
Zorro, on le sait, arbore son masque. Et que, dans une émission intitulée « A visage découvert », le Président de la République puisse donc, à l’occasion de la Fête nationale, admettre implicitement ôter son masque et celui d’une télévision d’état entièrement dévouée au discours du pouvoir, dénote ce cynisme qui en est devenu la marque.
Car ce « A visage découvert » est un aveu : celui du mensonge et de la manipulation qui est donc la vérité du pouvoir en place. Et aussi encore celui d’une promesse non tenue : cette signature d’une vérité qui, elle, n’adviendra pas et qui reste comme une estafilade sur le visage de la Démocratie, telle que l’appose –mais pour ne plus nobles raisons - le signe de Zorro
Le mensonge dans le mensonge. Décidément rien ne nous aura été épargné dans ce régime d’une « communication » omniprésente comme système de leurre: pages de publicité vendues dans la presse écrite, cohorte officielle de scribouillards à chaque déplacement, télévision désormais tout à fait acquise
Cette émission, dans la forme, était fragmentée.
Une mise en scène très particulière qui permettait, dans sa structure même, d’exclure tout développement, toute cohérence si bien que l’émission apparaissait pour ce qu’elle était réellement et obscènement : un montage. Un dispositif idéologique où, en parallèle, deux séquences se relayaient pour amplifier un même message : les images de séquences télévisées relevées par la voix off de « journalistes » qui narraient la réussite de la geste sarkoziste puis le Président lui-même, tout en gravité de noir et blanc vêtue, qui prenait le relai pour ajouter encore quelques lauriers à sa gloire…
Dans le fond comme dans la forme on assista donc à un exercice de propagande inédite qui résonnait comme une gifle à ce qu’incarne le 14 juillet.
Jamais, je crois, la télévision dans un pays qui se prétend encore démocratique ne se sera autant approchée de cette zone sombre où sauf pour quelques aveugles ou quelques fanatiques, la crédibilité se dissout pour faire apparaître une vérité qu’il faudra bien prendre en compte : nous sommes entrés dans une dictature molle pour laquelle seul le suffrage universel accorde encore quelque apparence de légitimité.
Sera-ce suffisant ? J’en doute.
Une démocratie ne peut en aucun cas ne s’appuyer que sur un moment électif. Or Sarkozy n’a eu de cesse de grignoter les institutions, de s’attaquer insidieusement aux pouvoirs législatifs, judiciaires, médiatiques. Exactement ce, qu’en d’autres temps, certains de ses thuriféraires reprochèrent à Poutine…
La démocratie se vit au quotidien. Le vote d’un jour ne donne pas carte blanche. Beaucoup de dictateurs, à commencer par Hitler, furent élus démocratiquement. Or seule une vraie démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs et le respect de l’opposition possède une légitimité réelle. Pour l’ignorer Sarkozy prend le risque de nous faire entrer dans une zone dangereuse.
Avec la pire question qui pourrait se poser car elle permettrait au pouvoir toutes les répressions auxquelles il aspire de plus en plus manifestement :
Qu’est-ce que le terrorisme dans une dictature ?
Il est urgent que ce Président se ressaisisse. Le bouffon de l’Europe, Berlusconi, sur la couverture d’un hebdomadaire venait fort à propos occulter cet autre bouffon plus proche. Comme pour cacher ces Laurel et Hardy minables et dangereux à la fois…
Les dictateurs aiment figurer leur puissance en un signe - croix gammée, celtique ou autre. Il semblerait que lors du défilé du 14 juillet, la Garde républicaine à cheval ait de façon bien étrange accompli la figure bien visible d’un S sur son parcours… Un signe ?
Que le règne de Sarkozy s’inscrive jusqu’à présent sous le Signe de Zéro ne doit pas nous rassurer pour autant.


4 commentaires:
analyse idiote autant qu'abjecte
Intéressant ce commentaire: j'en ai eu plein du même type sur agoravox... Belle argumentation. Mais je suis surpris de cet intérêt soudain... Si ça fait fait mal, je vais continuer. Merci
et tu auras raison !
Je trouve aussi ce texte parfaitement justifié. Merci pour cette pertinence critique, comme un des signes qui rassurent sur la lucidité du peuple français, et donc, sur l'avenir.
A contrario, l'édito d'aujourd'hui du "plus grand quotidien national de référence" (lagardérisé et veillant sur la philosophie du cac 40) parle de la disparition d'une militante russe des droits de l'homme, ce, sans presque un mot de critique envers la mafia à l'origine de cette disparition...
Donc, merci pour votre texte, rassurant. Lorsque les temps sont au simili-fascisme, seuls les complices de la Bête paraissent à visage découvert.
Je ne sais pas vraiment qui vous êtes, mais je suis aussi du côté de Zorro.
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