dimanche 20 décembre 2009

De l'incertitude, du doute et de leur fragilité.


Alors qu’on souhaiterait avancer à pas feutrés dans cet univers des idées - si fragile qu’en déplaçant un mot, l’on en vient parfois à ce que tout l’édifice que l’on convoitait s’effondre: on se retrouve soumis au tintamarre ambiant, et comme tout un chacun, esclave de ce bruit, de ces passions dont l’excès, qu’on revendique et qu’on condamne, inciterait davantage au recul, au silence...

Mais ce retrait est-il possible quand les mots s’imposent et qu’ils rodent autour des choses, flairent de nouvelles pistes, trépignent ? Et se dressent et aboient ? Ou bien se tapissent à l’ombre d’eux-mêmes, modestes ou fatigués, comme désespérés de n’être que des mots si volatiles dans la fragilité du monde ? Il faut donc avancer encore et encore sur ce fil si tenu qu’on nomme une pensée, aussi flottante que des moutons de poussière.

Dire l’incertitude c’est, en funambule, toujours chercher et choisir qui du chien et du loup nous habite tour à tour. Encore une fois, la poésie, parce qu’elle se joue du jour comme de la nuit dont elle se satisfait pour dissoudre le sens et tordre le cou aux idées reçues, peut souffler autre chose. Ainsi dans ce poème de René-Guy Cadou :

« Les chiens qui rêvent dans la nuit
Il y a toujours un poète qui leur répond par une petite lueur
Tirée comme un bas jaune sur une maigre lampe
Et l’on ne sait rien du poète
Et l’on se cache de ces chiens
Qui tirent sur leur chaîne comme s’ils remontaient
Du fond de la journée un seau lourd de ténèbres »

Du chien, du loup ou du poète, faut-il démêler l’écheveau d’une vérité qui peut-être n’est pas mais qu’en Œdipe aveugle nous cherchons encore en tâtonnant le long des routes ?
En tout cas, je n’ai jamais autant cru à la poésie depuis qu’elle a quitté l’écran-radar de la culture.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.