lundi 30 mars 2009

Le choix de l'exil

Le Guerchin, "Les bergers d'Arcadie" 1618.

Cette peinture pour réintroduire le XVIIe siècle dans nos préoccupations et dans notre regard sur le monde.

Comme dans le tableau plus connu de Poussin ,en 1640, on y retrouvera ces personnages au sein de cette Arcadie paradisiaque face à l'énigme de ces mots: ET IN ARCADIA EGO

Car l'art ici se définit non pas comme fin en soi mais comme déchiffrement de l'énigme du sens. Déchiffrement impossible quand la citation latine est aussi l'anagramme de: TEGO ARCADIA DEI ("Je cache les secrets de Dieu")

Double hélice du dévoilement et du secret, de la vie et de la mort... Autant de jeux auxquels se livre la peinture classique.

Or, que nous disent l'art ou la littérature d'aujourd'hui? A-t-elle un questionnement autre que cette plate vision sociologique qui la tient collée au nez du réel?

Il me suffit d'entrer dans la beauté d'un texte pour comprendre immédiatement que le beau style tient toujours au rythme de l'intelligence qu'il porte en lui et à ce sens de la mesure qui aujourd'hui lui fait si défaut. En ces temps pervertis par une unanimité de circonstance, le clinquant de la facilité, le corset moraliste qui nous pousse au consensus et à la médiocre modestie de la vulgarité, prenons le temps de relire au hasard quelques pages de Bossuet, de La Bruyère ou de La Rochefoucault.

Et il apparaîtra que le beau texte établit toujours cette distance prudente vis à vis de ce qu'il souhaite énoncer - comme si, d'emblée, il se méfiait de l'outrecuidance du dire face à l'immodestie du propos - et, il introduit le lecteur dans la place de cet autre auquel il convient d'enseigner que rien n'est définitivement enveloppé dans le sens mais, qu'au détour des mots, la pensée s'élaborera. Qu'elle se mettra en oeuvre par la discipline d'une morale à contre courant de ce dévergondage moraliste qui envahit notre éducation, dans les médias comme à l'école.

Résistez aujourd'hui c'est d'abord refuser tout conformisme, toute pensée anesthésiée, relire Philippe Muray . Résister à la pression de la mode dans cette unanimité à suivre n'importe quoi dans l'art contemporain, résister aux barrières que l'on dresse pour nous empêcher de respirer de l'autre côté. Eh oui, on peut par exemple être d'un autre camp mais rejoindre Luc Ferry dans ses positions sur l'esthétique et la "vie bonne". On y retrouvera les mêmes dénonciations que celles de Kundera, ce véritable intellectuel -parce que "exilé" revendiqué dans le temps comme dans l'espace, mais surtout dans la langue elle-même.

http://www.telerama.fr/livres/une-rencontre,40826.php

L'exil intérieur est à la source de toute résistance.
Résister, c'est dire que la racaille et Sarkozy ne sont que les deux faces d'une même médaille: fascination pour l'argent et toute forme de domination, mépris de toute autre valeur.

Résister c'est ne pas rentrer dans des illusions de contre-pouvoir: les bouffons, qu'ils s'appellent Guillon, les Guignols, les Romanov ne seront toujours que des serviteurs qui ne rient pas au dépens du prince mais de nous-mêmes. Résister c'est admettre que ces trompe-l'oeil dont on nous innonde ne seront toujours que des murs. Et que nous en sommes entourés.

Résister c'est croire dans la culture, l'éducation, le doute - contre les démagogies du pédagogisme et du débraillé intellectuel.

Résister ce n'est pas être rebelle, c'est savoir pourquoi et contre quoi on se révolte.

Résister c'est refuser les soumissions à la lutte contre le SIDA avec cette petite légion d'honneur qu'arborent les bien pensants, le ruban rouge. Refuser la domination des coteries et des petits marquis qui ne font que grignotter des miettes de pouvoir. Refuser tous ces petits lynchages auxquels on nous convie quotidiennement, comme aujourd'hui contre le Pape qui, après tout ne fait que son boulot et ne dit rien d'autre que ce que dit n'importe quel rabbin! Refuser les journées de la femme et toutes ces commémorations de la bonne conscience. Refuser de penser avec le troupeau car jamais un troupeau ne pensera quoi que ce soit. Refuser toutes les évidences d'où qu'elles viennent. Et, surtout, refuser l'obligation de ce bien qui se définit lui-même comme bien.

Résister c'est trouver plus d'aliénation dans le rap que dans la littérature classique. Et ne pas nommer poésie ce qui n'est que l'expression de la violence animale et d'une haine codifiée dans des slogans.

Alors quel rapport avec le "beau texte"?

Tout simplement parce que c'est celui-ci qui établit cette distance respectueuse avec le lecteur qui lui permettra, non plus de subir le poids d'une énonciation, mais d'élaborer librement une réflexion.

Le texte littéraire comme l'oeuvre d'art se reconnaissent à cette tension vers ce déchiffrement impossible qui s'appelle la beauté.

Peu de gens y croient encore..

Et pourtant la beauté libère. La beauté porte du sens. La beauté n'est jamais donnée; elle reste à inventer et c'est dans sa construction qu'on découvrira les grandes oeuvres. Et c'est elle qui doit éclairer nos choix: l'esthétique comme fondement d'une éthique.

dimanche 29 mars 2009

Je hais le dimanche


Pourquoi se livrer à ce rituel masochiste qui consiste à regarder les politiques venir distribuer la bonne parole dominicale?
Car c'est bien d'un rituel dont il s'agit avec la continuation de la messe par d'autres moyens, par la communion cathodique - même devenue plasma ou LCD.
Dans la procession d'aujourd'hui: Rama Yade -aussitôt vue, aussitôt zappée; Benoît Hamon dont je comprends à moitié les mots et qui a les talents d'un porte parole comme Sarkozy aurait eu ceux d'un ministre de la culture; Alain Juppé dans le rôle de l'homme bien sous tous rapports et toujours là au cas où... Ce "cas où" qui irrigue tous ses rêves.
Les politiques et les stars qui s'invitent à notre table.
Alors je hais ces dimanches, jours de toutes les cérémonies avec tous ces gens si gentils, si drôles, si bons et qui vont se faire reluire chez Drucker. Gueule enfarinée, sourire endimanché, faux-culs parfaits. Tous ceux-là qui font faire leur promotion canapé pour remplir leur gamelle dorée de la crédulité et de l'argent de tous ceux qui les auront admirés.
Que de beaux discours chez ces people sur lesquels il faudrait cracher à chaque fois qu'ils vous frôlent parce qu'ils vous volent votre propre lumière!
Oui, pillez leurs CD, mettez à nu leurs bons sentiments de ch'ti, de coco... car leurs belles phrases creuses ne sont que les cache-sexes de leurs tiroirs-caisses qui se remplissent de ce pillage dont nous sommes les victimes trop consentantes!
Et ces dimanches avec ces gens, le bouquet protocolaire dans une main, le carton de la pâtisserie dans l'autre. Et ces dimanches où il faut voter. Ces dimanches où il faudrait faire la trêve...

Je ne suis pas obligé, me direz-vous... Pas obligé? En êtes-vous sûrs?

Tiens, je vais plutôt relire ce billet de Tchang. Et chercher quelques prolongements à ces bonnes idées...
http://www.cromwellbar.blogspot.com/
Vivement lundi!
Mais pour apporter un peu plus de complexité à tout celà, sans doute faudrait-il prendre du recul en relisant La Bruyère (Les Caractères IX):
"Quand je vois d'une part auprès des Grands, à leur table, et quelquefois dans leur familiarité, de ces hommes alertes, empressés, intrigants, aventuriers, esprits dangereux et nuisibles; et que je considère d'autre part quelle peine ont les personnes de mérite à en approcher, je ne suis pas toujours disposé à croire que les méchants soient soufferts par intéret, ou que les gens de bien soient regardés comme inutiles; je trouve plus mon compte à me confirmer dans cette pensée, que grandeur et discernement sont deux choses différentes, et l'amour pour la vertu et pour les vertueux, une troisième chose."
Peut-être comprendra-t-on mieux les petits meurtres prémédités sur la Princesse de Clève et la culture classique?

Lorgues, le 29 mars 2009

jeudi 26 mars 2009

On défait avant de...


Ce matin, j'ai vu que ce qu'il restait du mur continuait à être irrémédiablement détruit...L'Histoire c'est aussi cela.
http://srivron.free.fr/comvoyous.html et ce lien pour détruire le mur de l'argent!

Faire le mur



Deux fresques à même le mur, répondent au mur de Berlin: un pont pour le franchir avec ce qui serait Moïse marchant sur les eaux. Ou bien un minuscule tunnel.
De même que les fleuves sont fait pour être traversés, les murs demandent à être franchis.
Qu'importe. Eussent-ils été doué d' un début d'intelligence , ceux qui l'ont édifié auraient dû comprendre que là, c'était littéralement une incitation à "faire le mur", en désignant dans l'au-delà du béton un espace de rêve que rien ne pourrait jamais effacé jusqu'à sa disparition.
Le mur n'aura été qu'un incitation à l'évasion.
Ou le mur murmure...
Il semblerait que les politiques n'auront jamais compris que toute répression ne fait qu'accentuer le désir et qu'on ne gouverne pas contre des fantasmes mais que ceux-ci par essence sont rétifs à toute soumission.
Aussi ne remercierai-je jamais assez notre Grand Dieu Vivant de vouloir verrouiller internet: il nous donnera d'autant plus de créativité dans l'art de crocheter les serrures;
Je ne le remercierai jamais assez de vouloir toujours diviser, dresser les uns contre les autres: contre lui, les solidarités ne font que nous unir davantage.
Et merci d'avance pour tout le reste. Car construire des murs, c'est son obsession - ces murs qui interdisent côté peuple quand il protègent du côté des Grands.
Et ça tombe bien: je vais me mettre à construire des échelles.

mercredi 25 mars 2009

Commentaires et blasphème.


Qu'on ne m'en veuille pas si je n'ajoute pas des commentaires aux commentaires: si je trouve quelque charme à ces jeux rhétoriques, aux sophismes et à une casuistique toujours stimulante pour le néo-cortex(?), je laisse à chacun - et à moi même - le droit de se promener entre les mots, de s'y trouver bien, ou d'aller voir ailleurs...

Le but de ces textes n'est pas d'asséner des vérités mais de proposer du vécu pour apporter un modeste éclairage sur le monde. Ou d'apporter un peu d'ombre là où la lumière se fait trop aveuglante. Il ne s'agit pas de raconter ma vie mais d'exprimer des colères sans pourtant avoir forcément raison; de donner à lire et à entendre un discours qui ne peut se dire ailleurs car "hors cadre" - ni vraiment littéraire, ou artistique, ou philosophique, ou politique, ou poétique, etc. Etre libre et que ce blog soit un espace de liberté.
J'ai toujours cru aux utopies.

Ce blog n'a donc d'autre ambition que de donner un écho à cette polyphonie que je n'entends pas assez ailleurs: que la philosophie, l'art, la politique, la littérature soient pris dans un même ciment. Mais pas de langue en béton!

Etant à Berlin, je revis à chaque pas le fantôme du mur pour l'avoir vécu -avant (souvenir d'un réveillon dans un appartement surplombant ce mur, feux d'artifice d'un côté, nuit de l'autre)puis, quelques mois après sa fin avec ces centaines de turcs qui en découpaient des tranches pour les vendre en souvenirs... Et maintenant plus de mur -si... mais en 3 endroits "muséifiés"....

Mais le mur, je le revois sans cesse dans ce qui l'a remplacé: les vitrines du luxe. Même si elles sont ici infiniment moins obscènes que dans les autre s grandes villes.

Et question jamais posée: pourquoi les berlinois de l'est votent-ils encore majoritairement pour le parti qui a pris la relève de l'ex- parti communiste?

Il ne s'agit pas de simplifier mais au contraire de percevoir toutes les ramifications - même si du coup l'existence apparaît comme un sacré sac d'embrouilles.

Il y a toujours eu cette phrase dans le Tao-Te-King de Lao Tseu qui n'a jamais cessé de m' habiter; "Obscurcir cette obscurité, voici la clé de toute merveille."

Et ailleurs ce passage:

"Tout le monde tient le beau pour le beau
C'est en cela que réside sa laideur
Tout le monde tient le bien pour le bien
C"est en cela que réside son mal."

Alors un petit blasphème avec cette peinture de Van der Weyden détournée sur une affiche du métro berlinois ... J'aime les pieds de nez à la beauté!

Et derrière ces lunettes noires, chacun y verra ce qu'il voudra!

mardi 24 mars 2009

De la disparition des images



Bien sûr, on pourra douter de la valeur esthétique du réalisme socialiste. Cette iconographie omniprésente durant un demi-siècle dans l' Europe de l'est est pourtant aujourd'hui en voie de disparition absolue. Et cela pose problème: s'il faut toujours vivre dans un présent débarrassé de tout ce qui a pu déranger dans l'histoire, dans quel présent vivrons-nous demain? Un univers aseptisé dans la bonne hygiène de la pensée correcte, de la démocratie et du meilleur des mondes. On change une mise au pas par une autre. On tue l'Histoire. Notre mémoire.
Ne nous y trompons pas, si on efface les images d'une mémoire c'est pour en charger de nouvelles à leur place. Lesquelles? La publicité pornographique de l'argent?

Mais l'oubli de ce que fut l'histoire, ou sa négation, ce n'est toujours qu'une illusion dangereuse car tout finit par resurgir. Et l'avenir peut se venger du passé de la pire manière. Les pouvoirs, quels qu'ils soient, seront toujours assez naïfs pour croire qu'ils imposeront une vérité, que leurs trucages marcheront et que leur puissance restera gravée dans le marbre qu'ils se construisent.

Alors profitons vite de ces images qui nous seront bientôt interdites car elles auront été détruites. Beaucoup de cris d'horreur quand les talibans avaient cassé des grottes bouddhistes en Afghanistan, mais aucune interrogation sur nos petits génocides culturels chez nous. Mais nous sommes le centre du bien, du beau et de la vérité. We are the world. N'est-ce pas?

De la même façon, tous les bâtiments d'architecture nazi ou stalinienne sont peu à peu condamnés à la démolition. Beauté ou laideur, ce n'est pas la question que l'on doit poser. Mais plutôt celle-ci: pour mettre quoi à leur place? Les temples des multinationales, de la finance et des marques?

Berlin, le 24 mars 2009

lundi 23 mars 2009

Portrait d'un bouffon.


Cette image sur un mur de Berlin...

Ce corps recroquevillé dans ses nerfs, épileptique, pris dans ces convulsions, son autisme. Et cette fixité, cette frontalité qui en résulte.
Tout dictateur est d'abord un bouffon, un être ridicule avant de devenir sinistre. Au fond de lui il y a toujours le raté qui rêve de sa revanche, celui a besoin de talonnettes pour se hisser au-dessus de la mêlée.

Mais dévoré par la peur, il se protège, il n'en dort pas et comme il vit dans l'accumulation, là où 1000 hommes le protégeaient, il lui en faudra 10000 demain.

Et sa folie de contrôler est sans limite. Il achètera tous ceux qui seront prêts à se vendre, d'où qu'ils viennent. Et il ne manquera pas de bons toutous pour venir lècher les bottes du maître.

Addictif, il lui en faudra toujours plus. Doubler la dose. Et le corps s'en ressent: les épaules se barrent de tous les côtés, une jambe part à droite tandis que l'autre va à gauche. Et ça tremble. Et ça boite. Et ce n'est que tressautement.

Et la tête, là-dedans, n'est qu'une boule révulsée. Au lieu du bouillonnement, des tics révulsés qui veulent se donner pour pensée. Des contractions d'idées, des éructations pour des mots qui ne parviennent plus à se formuler et, bientôt, des cris, des beuglements, des aboiements pour l'animal auquel il aspire tant. Car il vit dans la nostalgie d'une nature mythique et de la loi du plus fort - là où il pourra enfin dominer.
Son domaine, c'est l'animalité, la meute.
Car le dictateur ne fonctionne ni sur l'humain ni sur la culture: son rêve c'est le délire d'un ordre naturel. Il règnera donc sur ce troupeau d'animaux que seront désormais ceux qui croyaient devenir les surhommes. Car le dictateur promet; il ne fait que cela, promettre un monde idéal et éternel. Nostalgie d'un paradis perdu pour ouvrir les portes de l'enfer. Homme raté, il se rêve Dieu quand il ne sera qu'un animal. La bête immonde.

Au début, ça ne se voit pas trop. Relisez "la métamorphose" de Kafka. Mais, peu à peu, on est devenu un cloporte. Ou le rhinocéros de Ionesco. Et on en vient à oublier les mots, de plus en plus approximatifs dans une syntaxe primitive. On s'exprime par beuglements, réactions instinctives; et la fraternité des hommes a disparu pour se muer en une cérémonie orgiaque pour laquelle il faudra bien le sacrifice des victimes et des vaincus.
Car que serait le vainqueur sans ses vaincus?

Alors attention. Nous n'en sommes pas là. Mais, prenons garde à ce fond diffus qui parfois résonne dans notre présent.
N'oublions pas que ces mêmes allemands qui en 1930 saluaient courtoisement leurs voisins juifs, parfois même leurs amis, les jetaient consciencieusement vers la mort quelques années plus tard.
Et ce bouffon, de qui est-il aujourd'hui le nom? De qui est-il le pantin?

Berlin réveille les mémoires.

dimanche 22 mars 2009

Rire ou subir.

A berlin comme ailleurs, d'un côté l'univers kaki des regards barbelés, de l'autre, le rire..
Aristote reste à lire...
A chacun de choisir.

samedi 21 mars 2009

Berlin

J'aime la beauté sans grâce de Berlin. Non qu'elle soit dépourvue de charme mais, parce qu'il lui manque cette homogénéité monumentale qui appartient aux autres capitales occidentales, elle ne se livre pas à la séduction mais sait s'abandonner sans retenue aux désirs de celui qui sera sensible à ses attraits.
De par son histoire et le poids de sa culpabilité sur ce que fut le XXe siècle, elle ne porte pas l'arrogance du passé, la fierté des cathédrales ou des palais somptueux mais, loin de ces cités trop belles et momifiées dans leur image, elle témoigne sans fard de ce qu'elle est aujourd'hui: une ville en reconstruction sur la cendre et les déchirures du temps.
Là où, partout, la force du pouvoir s'impose par l'architecture ou la démesure, ici, la ville, dans une cacophonie de brique, de béton et de verre, ne cache pas ses cicatrices de même qu'elle se garde de les rendre ostentatoires. Berlin demeure la ville suturée après les trouées du mur et des bombes mais elle vit plus intensément que bien de villes, non pas dans un centre et une agitation de surface mais dans une multitude de quartiers, de peuples, de couleurs ...
Berlin reste encore, géographiquement mais aussi historiquement, le coeur de l'Europe.
J'aime aussi la liberté qu'elle se donne, sa nonchalance, sa créativité, son rire.
J'aime aussi entrer dans cette langue allemande qui, avant qu'elle ne fût humiliée par le nazisme et caricaturée par les vainqueurs, fut celle de la rigueur de Kant, de la clairvoyance d'Hegel ou de Marx et celle de la beauté d'Hoderlin.
J'aime ce défi à l'espace et au temps qui est celui de toutes les aventures.

Un bonheur parfait


Derrière les multitudes d'images qui tissent le rythme d'une journée, certaines, telles des fenêtres qui s'ouvrent, nous imposent des regards plongeant sur de nouvelles perspectives; d'autres au contraire semblent être là pour faire écran comme si leur seule présence suffisait à occulter, dans un contraste saisissant, quelque chose qu'elles peinaient à désigner. comme si, l'exhibition pour dissimuler n'était toujours que le revers d'un cache qui n'était là que pour dévoiler ce qu'il suggérait.

Mais parfois les images se brouillent. C'est alors qu'elles se chargent de toute leur intensité par le trouble dont elles nous imprègnent et, c'est bien là, quand elles entrent sur la surface d'un tableau, dans un plan cinématographique ou sur une photo, qu'elles relèvent d'une autre dimension parce que l'art aura su imposer une autre façon de voir .

Donc il y a ces instants dans lesquels ces images extraites de la banalité du présent, on le pressent, vont s'incruster dans la mémoire. Les voyages, parce qu'ils rendent l'oeil plus acéré en nous définissant comme étant étrangers au monde, ont toujours été un moment propice pour cette contemplation sélective où le flux du présent sera filtré par l'attention et le questionnement de l'être nomade qui s'en va. Au fond du tamis, il ne récoltera que les résultats de ce labeur ou de sa propension à imaginer... Car c'est peut-être l'imaginaire qui l'aura mené à tout cela. Mais un imaginaire qui n'invente pas et qui donne ses véritables couleurs au monde.

Les gares, les ports et les aéroports sont traversés par ces tensions conjuguées de l'attente et du départ; les lieux mêmes imposent leur mise en scène et, les acteurs, dans la cohue ou l'ennui, sont soumis à cette autorité impérieuse qu'ils ne maîtriseront pas: leur moyen de transport.

Hier, dans l'avion entre Nice et Berlin, vaguement assoupi -pour beaucoup, trains, bateaux et avions sont d'excellents dortoirs - je levai les yeux et, au-delà des têtes qui m'empêchaient de bien la distinguer, j'aperçus une jeune femme, debout dans le couloir en tête de l'avion. Impossible de ne pas la remarquer tant elle s'imposait par la perfection de son corps, sa légèreté et le sourire qui éclairait son visage. Une vision rare, une présence d'actrice, sûre d'elle-même, sans faille: l'image de la splendeur.

Je remarquai alors que ses yeux riaient en regardant le sol, que ses doigts désignaient un chemin au milieu de l'avion - et je compris donc cette présence qui, jusqu'alors, n'avait pas guère de raison d'être et, ce sourire, si plein d'un bonheur parfait. Et la présence invisible de l'enfant qui la précédait. Lentement, elle remonta le couloir central dans le jeu de ce dialogue tendre avec cet enfant que je devinais. Pourtant, quand, à peu près arrivée à ma hauteur, je pus enfin la voir, ses doigts s'agitaient toujours en désignant le vide du sol et le sourire parlait à je ne sais quel reflet d'une prison intérieure car aucun enfant ne l'accompagnait.

Parfois, rien n'est plus terrible que la beauté.

Berlin, le 21 mars 2009

mercredi 18 mars 2009

Début de printemps


Chaque jour ressemble à un puzzle où chaque élément s'emboîte parfaitement. Au gré des informations récentes:

- 3 milliard d'Euros ont été donnés par l'état pour soutenir Renaut qui envoie donc 130 "cadres" pour un séminaire de luxe à l'île Maurice.
- 101 millions vont être versés -encore -à Bernard Tapie par le contribuable dans les prochains jours.
- Monsieur Gad Elmaleh ne gagne pas assez d'argent et défend le bouclier fiscal en insinuant qu'il ne le protège pas assez.
- Monsieur Sarkozy veut faire oublier les délices du Mexique par une promenade en banlieue: Après le bling bling chez les narcos, le coup de menton contre les petits dealers. Coke en stock.
- Monsieur Sarkozy est à Bruxelles pendant que des millions de français défilent dans les rues. Ainsi ne les entendra-t-il pas. Sinon trop de préfets à virer?
Et les chiffres du chomage, ceux des bénéfices de certaines entreprises. Et le reste, tout le reste et tous ces ministres englués dans la monsonge et le mépris et ...

Et puis, fatigue de ce long catalogue à la Prévert, fatigue d'entendre ces discours sur les preneurs d'otages et sur "Sarkozy, il fait ce qu'il peut"; fatigue de lire que ce sont les privilégiés qui font grève, fatigue de voir combien on manipule les discours, comment on formate l'opinion; fatigue de se battre pour ceux qui se battent contre vous. Mais les jambes, elles, ne sont pas fatiguées. Toujours prêtes à reprendre du service. Et les poings aussi.

Et dans la tête toujours ce petit air de printemps, cette grimace fière à la Gavroche, les rimes et les mots qui donnent toujours l'envie d'avancer. Non seulement ils n'auront pas nos rêves mais ils n'empècheront pas le soleil de briller. Mais aujourd'hui fatigué des Sarko, des télés...
Demain, Berlin. Ouf!
Lorgues, le 19 mars.

mardi 17 mars 2009

http://rimbusblog.blogspot.com/2009/03/hadopi-quelques-victoires-de-la.html

Dire non


En France 14000 personnes disposent d'un bouclier fiscal pour se protéger, bel effet sans doute de cet état providence que ces mêmes gens ne cessent par ailleurs de dénigrer.

Et Monsieur Sarkozy ne reviendra pas sur cette mesure qui léserait ses meilleurs amis, ceux qui tiennent les médias, ceux qui l'ont placé au pouvoir.

Donc, Monsieur Sarkozy, l' idiot utile.

Mais à trop parler de lui, on fait probablement trop d'honneur à la marionnette qui nous fait oublier ceux qui la manipulent, qui ont voulu valoriser le capital contre le travail, la rente contre la production, le gaspillage des sources énergétiques contre une économie solidaire. Les prédateurs.

Le plus étonnant réside dans ce capital de sympathie dont ils disposent. Beaux parleurs ,avec ce sourire carnassier des riches, ce teint bronzé, ce regard franc de ceux qui avancent dans un monde sans obstacle - ces prédateurs ne trempent pas les mains dans le sang de leur victimes, non, elles se contentent de tuer par procuration des millions d' hommes, les plus pauvres, les plus fragiles, en les réduisant au chômage, en les chassant de chez eux, en les réduisant à l'esclavage.

Mais cela c'est normal, nous dit-on, c'est la loi du marché. Et puis cette idée que les pauvres, après tout, s'ils sont pauvres c'est qu'il l'ont bien cherché! Et qu'ils sont pas assez malins et trop sales!

Alors on fait semblant, on fait les gros yeux aux banquiers mais toujours avec ce clin d'oeil complice qui leur promet encore et encore l'impunité. Car ce seront les plus pauvres qui paieront pour eux.

Et l'on vous tartine de beaux discours mielleux dégoulinant de morale: ô peuple, on te protège, on t'aime; c'est pour ça qu'on rognera sur tes libertés, tu ne fumeras pas, tu ne boiras pas, tu ne rouleras pas vite, t'auras ton contrôle technique et ton détecteur de fumée...
Mais où est la démocratie? Où est votre liberté? Qu' aviez vraiment demandé?

Alors si nous disions NON!

Et si nous exigions un tribunal international pour juger tous ces banquiers, ces spéculateurs, ces politiciens complices et tous ceux qui à l'abri du secret bancaire auront conduit tant de gens à la misère?

On peut rêver. Car le rêve résistera à leur pillage et à leur volonté de nous faire taire. Le rêve est à la source de toute utopie. Et que serait l'avenir de ce monde s'il ne s'enracinait pas dans une autre vision du partage, une refondation radicale de l'économie et de la politique?

Alors, j' irai rêver dans la rue le jeudi 19 mars. Peut-être que je ne serai pas seul.

dimanche 15 mars 2009


Grandeur de Courbet



On reconnaîtra au troubadour contemporain - Mickael Jackson - une certaine cohérence pour avoir commencé des C.D et avoir fini décédé.
Et cette fin, on pourra le regretter, est d'autant plus commune qu'elle ne souffre guère d'exception.

Régulièrement, donc, la nécrologie médiatique nous fournit le nom de celui qui a eu l'honneur de figurer dans l'ultime bottin mondain. On n'y rencontrera que peu de véritables écrivains ou d'authentiques artistes - ceux-ci préférant sans doute l'immortalité du silence aux fugaces hommages de ceux qui n'ont que le présent pour viatique et la gloire du nom propre comme breloques quand il leur eût fallu persévérer dans cet anonymat où éclosent souvent les grandes oeuvres.

Ainsi entendrons-nous de nouveau résonner le cortège des mots convenus avec les larmes factices de ceux dont le rêve d'un tel éloge funèbre n'aura été que l'horizon indépassable d'une existence vouée à la survie et aux apparences; on vibrera au concert de toutes les hypocrisies d'une époque où le cynisme fait loi; et puis on laissera les bourrasques du temps balayer l'ombre des idoles vite oubliées.
Souvent la peinture nous donne à regarder ce que, aveuglés par le réel, nous ne savons plus voir.
Bien sûr, ce tableau de Courbet, ce n'est pas "l'origine du monde" mais en représente t-il la fin? IL touche en tout cas aux origines mêmes de la peinture "bourgeoise" avec sa grande machinerie grandiloquente. Mais là où la multitude des personnages entraient dans une mise en scène monumentale qui soulignait la magnificence d'une classe sociale, Courbet, le révolutionnaire, le communard - le peintre qui ne s'interdisait rien et qui peignait tout - met le peuple dans l'espace de la composition; il l'installe, dans sa ferveur grave et dans l'épaisseur de l'obscurité à laquelle il se résigne encore, au coeur du tableau.

Et celui-ci, dans sa dignité extrême, répond à ce présent assourdissant dans lequel nous enferment tous ceux qui nous gouvernent et pour lesquels la mort servira encore et toujours à vendre et à se vendre.

samedi 14 mars 2009

Rien

Encore un détournement de texte par Ben: plaisir du jeu sur l'ambiguité de la propriété de la signature et du sens. Jubilation de la phrase lancée comme un filet à la mer dans l'attente que quelques naifs poissons viennent s'y laisser prendre...
Et peut-être, latente, cette question plus insidieuse:
Peut-on écrire quand on a rien à dire?
Bien sûr, répondront certains tout en s'inquiétant de la validité d'une telle entreprise, mais après tout, insinueront-ils, pourquoi ne pas se saisir au hasard des mots pour extraire le sens qui ne manquera pas d'affleurer aux racines de ce rien impossible et donc illusoire. D'autres, sous forme d'injonction et avec un zeste de moralisme péroreront sur l'inconvenance d'une telle vacuité et de l'insupportable prétention à vouloir exister par les mots quand on ferait mieux de faire le ménage, la cuisine, l'amour, la guerre, la lessive, etc.
Je me garderai bien de trancher un tel débat, bien qu'étant assez retors pour l'avoir lancé, et me contenterai de suggérer sa légèreté, son inutilité - tout en n'étant pas défavorable à l'idée que les mots peuvent bien, au rythme de leur sonorité, à la cadence de la syntaxe qui les entraîne, prendre parfois quelque liberté vis à vis de celui qui est censé les utiliser. Cette revanche des mots n'est pas sans me déplaire et j'en viens parfois à rêver qu'ils fassent eux-mêmes le travail.
Ainsi n'aurais-je non seulement rien à dire mais aussi, rien à faire.
Car le blog s'écrit à l'ombre d'une machine et, d'une certaine manière, il nous livre à la paresse, nous incite à la sieste et nous fait parfois lâchement espéré que le robot informatique qui le conduit ne viendra pas nous réveiller!

mercredi 11 mars 2009

Il fait beau


Parfois la beauté simple d'une phrase tient à son évidence, à cette harmonie qu'elle installe entre soi et le monde et que l'écriture absorbe comme un buvard. Les mots se mêlent aux fleurs d'amandiers envolées et se déposent trop loin pour qu'on puisse jamais les saisir:
Oui, aujourd'hui, "il fait beau".

C'est aussi le titre d'un poème chinois de Tchang Tsi, adapté par Paul Claudel:

"Il fait beau, pourquoi écrire?
Regarde l'été mûrir

Laisse le ruisseau courir
Laisse l'eau se taire et sourire

L'arbre s'agite en tous sens
Comme un poëte qui pense

D'un doigt qui hésite et balance
Il commence et recommence

Toi, pourquoi te tracasser?
Laisse l'ombre à ta place tracer

Un signe vague et somnolent
Sur la feuille de papier blanc

Je propose, elle rature
-C'est ça, la littérature!"


lundi 9 mars 2009

Zorro est arrivé


Notre grand président est un homme qui souffre de n'être pas fini. Et puisque ce blog fête son premier mois, j'en reviens au premier billet qui évoquait Sarkozy... et les femmes... Cécilia/ Carla. Pas fini, disais-je... Et, j'ajouterais aujourd'hui que, lorsqu'on ne grandit plus, on rétrécit...

Donc, ce problème, insurmontable: la femme! Maman et la putain - (Ah, ce film...)

Cette maman qui s'épanche dans les médias et qui accompagne le fils dans ses visites dans les voyages officiels.

Et le père: le cadavre dans le placard?

Alors il lui faut être Zorro, être toujours là où ne l'attend plus pour crever l'écran, faire semblant de sauver le monde.

Et séduire: c'est bien ça - ce clin d'oeil, cet appel du pied - mais aussi cet enfantin "aime-moi" qui chez l'adulte résonne comme un caprice et, souvent, signe la marque du ridicule.

Rappelons-nous: les infirmières bulgares, puis des hommes et des femmes au Tchad, et Bétencourt en Colombie - et maintenant, une femme au Mexique..
Ainsi notre grand Zorro poursuit-il cette fiction de celui qui "libère les femmes". Quel beau film!

Qu'importe la réalité - la culpabilité ou l'innocence -puisque seul prévaut la posture généreuse et le cocorico du vainqueur, la crête du coq.

Et ces femmes toujours réduites, quand elles ne sont pas complices, à un conte pour faire pleurer Margot. Mais ces autres femmes -moins belles sans doute, car infiniment plus détruites, sans papier, sans droit...Zorro les a-t-il oubliées?

On ne saura jamais combien la victoire aura coûté à celui qui croit encore en tirer profit quand, l'histoire, depuis longtemps, lui a échappé.

Zorro n'existe que par son masque.


Le coup du lapin







Tous ces mots qui jaillissent pleins de certitude en direction de leur cible, mieux vaut les rejeter et empruntons plutôt ces chemins de traverse qui, au gré de leur fantaisie, s'ouvrent à un sens plus large, défrichant ainsi de nouveaux territoires: la philosophie est plus une poétique qu'un repliement sur la construction d'un système.

La peinture est l'un de ces dispositifs qui contribue à "éclater" le sens . Surtout, quand il s'agit d'une toile de Valérie Favre, qui se "lit" dans une série où abondent les jeux de mots, les détournements de toutes sortes pour aboutir toujours à cette désacralisation qui agit au coeur de toute création. Autant de mises en scène qui empruntent à l'univers du théâtre, du cinéma et de la peinture pour faire revivre cette animalité refoulée dans l'humain mais qui resurgit dans l'univers du conte - ou du cauchemar.


Cette toile présente à Nice et intitulée "Redescription #2" joue sur une série autour de Grimm, avec un autre tableau "le coup du lapin". On y verra un calque grimaçant ou grotesque de l'univers de Rubens et de Rembrandt. Renouant avec le fond mythologique de la fusion de l'homme et de la bête, voici donc une fable pleine de lapins et de moutons dont la dérision risque d'être l'ultime morale.
Les centaures se sont-ils perdus dans la nuit des temps que déjà de nouveaux petits diables, des petits mickey de toutes sortes, viennent s"emparer de nos vies et travailler nos rêves.

Que nous disent-ils?
Lorgues, le 9 mars 2009

samedi 7 mars 2009

Nice






Réalisé par Martial Raysse dans les années 60, ce portrait illustre étonnamment la ville où il se trouve, Nice.

Ce matin, l'intensité de la lumière s'enroulait de telle sorte à la limpidité de la mer que le bleu perdait de sa réalité, que les palmiers semblaient de plastique et, voyant ce tableau, je songeais à cette chose si fragile qui se nomme le réel -un réel qui souffre de n'être jamais assez - ou toujours trop - comme s'il nous condamnait à cet équilibre impossible, à cette frustration qui nous mène souvent à conduire nos existences comme le funambule sur son fil: les yeux rivés sur l' horizon suspendu au vide.


Nice, à cet instant de saturation de lumière, sombre dans l'hyper-réalité; elle entreprend un dérapage hollywoodien qui excède son "urbanité", où les repères esthétiques n'ont plus cours: si le "trop bon" peut toucher au sublime, le "trop beau" est toujours à la limite de la laideur.

Ne serions-nous donc pas plutôt dans cet autre ordre de la captation du visuel qui est celui de la fascination? Ce que l'art justement, avec le Pop art et l'hyper-réalisme américain , ne cesse de revendiquer: la perception du réel est psychologique tandis que la représentation qu'on en donne est politique - parce que liée aux codes sociaux qui nous en imposent une interprétation.

Alors oui, à cet instant, la ville , ballottée entre l'écume immobile de la Baie des Anges et les Alpes neigeuses qui la surplombent, prend cette autre dimension , non pas factice, mais "spectaculaire". Articulation du spectacle et de la marchandise: c'est dans ce fond "situationniste" que Nice émerge dans sa vraie réalité.

Dans la même salle que le tableau de Raysse il y a celui de Ben -qui signe ...Debord!
Le réel c'est bien ici ce qui se dérobe à soi, ce qui tente de s'imposer là où il n'est pas. Le réel non pas comme fiction mais la fiction qui seule peut nous en proposer une lecture . Cette lutte avec le réel, c'est le politique: changer le monde, l'inventer, lui donner formes et couleurs, le délivrer de ses mauvais démons - le spectacle, la marchandise...
Fiction et réel conjugués, n'oublions jamais l'utopie.
Et donc le situationnisme. J'y reviendrai sûrement.
Lorgues, le 7 mars 2009

jeudi 5 mars 2009

Princesse de Clèves


"La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années de Henri second." De cette première phrase de "La Princesse de Clèves", j'aime ce "tant d'éclat" qui désigne l'histoire comme étincelle, lieu d'incandescence et somme toute, d'extinction à venir.
Par quels hasards de l'histoire cette oeuvre, sans doute le premier roman abouti de la littérature française, est-elle devenue le livre repoussoir d'un Président de la République?
Chacun l'aura compris, ce dernier ne l'aura pas lu; mais le livre reste néanmoins le symptôme d'une fixation, d'une haine - de la culture, du style, de l'élégance, du doute, du dépassement, de la rigueur, de la morale, de l'exigence d'un devenir...
Jusqu'à la dernière phrase du roman: "et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables."
Ce qui se joue dans la haine de ce Président c'est cette vertu qui lui est si lointaine, et toute l'histoire qu'il n'écrira pas: l'histoire d'une frustration, de ses épousailles avec une princesse de disneyland, aristocrate italienne en bout de course, même pas de pacotille mais chanteuse porte-manteau à la voix fatiguée; histoire d'une infidélité qu'il ne cesse d'incarner envers les autres et lui-même ; histoire de la trahison d'un personnage ballotté au gré de ses intérêts ou de ses humeurs -lui-même, être sans épaisseur, voué à une course hallucinée vers la grandeur - même pas shakespearien, Caligula ou Néron - mais simple produit de TF1.

Une civilisation accouche de ses idoles. Prosternons-nous donc devant celle que l'on nous donna.
Monsieur le Président est notre miroir. Il nous l'a dit en laissant choir : Pôv con!"

O Princesse, de ce siècle lointain, permettez moi de vous effleurer les doigts pour vous entraîner vers ce triste temps d'aujourd'hui et vous implorer de considérer ce qu'il advint de ce que vous espérérâtes; permettez-moi de vous tenir délicatement dans mes bras pour que l'effroi ne vous étourdisse point et que je puisse vous confier combien je vous suis redevable de cette hauteur qui fut la vôtre mais que je méprisais tant jusqu'à ce que la petitesse d'un roi ne vînt nous rappeler ce que fut la grandeur.

Lorgues, le 5 mars 2009

mardi 3 mars 2009

lundi 2 mars 2009

Les yeux de la rue

Les yeux de la rue vous regardent et ne vous regardent pas.
Les yeux de la rue ne sont que vos yeux.

Londres, le 3 mars 2009

Culture française


A l'inverse des architectures géométriques et lisses de Jean Nouvel qui écrasent le vivant dans une lumière froide et sombre, j'aime le déséquilibre, les formes approximatives et instables si rares dans les villes françaises. J'aime les espaces ouverts, périlleux, incertains dans lesquels la vie peut s"épanouir, s'inventer...Toujours ce sentiment qu'en France on y fait les pires choix architecturaux et esthétiques, que là encore on confond un discours pseudo philosophique et le réel, que l'on privilégie le concept sur la réalisation.

Mais dans ce pays, ce n'est que trop souvent l'esprit de caste ou la position vis à vis du pouvoir sous toutes ses formes, qui permet à l'artiste d'acquérir le droit d'exister - quand on sait que toutes les structures culturelles sont sous la coupe d'une élite auto proclamée et que nul n'a la possibilité de la remettre en cause. Regardez le jeu des musées, de leurs "curators", des FRAC... Ce n'est pas la création qui, en France, fait défaut mais la façon dont celle-ci est constamment bâillonnée par ceux qui, justement, ont pour mission de la promouvoir.

Pourquoi si peu d'artistes français reconnus dans le monde depuis 30 ans? Pourquoi, mis à part Olivier Céna dans Télérama, tous les critiques encensent-ils les mêmes, méprisent-ils les mêmes? Pourquoi ce milieu clos, verrouillé, qui se défend constamment comme une forteresse assiégée quand, au contraire, il faut s'ouvrir au monde? Pourquoi ce triste constat est-il étouffé et que tout débat est interdit? Pourquoi une revue comme Beaux Arts magazine est-elle aussi ridicule aujourdhui que la Pravda hier? Un jeune artiste étranger aurait-il envie de s'installer en France maintenant?

Poser ces questions est fondamentalement incorrect car elles compromettent toutes les politiques culturelles conduites depuis Jack Lang qui avait créé les bonnes structures mais a largement contribué à les livrer à un milieu mafieux qui s'en est désormais emparé. De rares résistances parfois, mais les artistes connaissent trop bien le prix des représailles...

Alors partir. Le monde est vaste...

Londres, le 2 mars 2009

dimanche 1 mars 2009

Pollution urbaine





Le coeur des villes ne bat plus, saturé par les caillots des signes marchands qui encombrent leurs artères. D'une capitale à l'autre, la redondance des signes transforme nos cités en d'opulents supermarchés dans lesquels nous n'existons plus qu'en qualité de consommateurs serviles, sans cultures, sans différences -tous conviés à la religion de l'adoration du veau d'or de l'empire économique multinational et des "people"qui en sont les plus fervents propagandistes.

Les villes ont-elles d'ailleurs encore un coeur?

Oui, si l'on dérive dans leurs périphéries - là où le corps vit toujours, dans ses tentacules toujours tranchées, toujours renaissantes; là où l'art nie l'univers marchand, nargue les pouvoirs et, chaque jour, dit que le lendemain sera le jour de tous les possibles.

Oui, quand les villes entrent dans une fiction, quand elles finissent par couler dans le sang de ceux qui la vivent - Par exemple " Tokyo" ou ce roman que je lis en ce moment, "The havana room" qui porte cette grandeur parfois si désespérée de NY.

Le logo des marques nous marque du fer rouge de la soumission à l'argent.

Un rayon de soleil, une goutte de pluie, un sourire, combien ça coûte?

Londres, le 1 mars 2009