Ah, ce Guide du Routard ! Nul doute qu’hier il eût fait les délices d’un Roland Barthes dans ses « Mythologies », tant il s’est substitué aujourd’hui au bob Ricard pour le français en vacances !
Mais ne rions pas car il y a du religieux là-dedans.
Mais ne rions pas car il y a du religieux là-dedans.
Et, d’ailleurs, tout bon touriste se doit de le tenir en main, ce précieux livre, aussi sûrement que le curé d’autrefois, son bréviaire. L’uniforme a aussi quelque peu changé… Mais ce guide est celui d’une bonne parole qui vous mènera, en missionnaire, dans ces contrées inexplorées où vous êtes appelé à devenir un apôtre de la tolérance, du gay friendly, de la fête permanente, des droits de l’homme et tutti quanti.
Car ce guide vous enjoint de participer à cette communion universelle et apostolique à travers sa propre liturgie sous peine d’être le mauvais pêcheur. Il est, dans son sens étymologique un « missel » qui vous expédie en terre de conquête mais qui vous tient en laisse, vous, éternels routards de 18 à 88 ans, huilés et musculeux ou, plus souvent, bedonnants et variqueux.
Son universalité ? C’est celle de Tintin avec ses clichés et sa morale à dix sous. Mais qui n’a pas rêvé d’être Tintin ?
C’est tout le secret du Guide du Routard que de jouer sur ce fantasme qui nous infantilise et nous ravit tout à la fois … Vous voici au Congo ou au Tibet et cet ami qui vous veut du bien vous tient par la main, vous, petit enfant émerveillé, il vous conduit sur ces lieux dont il détient le secret… mais, hélas, si ratissés qu’on n' y verra que les traces des milliers de cars de tourisme qui vous auront prédécédé.
Ne serait-il alors qu’une bouée de sauvetage ? Un guide du croûtard pour le français soucieux de ne pas être empoisonné dans d’infâmes bouibouis ? Un signe de ralliement pour certains afin de s’isoler de la vulgaire masse anglo-saxonne ?
Car ne l’oublions pas, s’il est un devoir de participer aux rituels des indigènes, on n’est ni allemands, ni anglais… Quand même !
Car ne l’oublions pas, s’il est un devoir de participer aux rituels des indigènes, on n’est ni allemands, ni anglais… Quand même !
Et, sous le vernis de cette bonne convivialité française, sous les palmiers en plastique de Tahiti Beach, vous aurez oublié que « le guide du routard » c’est Hachette, du produit de grande consommation en tête de gondole dans toutes les grandes surfaces. Vous aurez oublié que vous n’êtes qu’un consommateur quand il vous tutoie et fait copain-copain en vous susurrant ses bons plans…
Parlons en, justement : des bons plans qui feront - j e l’ai expérimenté récemment – que vous irez à la gare routière en suivant leurs indications alors que, depuis des années, elle se trouve à l’autre bout de la ville ! Inutile de faire la liste des erreurs et des indications foireuses !
A vous de leur envoyer un mail pour qu’ils rectifient et ils vous remercieront par un autre mail pas même personnalité. Le copain routard n’était donc qu’un robot ! C’est donc ça, leur vraie convivialité : vous payez et à vous d’actualiser le produit !
Alors, pas besoin de ce racolage moralisateur au style mielleux dans une avalanche de clichés. Fuyez cette hypocrisie qui aliène votre regard et vous gave d’une vision prédigérée sur ce pays que vous croyez découvrir.
Ami voyageur, oublie ce guide qui feint de te faire croire à ton hypothétique jeunesse de routard quand, en réalité, il t’encage dans un tourisme de masse franchouillard.
Ami voyageur, si tu crains de partir vers l’inconnu, promène-toi plutôt sur internet, vogue sur les forums, imprime plans et indications que tu jugeras utiles. Tu y trouveras tout. De façon plus complète, plus actualisée, plus économique.
Ami voyageur, si tu crains de partir vers l’inconnu, promène-toi plutôt sur internet, vogue sur les forums, imprime plans et indications que tu jugeras utiles. Tu y trouveras tout. De façon plus complète, plus actualisée, plus économique.
Et surtout n’oublie pas : tu n’es pas un enfant, tu es assez grand pour demander ton chemin… Alors ce voyage sera le tien !
Cher Hermès ,
RépondreSupprimertout un chacun n'a pas les pieds ailés maisplutôt les chaussures lourdes de la glaise de leur inhumaine conditon , et pour ceux-ci les guides savent ête de précieux compagnons , pour peu que l'on ne se contente pas d'un seul ou à défaut quelques saines lectures , Morand , Dumas (le Corricolo)voire cette étonnante collection "Art & Paysages"chez B. Arthaud qui nous gratifie d'un merveilleux "Naples et la Campanie" mais l'édition , il est vrai remonte au 1er trimestre 1954 !
..Son inhumaine condition (..)savent être de précieux compagnons ; désolé .Quand même surpris par cette condamnation de Gutemberg par Bill Gates ."Ami voyageur si tu crains de partir" , reste chez toi.
RépondreSupprimerJe n'ai jamais voyagé avec un guide, et plus d'une fois je l'ai quand même un peu regretté… Même truffé d'erreurs, il doit bien rester dedans quelques informations utiles, non?
RépondreSupprimerOui... bien sûr, j'ai glanné dans les guides d'utiles informations... mais le problème des béquilles c'est qu'on s'y habitue et qu'on ne peut vivre sans. Retouver le temps d'avant les guides... Même, si pour être franc, il m'arrive quand même de les utiliser! Mais le Guide du Routard est particulièrement détestable... Mieux vaut acheter "Lonely Planet".par exemple.
RépondreSupprimerLonely Planet veut-il (elle) nous faire croire que nous sommes seuls au monde & qu'il nous appartient ? Le tourisme ne contient-il sa propre condamnation ,pourquoi se joindre , (comment se disjoindre de) à ces cohortes de vieillards cacochymes aux bermudas multicolores qui peu à peu ensevelissent l'Everest sous les détritus ; certes il nous reste le K2 . Ne vaut-il pas mieux être ce voyageur immobile au sein de sa bibliothèque contemplant dans la pénombre les rayonnages , perdu devant le choix infini que lui offre la littérature ?
RépondreSupprimerLe voyage est un complément de la bibliothèque: une expérience de l'espace et du temps. Et comme on peut mettre n'importe quoi dans une bibliothèque on peut aussi faire son voyage à la mesure de ses désirs. Le voyage ce n'est pas forcément le tourisme. Et le tourisme même, peut être une découverte solitaire et respectueuse d'un ailleurs. Là-dessus chacun fait ce qu'il veut...
RépondreSupprimerExcellent billet, vraiment ! Je déteste ce guide... mais l'achète pourtant systématiquement, pour m'en servir de béquille, quelques mois plus tard, lorsque je place un roman dans la région visitée !
RépondreSupprimerLa région ou le pays, d'ailleurs.
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