jeudi 4 juin 2009

En pensant à la Sainte-Victoire...

"Il n'y a que les bêtes à cornes qui ont peur du rouge" (Sur un mur en 1968)

Sans même décliner la multitude des rouges, des plus glaciaux aux plus incandescents, je recherche souvent la violence de cette couleur dont l'éclat irrigue les corps, claque sur les drapeaux, incendie les ocres de la terre et déferle dans la chaleur du ciel .

Mais le rouge est difficile à pratiquer: quand les autres tons s'imposent à partir de la nature, le rouge, lui, se revendique, intervient par touches, contrepoint, contraste. Le rouge se fait contre; il est illégitime, trop interne, trop brûlant, trop étranger aux paysages... Regardez la nature autour de vous, du bleu, du vert, du gris....
Qu'il devienne envahissant sur une toile et il subira, plus que du rejet, la réprobation. Car, éminemment culturelle, cette couleur est dangereuse tant elle incendie les corps et les paysages. Il semblerait ainsi qu'elle soit porteuse d'une charge morale qui aveugle de sa chape de plomb celui qui se sent menacé par son excès. Et cette charge interdit sa beauté.
Trop dominante aussi, sans doute.
Autant dire que le peintre à intérêt à ne pas trop s'y frotter. Sauf par défi et pour s'amuser à jeter ici et là de petits incendies en essayant, sans trop y croire, d'ouvrir les regards...

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