lundi 22 juin 2009

Une journée particulière


Un huis clos interprété en 1977 par Sophia Loren et Mastroiani. Deux solitudes sans espoir de rencontre tandis qu’en sourdine la radio crachouille la gloire de Mussolini accueillant Hitler à Rome.

Etrange cette sensation que j’ai éprouvée aujourd’hui en regardant Sarkozy à la télévision et qui me ramenait constamment au malaise de ce huis clos, à cet isolement d’un peuple réduit à la plaie béante d’un silence tandis que résonnaient les fanfares à la gloire du Duce, les vivas de ses fanatiques, ces foules aveugles qu’on devinait sans jamais les voir.

Il y avait de cela aujourd’hui ; ces draperies et ces ors pour un spectacle pathétique où le peuple semblait avoir été dissout par cette assistance onctueuse, cravatée, repue dans ses rots de notables. Ce silence religieux rythmé par les applaudissements, ces regards satisfaits qui se croisaient mais qui jamais, on le devinait, ne rencontraient l’ombre de l’idée d’un peuple.
Et d’être là, devant la télévision, révélait quelque chose d’oppressant. Cet écran, à l’instar de la radio dans le film d’Ettore Scolla, devenait cette barrière invisible qui criait une absence en désignant celui qui proliférait sur cette absence : le monarque .

Absence du Peuple, y compris dans le discours qui se termina d’ailleurs sur une note hallucinante, reprise mot à mot de Pétain sur « La France qui n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle épouse l’avenir ». Discours pompeux, vide, sans forme et sans fond. Un homme qui joue le Président de la République. Comme à la fin du film de Scolla, les interprètes s’en vont. Une journée particulière. Pourtant il ne s’est rien passé. Pour personne.

Mais, au-delà de la cour, il y avait la basse-cour proprette et silencieuse du PS. Pire que le boycott, le silence forcément complice. Pour ceux-là, la journée de la honte.

Dégoût et des couleurs : le rose aux joues de jeunes communiantes de ces socialistes écoutant le Grand Prêtre, des communistes rouges de honte aux abonnés absents et des verts qui s’étaient mis au vert ce jour là…
Où étaient les couleurs de la République ?

4 commentaires:

  1. Étonnant que tu ais pensé à ce film, très fort, pour cette journée particulière d'aujourd'hui, dans une république qui ne sera plus tout à fait la même! Je me souviens du grand silence oppressant de la ville, au delà du couple, et de cette fin qui donnait la nausée, le retour des veaux en chemises noires, abjects satisfaction…

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  2. Oui, parfois la fiction est une loupe qui permet de comprendre le réel... mais elle rajoute la force d'une force toute personnelle car contrairement aux médias, elle part des tripes et du coeur. Là où en réalité s'écrit l'Histoire.

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  3. Et bien, va pour le nouvel Hermes.
    En réponse aux voix barbares qui déversent leurs insanités : un silence...(la poésie doit-elle se taire pour éviter de se compromettre à l'obscénité ambiante) Cette terrasse en plein soleil, avec ce linge balayé par le vent, c'est pour moi l'image d'un silence. Lequel ?....

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  4. @Carole "Ce linge balayé par le vent". Propre, le linge?
    "l'image d'un silence": A peindre, à photographier, à écrire?

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