mardi 30 juin 2009

in memoris


Très haut, à la lisière de nuages vernissés par le soir et les lueurs d'un orage qui ne viendra pas, la stridence des martinets qui tourbillonnent force le regard qui finit par renoncer: contemplatif, on devient rêveur. Et puis on s'abandonne sans rien oublier dans cette rêverie qui vacille d'un nuage vers un arbre, où se tissent tant d'autres images, construites, modelées et toujours là dans la nudité de leur premier jour:
Une mémoire.

Avant de savoir lire, je sais que je connaissais cet alphabet des plantes et des bêtes, cette grammaire de la nature, cette géographie des choses qui répondait à l'éternité d'un ciel qui précédait les mots.
Et qui les fabriquait; et la beauté est apparue avant même que je ne le sache, comme une direction, un sens à donner à une vie, un contenu sans égal. Tangible, rieuse et douloureuse comme la vague fuyante derrière l'autre ou le nuage se jouant de cet autre qui vient l'éteindre.

Ce ne serait que beauté, poésie...?
Non.
Une mémoire.

Ce nerf constitutif du vivant qui est ce qui relie l'homme à cette part d'éternité humaine qu'on appelle l'Histoire et dans laquelle les hommes ont grandi. Cette vie ensemble...
Qui me ramène à ce vol des martinets dans ce ciel d'été, à leur "vie ensemble", à cette sociabilité que nous, nous devrions oublier, nier. Parce que la politique deviendrait trop encombrante pour les individus que nous croyons être quand nous ne sommes qu' un seul corps, qu'un seul langage.

Une mémoire.

Toujours et encore diviser pour régner. Mais le règne de quoi?
Pour nous libérer du règne naturel: mais pourquoi? Et à quel prix?
Ou pour le règne de l'illusion...

Ces questions sont sans doute les seules qui importent vraiment. Que les philosophes ou les politiques y pensent parfois. A moins qu'ils n'aient disparu: Il n' y aurait donc plus que des loups et des moutons. Il manquera alors le moraliste.

Celui qui veillera sur la mémoire, phare d'un futur à construire si nous ne voulons pas, humains, n'être que des loups dans une bergerie.

Ni tueurs, ni résignés, tâchons d'apprendre à être des hommes.

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