûlante...
Quand on a les dents longues, on ratisse large: Rateau et Sarko sont sur un bateau...
On peut anticiper le naufrage... Le nôtre. Et, surtout, celui de cette morale qu'il conviendrait de placer au coeur de toute politique.

Que ceux qui s'étonnent des brouillages gauche/droite auxquels s'adonne avec jubilation Nicolas Sarkozy, admettent au moins que si celui-ci conduit une politique de droite (Bouclier fiscal , défense des grands fortunes, verrouillage de la démocratie, ponction financière sur les plus démunis), ceci s'effectue habilement en recourant à la vieille stratégie qui consiste à dissoudre tout repère, à créer des leurres de façon à ce que l'adversaire soit exclu du champ politique.

Donc ne nous étonnons pas que Sarkory nous promène, entre son discours brouillon et ses promesses , de l'extrême droite à l'extrême gauche dans une gesticulation qui donne le mal de mer...
Il y a du Khadafi et du Berlusconi chez cet homme. Toutes les graines du totalitarisme.

Sarko, le guerillero européen! Sarko, la potiche du patronnat! Sarko le grand Caméléon!

Faire entrer Kouchner et Besson pour quelques pièces d'or, rien n'était plus facile quand d'autres - Lang, Rocard ou Vals - piaffent dans l'antichambre de la trahison où un lit douillet leur a déjà été préparé.
Tous ces gens aigris parce qu' avides de pouvoir mais pas encore parvenus aux plus hautes marches auxquelles ils se croyaient destinés, trépignent d'impatience. Sarkozy l'a compris: Tout ce qui est achetable doit être acheté puisqu'il peut - à l'infini, payer.

Et ne nous y trompons pas, il y aura foule au grand banquet de la trahison. Dans ce petit monde des ego surdimensionnés, on battra des coudes pour être Judas. Et Sarkozy les tient ses marionnettes; il en tire un plaisir non dissimulé, surtout quand il voit certains socialistes pusillanimes au point qu'ils caressent encore dans le sens du poil ceux qui hier les ont trahis. Mais après tout, la naïveté des uns ne s'est-elle pas bâtie sur le cynisme des autres?

Hier comme aujourd'hui, l'important c'est donc de brouiller toujours davantage les pistes en faisant porter la parole du libéralisme par ceux qui étaient supposés la combattre. Rien de bien nouveau quand on voit de qui Pétain ou Mussolini avaient su s'entourer. Des socialistes à l'extrême gauche, ils furent nombreux à se ranger du côté de la collaboration et du fascisme.
Jusqu'à Laval qui venait de la SFIO.


Quand on s'assoit sur la morale comme le fait Sarkozy, il ne faut pas s'étonner que pour lui, les convictions n'aient aucune importance. Seule compte l'allégeance. Lui sait que pour accéder au pouvoir, il faut souvent savoir détourner les yeux et se pincer le nez . Ecoutez Morano et Lefèbvre et vous comprendrez combien l'invective et la mauvaise foi suffisent à exclure toute morale en politique. Mais beaucoup de français applaudissent et en redemandent. Ceux d'en bas parce qu'ils pensent ainsi se hisser vers le haut en piétinant ceux qu'ils considèrent inférieurs à eux, par nature et en droits - les immigrés par exemple. Ceux d'en haut qui goûtent le délicieux fumet de la condescendance et du mépris pour ceux du dessous.
Alors une médaille, un chèque, une désignation - et les vestes se retournent!

A ce propos, je décerne la médaille d'aujourd'hui à Max Gallo, ancien ministre de Mitterrand, sur le revers du col de sa veste retournée:

http://www.lepost.fr/article/2009/04/04/1484021_max-gallo-l-election-de-sarkozy-a-ete-aussi-importante-que-celle-d-obama.html


Vous êtes surpris de voir le patron de Charlie Hebdo prendre la tête de France Inter? Il lui aura suffi de venir indirectement à la rescousse du fiston Sarko pour que papa l'adoube.
Et demain, il y en aura beaucoup d'autres!

Ne soyons pas dupes: l'ensemble du corps social est gangrené par l'orgueil et l'argent; tout s'achète et nous sommes bien souvent les complices passifs de tout cela.
D'un côté il y a le visible, l'obscène que Sarkozy fait semblant de dénoncer avec les parachutes dorés et l'indécence des traders mais de l'autre... Qui proteste quand 10 sportifs français gagnent plus de 5 millions d'Euro par an? Qui va applaudir ces tennismen et ces pilotes de formule 1 qui gagnent tellement qu'ils ne résident même plus en France pour posséder encore plus? Qui va ovationner toutes ces vedettes de la chanson avec leur fortune insolente? Et tous ces acteurs , ces grands journalistes de télévision si proches de tous les pouvoirs, si grands dans leur générosité factice, si admirables?

Car ces gens-là vous les verrez toutes les semaines à la une des journaux, un enfant malade, mal nourri ou adopté dans les bras. Tous ces champions des grandes causes, un chèque brandi devant les caméras, un autre chèque au creux de la poche. Ça fait vendre... et toujours la même stratégie de brouillage.
Un jour en tenue de soirée, le landemain dans la saharienne de l'humanitaire.
Ça ne se dit pas? Tant pis!

Ah les braves gens!
Alors oui, Sarkozy, c'est nous. C'est la face obscure de l'humanité. C'est pour ça qu'il a été élu par 53% des français - plus les autres qui aujourd'hui s'y rallieraient s'ils pouvaient se partager quelques miettes du gâteau!
Les vautours seront toujours là.
Alors avant de regarder celui qui s'agite là-haut, regardons ici, en-bas où nous nous trouvons, ces additions de petites lâchetés dont nous sommes, souvent indirectement, parti prenante.
Nous ne sommes qu' humains, me dira-t-on. Certes.
Mais certains savent tellement en profiter! Ou en faire, pour le pire, l'assise de leur pouvoir.

jeudi 2 avril 2009

Faites l'humour!



James Ensor, 1911
Non qu'il faille s'adonner à la tristesse ou à quelque léthargie romantique, mais là où le cynisme et le double langage deviennent, sous le règne du rire obligé, une obligation de prendre le pire pour le meilleur sous peine d'être une vieille baderne, je revendique le manque d'humour.
Même si, dans nos temps d'incertitude, cette affirmation révèle bien sûr une pointe de cet humour qu'elle récuse par ailleurs. Mais je fais la guerre, pas l'humour.
Ou l'inverse. Ah,ah, ah!
Hein? Vous le datez de quand, cet humour obligé, indice du bel esprit et de l' ouverture fataliste de celui qui s'apprête à s'en prendre plein la tronche? Car l'humour permet d'infliger toutes les blessures et ne laisse d'autre solution à celui qui en a été victime que de partager la jubilation du bourreau au risque d'en devenir plus ridicule encore.
Il se pare ainsi de ce privilège inattaquable de celui qui en jouit toujours davantage puisque, seriez-vous en victime, vous seriez mal avisé de vous en plaindre tant vous manqueriez d'esprit. Difficile donc d'échapper à la quadrature du cercle.
"Mais c'est de l'humouuuur...."

L'humour est ainsi devenu la référence obligée de toute pensée, de tout bel esprit - ce qui permet à chacun de dire ceci en signifiant cela tout en s' excusant que cela ne voulait pas dire ceci, quoique...

A l'origine, il y eut le rire, son histoire: si un jour vous voyez un animal se fendre la pêche, dites le moi.
Donc le rire, dans les kermesses flamandes et avant dans les orgies romaines, celui qui retentit dans la fête et qui traverse l'humanité... mais c'est encore de débordement physique dont il s'agit comme quand on "pleure de rire".
Mais l'humour est plus récent et vous n'en trouverez guère de trace probante avant le XIXe siècle, car il ne peut se confondre avec l'ironie pamphlétaire qui, elle, désigne une cible pour la dénoncer.
L'humour joue dans le registre de la distance. Il ne suppose pas explicitement le rire mais plutôt une stratégie de discours, une forme de pensée retorse qui se permet de mépriser toute profondeur, une posture qui peut signifier: je suis ici quand en fait je suis là-bas. L'humour c'est souvent la paresse qui sert à anesthésier la parole de l'autre dans une surenchère brillante de bons mots. On met toujours les rieurs de son côté.
L'avantage de l'humour c'est qu'il est réversible et sa nature profonde autorise celui qui le manie, à tourner sa veste, à se fondre dans l'air du temps tout en dévaluant insidieusement celui auquel il s'attaquera car, toujours, la victime désignée manquera d'humour... Et surtout, on rit "aux dépens de".
L'humour ne se fait pas sans victime.
Et l'humour n'est souvent qu'une coque vide où se love l'absence de profondeur.
Je déteste l'humour?
Allez, c'était pour rire...