dimanche 12 juillet 2009

Frédéric Mitterrand ou l'anti Malraux

Franz Hals, Bouffon au luth

En me réveillant ce matin dans cette France profonde de Castelnaudary, avec son cassoulet et son marché qui chante comme celui de Brassens à Brive la Gaillarde, je feuillette « La Dépêche du Midi » et tombe sur une interview de Fred (Je n’utiliserai plus de nom « propre » pour un personnage qui à aucun égard n’en mérite). Stéphane Bern, son frère jumeau eût pu briguer le poste mais il lui manquait le nom. Car Il ne suffit pas d’être l’échotier de la cour, encore faut-il apporter quelque chose au pot commun… Et pour être dans Le Gotha il faut un nom ou on l’achète. C’est fait.

Donc Fred fut choisi pour illustrer la Culture dans les ors de la République et déjà on comprend de quelle Culture il s’agit car, derrière le fond de teint d’une ambition proclamée, ne doutons pas que sur la table de chevet du bon Fred on y trouvera surtout Gala et Paris Match entre divers opuscules très imagés qui, pour tout autre citoyen, attirerait les foudres de la justice. Mais les mœurs de la Cour… Dans ce journal, Fred nous en fait involontairement l’aveu et cette interview a l’avantage de proposer en creux la définition du projet culturel de l’ère sarkoziste. Tout est dit dans une phrase à propos de Mickael Jackson :

« C’était un artiste plein de grâce. La différence entre les vedettes et les artistes, c’est la dimension tragique ».

Ainsi Renoir ou Monet ne seraient-ils que des vedettes quand Dalida ou Romy Schneider incarneraient la figure accomplie de l’Artiste ! Le mythe contre la réalité, l’image contre la création, le hasard « tragique »contre la volonté… « Destin », tel était le nom d’une des émissions - léchages de fesses de ce chroniqueur mondain – à moins que ce ne soit Bern ? Ca se confond tellement !
Quand on pense à Malraux, qui, lui, écrivait cet exact contraire : « L’art est un anti destin ». ..Car une politique culturelle se forge contre ce qui condamne l’Homme à son histoire. Elle libère des faux-semblants de « la grâce », elle élève la pensée.

Tout est dit : Fort de ces principes, soyons certains que Fred sera le bon petit caniche qui fera tapisserie pour vendre l’art de l’esbroufe, l’enflure verbale et cette pédanterie qui viendront au secours des défaillances oratoires de Notre Président quand Guaino n’est plus à ses côtés ou qu’il s’est trop éloigné du prompteur. Et on en vient à comprendre que l’organe officiel de la culture française serait peut-être dans ces poubelles de luxe de la Presse française. Comme dans tel magazine où le Rédacteur en chef, aujourd’hui pape des pipoles fut hier militant maoïste !
Destin ? Non. Choix, cynisme et déshonneur.

La culture était déjà devenue déjà insupportablement légère, arrimée à la mode, au luxe et à un système de coteries. La plume de Fred lui donnera encore plus de légèreté, tendance plumes d’Autruche pour Folies Bergères ou plume trempée dans l’encre des plumards… Là où un bon coup de balai eût été salutaire, on travaillera donc au plumeau ! On n’appelle pas cela un destin mais une faillite programmée.
Au-delà d’indéniables réussites, la culture de l’ère Jack Lang s’appuyait sur des gens de qualité et des réseaux qui se sont malheureusement perpétués par cooptation pour des raisons de moins en moins artistiques et souvent peu avouables. Or Fred est le symbole de ce sirop frelaté qui se veut Culture. On avait Aubanel, la snob de Versailles, nous toucherons désormais aux bas-fonds…

Ah Fred ! Il l’aime tellement cette tragédie qu’il lui préfère l’or des palais et qu’il s’abandonne à devenir le valet d’un bouffon ! Cette tragédie le fascine tellement que le gouvernement auquel il appartient s’apprête à mettre en scène des milliers de tragédies sociales et humaines. Ce ne seront sûrement pas les vedettes des médias. Mais ainsi Fred aura-t-il pu contribuer à doter la France, dans cette lumière crépusculaire qu’il affectionne, de quelques milliers d’ »artistes » de plus !
Destin…

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour. On ne peut évidemment pas comparer la culture de Frédéric de l'Oncle, à celle de Malraux ; et s'il a sans doute une discrète culture cela ne rend que plus méprisable la façon dont il tire la couverture (de journal) du côté people. Mais sur un point, et qui n'est pas ici négligeable, il n'y a pas lieu de les opposer : c'est bien Malraux qui a été à l'origine des mauvaises habitudes et ce en allant se vautrer du côté de ce régime dit "gôliste" et qui incarnait désormais, tout ce à quoi un homme de culture aurait dû s'opposer.

luc nemeth

Enregistrer un commentaire