
Le
Guerchin, "Les bergers
d'Arcadie" 1618.
Cette peinture pour réintroduire le XVIIe siècle dans nos préoccupations et dans notre regard sur le monde.
Comme dans le tableau plus connu de Poussin ,en 1640, on y retrouvera ces personnages au sein de cette Arcadie paradisiaque face à l'énigme de ces mots: ET IN ARCADIA EGO
Car l'art ici se définit non pas comme fin en soi mais comme déchiffrement de l'énigme du sens. Déchiffrement impossible quand la citation latine est aussi l'anagramme de: TEGO ARCADIA DEI ("Je cache les secrets de Dieu")
Double hélice du dévoilement et du secret, de la vie et de la mort... Autant de jeux auxquels se livre la peinture classique.
Or, que nous disent l'art ou la littérature d'aujourd'hui? A-t-elle un questionnement autre que cette plate vision sociologique qui la tient collée au nez du réel?
Il me suffit d'entrer dans la beauté d'un texte pour comprendre immédiatement que le beau style tient toujours au rythme de l'intelligence qu'il porte en lui et à ce sens de la mesure qui aujourd'hui lui fait si défaut. En ces temps pervertis par une unanimité de circonstance, le clinquant de la facilité, le corset moraliste qui nous pousse au consensus et à la médiocre modestie de la vulgarité, prenons le temps de relire au hasard quelques pages de Bossuet, de La Bruyère ou de La Rochefoucault.
Et il apparaîtra que le beau texte établit toujours cette distance prudente vis à vis de ce qu'il souhaite énoncer - comme si, d'emblée, il se méfiait de l'outrecuidance du dire face à l'immodestie du propos - et, il introduit le lecteur dans la place de cet autre auquel il convient d'enseigner que rien n'est définitivement enveloppé dans le sens mais, qu'au détour des mots, la pensée s'élaborera. Qu'elle se mettra en oeuvre par la discipline d'une morale à contre courant de ce dévergondage moraliste qui envahit notre éducation, dans les médias comme à l'école.
Résistez aujourd'hui c'est d'abord refuser tout conformisme, toute pensée anesthésiée, relire Philippe Muray . Résister à la pression de la mode dans cette unanimité à suivre n'importe quoi dans l'art contemporain, résister aux barrières que l'on dresse pour nous empêcher de respirer de l'autre côté. Eh oui, on peut par exemple être d'un autre camp mais rejoindre Luc Ferry dans ses positions sur l'esthétique et la "vie bonne". On y retrouvera les mêmes dénonciations que celles de Kundera, ce véritable intellectuel -parce que "exilé" revendiqué dans le temps comme dans l'espace, mais surtout dans la langue elle-même.
http://www.telerama.fr/livres/une-rencontre,40826.php
L'exil intérieur est à la source de toute résistance.
Résister, c'est dire que la racaille et Sarkozy ne sont que les deux faces d'une même médaille: fascination pour l'argent et toute forme de domination, mépris de toute autre valeur.
Résister c'est ne pas rentrer dans des illusions de contre-pouvoir: les bouffons, qu'ils s'appellent Guillon, les Guignols, les Romanov ne seront toujours que des serviteurs qui ne rient pas au dépens du prince mais de nous-mêmes. Résister c'est admettre que ces trompe-l'oeil dont on nous innonde ne seront toujours que des murs. Et que nous en sommes entourés.
Résister c'est croire dans la culture, l'éducation, le doute - contre les démagogies du pédagogisme et du débraillé intellectuel.
Résister ce n'est pas être rebelle, c'est savoir pourquoi et contre quoi on se révolte.
Résister c'est refuser les soumissions à la lutte contre le SIDA avec cette petite légion d'honneur qu'arborent les bien pensants, le ruban rouge. Refuser la domination des coteries et des petits marquis qui ne font que grignotter des miettes de pouvoir. Refuser tous ces petits lynchages auxquels on nous convie quotidiennement, comme aujourd'hui contre le Pape qui, après tout ne fait que son boulot et ne dit rien d'autre que ce que dit n'importe quel rabbin! Refuser les journées de la femme et toutes ces commémorations de la bonne conscience. Refuser de penser avec le troupeau car jamais un troupeau ne pensera quoi que ce soit. Refuser toutes les évidences d'où qu'elles viennent. Et, surtout, refuser l'obligation de ce bien qui se définit lui-même comme bien.
Résister c'est trouver plus d'aliénation dans le rap que dans la littérature classique. Et ne pas nommer poésie ce qui n'est que l'expression de la violence animale et d'une haine codifiée dans des slogans.
Alors quel rapport avec le "beau texte"?
Tout simplement parce que c'est celui-ci qui établit cette distance respectueuse avec le lecteur qui lui permettra, non plus de subir le poids d'une énonciation, mais d'élaborer librement une réflexion.
Le texte littéraire comme l'oeuvre d'art se reconnaissent à cette tension vers ce déchiffrement impossible qui s'appelle la beauté.
Peu de gens y croient encore..
Et pourtant la beauté libère. La beauté porte du sens. La beauté n'est jamais donnée; elle reste à inventer et c'est dans sa construction qu'on découvrira les grandes oeuvres. Et c'est elle qui doit éclairer nos choix: l'esthétique comme fondement d'une éthique.