samedi 28 février 2009

Shérazade

Pour ceux qui mettent les voiles,
pour celles qui les déchirent - car ce sont les mêmes...
Chère rasade...!

Soumission



Les expositions de La Saatchi Gallery font toujours événement dans la mesure où elles ne prétendent pas consacrer tel ou tel artiste mais plutôt à délimiter un espace culturel et politique dans le champ des nouvelles formes esthétiques. Ce fut le cas en octobre dernier pour une saisissante approche de l'art contemporain en Chine mais aujourd'hui c'est au tour du Moyen-Orient d'être mis à l'épreuve de l'art.
Dans son installation "ghosts", Kaled Attia met en scène 264 empreintes en papier aluminium de corps en position de prière, coques vides et lumineuses d'une humanité soumise. Puisque tel est le sens du mot "islam".
Mais qui ne vit pas sa propre soumission? Ne sommes-nous pas esclaves du temps ou de nos passions? Et ces fantômes briseront-ils ces carapaces d'acier qui sont aussi les nôtres?
Londres, le 28 février 2009

vendredi 27 février 2009

Regards


Rembrandt encore, pour revenir une fois de plus au regard.

Un passage rapide à la National Gallery pour retrouver cette salle que je ne manque jamais: quelques portraits et auto-portraits du peintre toujours dans ce même fond d'un flou ocre doré mais là n'est pas l'essentiel. Plutôt ces visages fanés où la pâte des couleurs révèle joies et blessures et, surtout, la tache noire du regard. Des yeux fermés au monde, des cicatrices béantes d'où s'écoulent des vies entières, d'intenses intériorités éteintes dans la sécheresse de l'âge.

J'aime chez ce peintre cette force à désigner autre chose que ce qu'il montre, à définir enfin la peinture comme "artefact", leurre et artifice.

Peindre le temps. Jusqu'à son invisibilité. Proximité de ces toiles avec l'ascèse blanche de celles de Roman Opalka. Des années sans voir ces chiffres qui s'effacent lentement dans l'abscence -et pourtant, récemment, à Lisbonne, un peu de cette magie blanche. Opalka, autre peintre de la disparition. La peinture pour oublier l'obscénité du trop visible, de la consommation dans lesquelles les villes se consument en leurs centres.
La peinture qu'il faut savoir regarder: les yeux fermés.

Londres, le 27 février 2009

lundi 23 février 2009

dimanche 22 février 2009

Les mots




Souvent j'aime penser aux mots. Non pas pour ce qu'ils désignent mais pour cette sorte de qualité translucide qu'ils transmettent parfois lorsqu'ils éclatent en pigments, en épices subtiles ou qu'ils s'attellent à la phrase dans cette démarche princière qui , au-delà du style et du dire, irradie une page.

Car les mots se dissolvent alors de la gangue du sens et reprennent l'éclat primitif du silex et de la glace, tour à tour feu et cendre là où ils se recomposent dans une géographie subtile vers d'autre codes, d'autres représentations qui s'ouvrent à d'autres regards, à de nouvelles architectures ou à l'apparition d'une cité nouvelle. C'est bien ce que Gracq mettait en oeuvre dans "La forme d'une ville" quand il écrivait un espace urbain se tissant sur le modèle d' une grammaire, lorsque le flux des rues s'écoule dans l'encre sèche des souvenirs et que les mots surgissent dans leur distance hautaine avec le monde.

Des mots abstraits . Ou des griffures, des entailles dans un réel qu'ils omettent parfois, mais labourent, transforment pour donner d'autres mots - ceux-là qui, dans l'éclat coupant du diamant, viennent comme des étoiles dans une nuit froide éclairer toutes les errances du plus profond des forêts jusqu'au néon exacerbé des villes.
Les mots du poète, insaisissables, ne sont pas ceux des hommes. Ils les précèdent et fondent comme des pas sur la neige. Les mots des hommes ne sont souvent que des lueurs qui veulent éclairer la nuit.
Il n'y a pas de voyage sans mots.

samedi 21 février 2009

Dans l'après-midi, la sérénité lumineuse des pierres, la profondeur sombre de la forêt alentour. Au loin, l'horizon flou de la Méditérrannée. Parfois l'inutilité des mots.

Chartreuse de la Verne - Var






vendredi 20 février 2009

Le roi triste


Le jogging de notre président consiste désormais à courir, essoufflé, derrière l'événement. Et il faut convenir qu'il y a quelque chose de pathétique à voir cet homme toujours en mouvement s'acharner à brasser le vide. Il louvoie et ne satisfait personne, même dans son camp, tant il apparaît incertain et contradictoire.

Que ce soit dans le traitement de la crise ou dans son attitude vis à vis de la Guadeloupe, il intervient toujours trop tard, avec trop de pathos, trop de formules creuses, trop de saupoudrages quand l'on attendrait d'un président, une vision. Or "l'omniprésident" n'est qu'un "je" boursouflé - mais vide. Et toujours ce sentiment qu'il ne règle jamais rien, que l'écume masque l'absence de fond et qu'il se contentera de remplir des ambulances et de distribuer des pièces jaunes pour ne pas avoir su anticiper et prendre des mesures efficaces. Ainsi chaque semaine concède-t-il ce qu'il refusait la semaine précédente et, encore, ce même sentiment que tout est insuffisant, que tout vient trop tard. Et toujours aussi, ce décalage croissant entre les mots et les actes.

Mais le roi est nu. Plombé. Déjà décapité.
Car tout lui est désormais interdit.

Pour s'être si souvent "réinventé", le voici infantilisé à jamais. Décontracté et blingbling un jour, vêtu de noir et austère le lendemain. Qui n'a pas compris que le personnage, au-delà de sa duplicité, est faux - et surtout pour lui-même? C'est le petit garçon qui joue au grand comme l'a relevé S. Royal, c'est l'homme frustré qui fait étalage de ses femmes, c'est celui qui répète "Je vais faire" parce qu'il ne fait pas, "je vous dit la vérité" parce qu'il ment. Comme un enfant, avec la même candeur, il se ment surtout à lui-même et s'agite pour ne pas l'entendre.

Que lui reste t-il? Rien.

Son avenir, il le traîne déjà comme son ombre. Le personnage prend-il de la gravité, une certaine enveloppe que chacun devine une posture pour s'adapter au temps. Toujours être à la suite, s'adapter, quand on veut faire croire que l'on conduit, que l'on dirige. L'impuissance est aveuglante.
Jamais il ne pourra revêtir "l'habit présidentiel" car il lui eût fallu l'élégance, la souplesse, l'intelligence quand il ne manifeste que caprice et orgueil en lieu d'ambition. Et quoiqu'il fasse, quoiqu'il arrive, le temps pour lui n'est plus que le compte à rebours de sa chute.

Lorgues, le 20 février 2009


jeudi 19 février 2009

mercredi 18 février 2009

Classe moyenne

Alors, vous en êtes de cette classe moyenne? Allez, 9 chance sur 10, que vous répondiez oui. Parce que vous avez un peu honte d'être trop en haut ou trop en bas, et puis... Classe moyenne, c'est consensuel, pas de problème; alors Sarkozy, grand défenseur de la classe moyenne! Sauf que...
Ceux qu'on désigne aujourd'hui dans la classe moyenne relèvent en réalité de ceux qu'on nommait hier "classe populaire", pour ne pas dire moins...
Et qu'à celle-là, hier comme aujourd'hui, on fait l'aumône.
La classe moyenne, ce sont tous ces gens, employés, fonctionnaires, techniciens, artisans, paysans, cadres - la quasi totalité de la population qui ne verra jamais rien de ce que lui promet Sarkozy.
Des gens qui travaillent ou qui voudraient travailler, qui payent des impôts, qui créent les richesses et qui devront se saigner davantage.
Mais comme ils sont les plus nombreux, vidons leurs poches pour pouvoir dire qu'on a de la compassion pour les plus démunis... Non, pardon, pour les classes moyennes.
De toute façon, vous parle-t-on d'autres classes?
Oui, parfois, mais en terme de "catégories" -les plus démunis, les plus privilégiés...
Brouillage sémantique et idéologique.
-Monsieur le Président, à quelle classe appartenez- vous?
- Classe moyenne, of course!

mardi 17 février 2009

"Le philosophe" de Rembrandt


A une époque où les vanités s'emparent de la peinture hollandaise, où crânes et natures mortes allégoriques traduisent le caractère fugitif de la vie dans une finalité religieuse, Rembrandt nous propose ici une toute autre utilisation de la peinture.

De loin, on devinera dans cette toile, la forme vague d'un crâne -ou d'une coquille modelée par une double source de lumière latérale et des trouées de nuit.

De près, le point nodal de la composition est une sphère située au centre à partir de laquelle se déploie la forme hélécoïdale d'un escalier qui se perd dans l'obscurité.

Quant au philosophe et à son assistant, ils sont relégués comme de simples figurants sur les bords du tableau, chose étrange quand on sait la fascination du peintre pour la figure humaine.

Mais ce que nous propose ici Rembrandt c'est bien ce qui se construit dans un crâne, la structuration d'une pensée. Nous ne sommes pas dans le symbole et l'allégorie, dans une peinture de l'âme, mais bien dans le lieu où la pensée s'élabore dans le réel.

Rembrandt peint l'acte de penser.

Pour Hegel, être et pensée étaient identiques, de même que sa dialectique s'appuyait sur la division intérieure de l'unité et sur l'unité spatiale des opposés. Sa représentation de la temporalité historique évoque "une hélice si l'on observe le cours du temps en voyant se dérouler "de l'extérieur" ses phases successives, soit une spirale si on se place par la pensée au point terminal de ce mouvement dialectique" (Encyclopédie de l'Agora).

Rembrandt pré-figure la pensée de Hegel et le peintre nous donne ici une superbe leçon de philosophie.

lundi 16 février 2009



dimanche 15 février 2009

Eloge de l'erreur

Nous tâtonnons en aveugles dans l'histoire, toujour collés à ce présent qui nous permet au mieux d'expliquer le passé mais jamais d'explorer l'avenir. Quels que soient les dispositifs théoriques que nous déployons, le futur ne sera jamais qu'une hypothèse et, étrangement, à aucun moment nous ne songeons par la suite à analyser le contenu du décalage entre ce qui était prédit et la réalité avérée comme si l'erreur nous condamnait à la honte alors que, au contraire, celle-ci pourrait devenir l'instrument privilégié de l'analyse.
Face au dogme de la vérité et de tout ce qui lui est périphérique - les idéologies closes et le totalitarisme qu'elles secrètent - privilégions toujours l'erreur, le faux pas, en cela que par leur enseignement, ils nous prémunissent de l'illusion d'un futur certain, terrain de jeu de tous les discours politiques.
Ainsi en est-il aujourd'hui des discours sur "la crise" qui oscillent entre celui de la catastrophe et celui d'un optimisme béat qui n'est pas sans rappeler Voltaire face à Leibnitz. Chacun appose son étiquette sur demain sans comprendre que demain sera toujours un pied de nez à ce qui avait été prévu: le réel, par essence, se dérobe à la pensée qui ne fait que l'effleurer. Même si nous devons sans cesse aiguiser nos concepts et en forger de nouveaux, soyons certains que ceux-ci ne seront toujours que des feux follets dans une réalité marécageuse dans laquelle nous nous débattons pour ne pas perdre pied.
Illusion pour celui qui n'est pas touché par la grâce poétique.

Lorgues, le 15 février 2009

vendredi 13 février 2009

Traces.

Les traces ne s'effacent pas; elles se révèlent parfois là où elles ont été dispersées, dans le hasard et l'oubli. L'instant de sortir de la poussière quelques textes... dont celui-ci écrit en octobre 2007 . Qu'est-ce qui a changé?
Lorgues, le 13 février 2009


Ce cher Nicolas.

Nicolas, Louis… Comment ces prénoms ne résonneraient-ils pas dans l’Histoire sans désigner un régime précis, le tsarisme, la monarchie absolue, la négation de toute forme démocratique ?
Simple hasard ? Non.

L’héritage d’un prénom -comme son legs- ne tient pas du hasard mais procède autant d’une volonté familiale que d’un ancrage symbolique de celle-ci dans la chaîne du temps. C’est ainsi que le prénom va signer l’avènement d’une dynastie quand le patronyme d’un chef d’état se contente d’être la marque d’un pouvoir en démocratie.

Or ce fond dynastique omniprésent -quoique totalement occulté- permet, à l’analyse, de comprendre le caractère intrinsèquement autoritaire du pouvoir qui se met en place mais plus encore de révéler les structures de ce que pourrait être une dictature dans une société néo-démocratique avancée. Jusqu’à présent tous les régimes autoritaires s’étaient déployés dans des états sans profonde tradition démocratique et dans un fort contexte de crise identitaire. Ce n’est que donc que ce dernier aspect qui sera aujourd’hui opérationnel.

La dynastie attribue justement le prénom qui dure, qui transcende le temps et l’Histoire, qui traverse la matérialité des êtres, nie les contingences économiques comme toute forme sociale. Elle fournit l’identité. Sa réalité c’est le droit divin.
A l’inverse, le nom de famille singularise, isole le sujet dans sa condition d’homme.
Or le recul n’existe pas en histoire : aussi convient-il de s’interroger sur le pourquoi d’un tel retour symbolique au passé (nostalgie d’une Restauration ?) et sur ce qu’il entend mettre en place.

Ce fond dynastique crève pourtant l’écran. Visible, audible. Seuls les commentateurs l’ignorent. Sans doute parce qu’il révèle la « vérité » du personnage qu’il met en scène. Il crève justement l’écran parce que l’on voudrait le maintenir dans l’inconscient et que ce qui reste tapi là n’en finit plus de résonner dans l’ombre : l’homme d’abord, dans cette absolue présence qui crée paradoxalement un effet d’absence, ou d’attente déçue. Le corps nous montre qu’il triche. Et cet autre non-dit, cet indicible : « Nicolas » n’est pas un Président de la République, n’est pas un homme politique mais bien un usurpateur.
Un test d’ADN idéologique en fournirait la preuve. Absence totale d’idéologie. Nicolas, puisqu’il faut l’appeler ainsi, c’est l’apothéose du loft et du reality show, le triomphe de la gourmette et de la rolex. C’est le mauvais goût du peuple incarné dans l’exercice du pouvoir qui lui en donne l’onction. Le reality show n’a jamais été la réalité mais seulement la forme spectaculaire d’un projet de société totalitaire idéale. Une forme de pornographie sociale. La consommation avant le désir. Une utopie dans laquelle des héros règnent sur l’ennui, dans un langage minimal et vulgaire, peuple starifié, rêve d’un monde sans rêve. Le monde selon Nicolas.

Et là où l’on cherchera en vain les contours d’une politique, l’on ne trouvera que l’hyper présence personnelle. Tel sera donc le loft quotidien de Nicolas, si beau, si jeune, si moderne, si nous-mêmes. Car lui ne cesse de nous le rappeler : lui c’est nous ! Les questions qu’ils ne cessent de poser lors de ses interventions, ce sont les nôtres. Les réponses seront évidemment empreintes de ce même bon sens. Vous voyez, vos questions sont les miennes, mes réponses sont les vôtres. Bon sens et commune mesure. Asservissement du sujet à l’Autre. Enfermement totalitaire.
Ainsi nous tend-il, chair contre chair, le miroir de ce que nous sommes sommés d’être : des consommateurs.
Le Freudien en déduirait : De votre vie, il n’y aura donc que de la déjection, de la merde à votre image. Peuple, consommez et consumez-vous. Adorez le veau d’or, brûlez les livres, crachez sur la culture.
Vive Johnny !

Dès lors que le politique est en voie de dissolution, c’est le hors-champ qui fascine puisque tout n’est plus que décor et apparence. Regardez bien les apparitions de Nicolas, son apparat, son appareil ; le personnage n’est pas clos dans l’écran mais toujours en immersion dans les ors du palais, les breloques scintillantes des lustres, la marqueterie des bureaux et des fauteuils Louis XIV, ses objets personnels…Absence sidérante du corps. L’or comme prothèse.

L’Autre toujours présent dans l’écran –le journaliste, le faire-valoir, le courtisan comme prolongement de sa parole, extension de son corps- Solitude pathétique que l’écran aurait pour mission de dissimuler et qui en accentue l’effet. Ou l’affect. Ce Je qui veut être l’Autre. Cette nostalgie d’un pouvoir cannibale. Ce conflit interne du monarque chrétien et du dictateur païen qui le déchire .
Ah, ce corps ! Il faudra bien y revenir… La clé du personnage

Ainsi Nicolas incorpore-t-il la pacotille élyséenne au point d’être en osmose parfaite avec son goût pour le clinquant. Mais le discours détonne.
Face à la télévision le spectateur croit se trouver dans un film de Godard : décalage constant entre l’image (largeur des plans, décor d’un autre âge) et la bande son (une langue volontiers « jeuniste » et des propos toujours plus centrés sur l’intime que sur l’universel.) Déséquilibre inconscient mais aveuglant tant Nicolas imprègne l’image et le son. Donc exhibition obscène :Rupture du code, de la Loi . Je suis l’image et la parole. Le Grand Tout du totalitarisme. Pas de « tabou », dit-il, et qu’importe l’incompatibilité originelle, fondamentale, du verbe et de l’image. Toujours le veau d’or contre la parole. Le primitif contre le progrès, l’instinct contre la culture, l’émotion contre l’intelligence.

Ce qu’il ne cesse de signifier, c’est ce « Plus de tabou ». Eloge de la transgression, de l’origine, de l’animalité. Toujours la pulsion contre la réflexion, l’éternité d’un présent mythique face à la matérialité du temps.
Il est interdit d’interdire ?
A l’instar de tout dictateur, Nicolas apparaît donc littéralement « désaxé » par cette incompatibilité. L’homme est rongé ; il s’autodévore. Ce disfonctionnement, pathétique, n’est pas sans faire songer au Dictateur incarné par Charlot… (Encore, toujours le corps !).

Le décorum monarchique est de surcroît en porte à faux avec la vulgarité des propos. Quant aux courtisans, ils useront délibérément d un langage de charretier. Car il n’est pas facile de mettre en symbiose l’obscénité du loft et la pompe monarchique. Et c’est là que Nicolas se débat dans l’ambiguïté du monarque et du dictateur. Il se livre dans une pitoyable impudeur. A l’instar d’Ubu, le voici qui éructe, qui dit « merdre », s’agite, hérissé de tics ; il séduit et menace…
Car le roi chez Nicolas ne peut exister. Le prénom est usurpé et le parvenu sombre toujours dans le ridicule. On sait toujours plus qu’on ne croit. Force des faibles ou pulsion démocratique. Les tests ADN le diront, Nicolas n’est pas de sang royal. Comme pour tout dictateur, sa dynastie n’est qu’un devenir virtuel.. La grandeur lui étant interdite, ne lui reste que la farce. Et pour le peuple, peut-être, la tragédie. N’a-t-on pas entendu le mot « guerre » dans la bouche d’un de ses ministres ? Le fantasme de la force absolue, l’apothéose d’avant le Crépuscule des Dieux. Stupéfaction du monde, indignation, rires goguenards… Mais de cela on n’entendra peu parler.
Le corps donc. Il s’agite. El le chœur des courtisans. On y reviendra.

Le corps qui met en scène la gesticulation du personnage. D’abord dans les faits. Effets d’annonce, certes, à grands coups de trompettes ! Qu’en est-il par exemple de ce fameux « service minimum », promesse phare du Grand Populiste pour contrer les preneurs d’otage des victimes-usagers des transports ? Disparu dès la première grève. Comme si les journaux n’en avaient jamais entendu parler après s’en être faits les thuriféraires des années durant! Oui, les courtisans et d’abord le premier cercle, « la famille » pour employer le langage mafieux qu’il revendique, ces affairistes avec ce langage de voyous, partout. La trivialité d’un langage est toujours une menace latente, l’ombre de la violence physique. Toujours le « parler-vrai » du grand milieu de la thune, du show- biz, de la compassion cathodique et de la morale à dix sous.
Et le deuxième cercle, celui d’un gouvernement de figuration- ces idiots nécessaires, aurait-on dit dans un autre totalitarisme.
Et le troisième, celui des médias.

Nicolas est donc « sécurisé » ; du moins le croit-il. Immunisé face au virus démocratique ? Ainsi se constitue pourtant le paradis artificiel de Nicolas ; à l’instar de celui de Dante, après qu’il eut achevé la traversée des cercles de l’enfer.
L’enfer, la main armée de la béatitude…
La Béatrice existe aussi. Mais c’est une autre histoire.
Troisième cercle- en partie absorbé sans vergogne dans le premier : journalistes incorporés aux plus grandes instances du pouvoir, décorés, flattés. Les autres, « embedded » (=mis au lit), faisant la « couverture » de Nicolas, assignés aux basses besognes du ministère invisible mais omniprésent de la propagande.

Rappelons-nous « les damnés » de Visconti, cette fresque incestueuse et orgiaque du nazisme. Nous en sommes à cette consanguinité des cercles, à ces bacchanales de ceux qui appartiennent à l’entourage de Nicolas, à cette débauche, à ces pages people, à ses supputations d’alcôve qui courent plus encore au coin des rues que sur internet: Rachida , Cécilia, Bernard, Roselyne, et les autres, tous les autres. Fringues et casino, mari ministre et femme journaleuse et l’inverse. Vive l’orgie. La jet set. La vie est un orgasme.
Le roi, la putain, l’étrangère.
On veut amuser le peuple avec la saga de Nicolas ? On adopte donc le style show-biz mais là, grosse erreur. Le bon gros voyeur populiste se croit invité à la fête et voici qu’il comprend qu’il n’est là que pour payer le ticket d’une entrée qui lui est interdite. Mais l’électeur de Nicolas a pour vocation d’être un homme frustré.
Dupont la joie.

« Les français m’ont élu pour… » ne cesse-t-il de marteler. Mais ces français auxquels il songe ne sont nullement des citoyens, sinon un ensemble flou, une masse informe, un corps fantasmatique qu’il désire et craint tout à la fois.
Alors dans ce « paradise now » on mettra en avant la « première dame de France », son aura, son amour… Relire cette presse qui l’a ainsi construite, relèverait d’une psychanalyse collective. Mais passons. De cette orgie elle en sortira probablement épuisée et nous de même. Les mythes meurent aussi.

Donc ce jeudi 18 octobre, il faut bien l’admettre, la rupture est là. La vraie, la seule. Celle qui préfigure celle du lien social avant que ne se précise la construction à venir de ce lien inéluctable qui doit rattacher chacun de nous au chef de la nation. Car n’en doutons pas, ce jour viendra. Rupture d’autant plus honteuse qu’une fois encore l’épouse se trouve instrumentalisée, l’annonce étant programmée pour parasiter un mouvement social. L’écran ou toujours faire écran, cette constante obsession…
Geste symbolique aussi, très début de règne, calqué sur celui du divorce de Napoléon. Ainsi le « moi » césarien fera-t-il écran au peuple, à la rue, à la démocratie.
Mais César, à défaut de lauriers, portera des cornes .César devra donc se hisser plus haut sur ses talonnettes. Et pour reconquérir ce peuple qui l’a porté, Nicolas sera contraint d’en rajouter dans l’obscène et de débrider publiquement, impudiquement, la violence qui l’habite.

Deuxième phase de « l’irrésistible ascension de… »
Où il apparaîtra , qu’à l’instar de tout dictateur, Nicolas n’est ni de droite ni de gauche. Ce qui lui tient lieu de politique c’est la conquête permanente du pouvoir ; sa méthode, l’opportunisme. Qu’on se laisse aller sans complexe, sans tabou… « Jouir sans entrave ». Et si Nicolas n’était que le petit frustré de son 68 raté ?
Bien entendu on ne s’embarrassera d’aucune morale. On se revendique, on ignore la honte, on se dresse sur ses ergots. La télévision d’état met quotidiennement en scène cette fibre passionnelle, cette fusion de nature maurassienne entre le chef et la nation. Le socle idéologique est ressassé, le travail, la famille, la patrie. Et le bon petit père des peuples qui veille sur nous, qui nous sécurise.

Merci Nicolas. Ceaucescu ?
Ni à droite, ni à gauche, nous voici projetés dans les limbes politiques où l’orchestration fait office de discours. A la vacuité de celui-ci on répond par le recours constant à l’émotion, aux larmes qu’on invoque, à Rachida pleurant des heures durant à l’annonce de son ministère, à son consolateur, à cet homme qui essuie même les larmes qui n’existent pas. La caméra lacrymogène avant les gaz.
Je suis comme vous, vous êtes comme moi, vous m’avez voulu, je suis votre désir. Je suis votre incarnation, je suis Vous.
Et à défaut d’une politique, ce sera le « Je suis partout » de sinistre mémoire. Big brother is watching you. La bienveillance du tyran n’est jamais éloignée de l’odeur du sang. L’excitation est toujours présente. Ce corps, toujours, qui veut crever l’écran, toujours agité, convulsif. Cette ubiquité. Cette danse de Saint-Guy –celle des fous- à laquelle il nous convie…Le monde de Nicolas ne connaît ni rythme ni construction. Nicolas est toujours pressé, tel est l’essence de son discours. La vitesse est un contenu. Alors il court. Devant, à reculons, dans le mur… Qu’importe puisque l’important consiste à bouger, à montrer qu’on est là, qu’on fait et qu’on est l’Histoire !
Le pouvoir totalitaire se nourrit de tout ; il ignore les contradictions, la gauche, la droite, comme les riches ou les pauvres. Tout est dans tout. L’identique est la norme. Il se rêve l’astre qui aspire tous les corps dans un trou noir. Le fidèle d’aujourd’hui est le traître de demain. Opposant maintenant, tu seras à ma table un jour et qu’importe la cohérence puisqu’il s’agit toujours et encore de « faire bouger les lignes ». D’ailleurs le gouvernement fait de la figuration, les rênes du pouvoir sont tenues par Nicolas et ses hommes de l’ombre. L’objectif c’est la gloire quotidienne dans un jogging interminable et claudiquant, c’est la démesure qui ne peut se satisfaire que du « toujours plus » dans une relation du peuple qui se doit d’être adictive vis-à-vis de l’imperator. Principe de dépendance. Le peuple doit vivre et mourir avec son chef, tel est le principe des Etats délirants ou des Sectes. A Berlin comme au Guyana. Demain à Paris ?

Finalement, ce corps !
Cet homme qui court comme un canard auquel on aurait tranché la tête.
Nous inspire-t-il de la compassion ou de l’inquiétude ? Sans doute un mélange trouble des deux. Comme d’un rêve ou d’un cauchemar, l’important c’est d’en sortir pour commencer à vivre.
Qui nous réveillera ? Les députés de droite trahis, les humanistes humiliés, les hommes de gauches défaits ?
Ou plus sûrement le reste du monde …

La France devenue ce petit canard boiteux, si risible !

Car sinon ce qui s’est mis en route ne s’arrêtera pas, le rythme fou s’emballera…
Direz-vous : Je ne savais pas ?

le 20 octobre 2007

mercredi 11 février 2009

Cadaquès



Quand l’avion décolle de Marseille en direction du Portugal ou du Maroc, après la traversée de la Méditerrannée, invariablement, il aborde l’Espagne à hauteur du Cap de creus d’où je distingue, dans une lumière floue, le village de Cadaquès.


Ce soir, de nouveau Cadaquès dans la blancheur silencieuse de l’hiver et de la mer.

Le temps d’ouvrir un roman dont la lecture s’effiloche au rythme de la rêverie lorsque ses personnages semblent se demander ce qu’ils font là et se murmurent qu’il leur faudra encore subir 200 pages jusqu’à un dénouement improblable.
Je hais ces histoires dans lesquelles des fantômes tentent désespérément de prendre une enveloppe humaine, où il pleut et il pleure, et quand les mots se suivent dans leur impitoyable nudité


Les fantômes justement. Les mots aussi. Ou plutôt leur absence. Quelle bizarrerie heureuse de dîner à la Plaza et de regarder le J.T de Tf1 sans le son. Tiens...le sourire triste de Ferrari renvoie à ces "regards morts" que j"évoquais récemment. Puis l’image seule dans son montage : l"Afgahnistan...
Je revois l’immensité pure de l'espace et des steppes brûlées d' il y a longtemps et qui collent à la rétine: la piste qui menait de l’Iran au Pakistan et ces fantômes noirs: les femmes poussiéreuses et les hommes assoupis dans un temps immobile. Qui suis-je pour juger, pétri de ma culture occidentale? Regard arrogant de celui qui dira la culture dominante, qui dirige la lecture du monde.


Retirer les mots de la beauté sèche de tout cela.
Désert, désert..


Donc le J.T, en silence, dans l"image sans parole qui dicte le monde: Sarkozy, empereur, devant ses drapeaux, et, plus loin, Carla Bruni, impératrice de l’humanitaire, et chute finale, les momies égyptiennes...


Et la mer qui recouvre les regards vides et les mots blancs, la mer, la mer.


Cadaquès, le 11 février 2009

mardi 10 février 2009

Tempête sous un crâne

Mise en alerte météorologique de la partie nord de la France...
Ainsi va le temps humain qui, sous la férule des médias, s'écoule au rythme des catastrophes devenues le tempo de notre sociabilité: la vie ainsi soumise à l"angoisse permanente - menace de crises -politiques, économiques, écologiques, climatiques...

Donc la tempête: alerte générale! tous aux abris! aéroports fermés, plus un vol à partir de Paris! Sauf un: celui de Monsieur Sarkozy qui sera le seul citoyen autorisé à braver le déchaînement des éléments pour aller sauver le Moyen Orient. Bib brother is watching you to protect you.

Notre Dieu vivant nous protège. Les autre hommes sont cloués au sol, déchus: seul ce grand roi de l'azur -tel l'albatros- aura la propriété du ciel...

Sur l'immense plage de Barbâtre, de lourdes vagues grises n"en finissent pas de creuser consciencieusement les dunes et rythment ce temps plus humain où la beauté se rit des catastrophes annoncées et de leurs funestes messagers.

Noirmoutier, le 10 février 2009

Les yeux morts - La raie de Chardin



Dans l’opacité triste de leurs regards, les femmes de Sarkozy - Cécilia, Carla - semblent être abandonnées dans une absolue distance au monde, pétrifiées dans une tragique solitude. Paradoxe extrême de ces femmes toutes vouées à l’objectif des photographes et à l’obsession du fric et du strass que la lumière ne peut plus atteindre. Mais fouillez l"opacité de ces yeux coupés de la vie, comme sertis dans un mica rayé et, aussitôt, vous devinez le flou qui les berce, ce renoncement dans lequel elles se lovent comme soumises à on ne sait quelle force hypnotique...


D’où surgissent ces deux regards médusés, sans blessures, et pourtant si meurtris qu’ils en deviennent si fondamentalement inhumains, si étrangers à eux-mêmes et aux autres? Cette mollesse qui voudrait s’afficher en nonchalance et qui ne parvient qu"à sombrer dans des sourires constamment éteints? Comme dans la Joconde -mais c’est vrai aussi pour tout portrait- suivez cette ligne invisible qui façonne l’homogénéité d’un sourire et d’un regard...


Et comme dans tout portrait, cherchez la présence invisible de celui qui le provoque: le peintre, le démiurge- celui qui parfois choisit de le charger du soleil fané d’une sombre mélancolie. Celui qui se magnifie sur l"autre en le détruisant,qui absorbe la lumière de cet autre pour s’en nourrir. Car ces femmes semblent bien prises dans un trou noir, désormais interdites à un réel dont elles ne renverraient plus que la figure de l’épuisement. Captées par cette fulgurance qui les efface, les voici captives.


Etouffement dans une chape de luxe, coupées de toute dépense... Lacan se serait sans doute amusé à évoquer l’idée d’une "fécalisation interne" quand ici la focalisation, à l’instar de l’icône de la Méduse , nie et pétrifie, dans un univers parfois gélatineux, parfois ouateux, mais qui toujours s"éloigne, condamné à la disparition...


Soleil noir, sombre hidalgo... De Lui, on chercherait en vain le clone d"un romantisme nervalien là où l’on subodore l’omniprésence de celui qui, trop visible, enveloppe la femme dans sa définitive invisibilité.

Nantes, le 9 février 2009