« En ce moment grave de ma longue vie, j’ai trouvé ici ce que je cherchais : être en face de moi-même. L’Irlande me l’a offert de la façon la plus délicate, la plus amicale. 18-VI-1969 »
Paroles d’exil, peu de temps après avoir quitté le pouvoir, quelques mois avant de mourir. Paroles d’un vieillard qui, dans l’action, n’avait sans doute cessé de chercher l’homme qu’il était tout en construisant l’image de celui qu’il voulait donner à la postérité. Tel est le destin de ces personnalités fortes qui, même si l’on demeure en désaccord avec leurs actes, auront toujours quant à elles compris que leur miroir ne reflétait que la précarité d‘une existence quand les traces de leur passage dans le monde auraient pour vocation de s’incruster dans l’histoire.
Mais ces propos, aussi pompeux fussent-ils, avaient été prononcés dans ce lieu si sauvage où chacun se souvient de l’une des dernières photos du Général, seul dans les dunes, dans cette contemplation hautaine et tellement humaine de l’océan - métaphore de ce temps éternel mais aussi de ce miroir qui s’éteignait.
Ce paysage sauvage et grandiose de l’Irlande, cette fusion si forte avec la nature qu’on ne peut manquer d’y ressentir la force primitive sont indiscutablement à la source de ces mots si simples, même drapés d'orgueil, qu’ils me semblent ici renfermer l’énigme de toute une vie.
Et dans la lumière pluvieuse de l’après-midi, puisque séjournant à peu de distance de ce lieu, j’ai voulu que l’on saisisse également sur ces mêmes dunes mon petit instant d’éternité. Avec cette distance ironique qui voudrait que la modestie dans la démesure ne fût pas dépourvue de grandeur ! Courir après des rêves, derrière des ombres - et rire un peu de toutes ces vanités!
Pendant ce temps dans le tintamarre et le clinquant, les petits hommes s'agitent dans le bouillonnement incessant d'une gesticulation sans avenir. La crème solaire restera leur seul rapport à la nature et à la lumière dans le décor surfait des tropiques. Il leur manquera toujours cette noblesse de la solitude, cette tentation de l'exil.
Kenmare, le 22-IV-2009
En effet, on est loin de Monaco,mais je ne suis pas sûre que qui s' enduit d' auto-bronzant ne soit pas capable d' une méditation-presque- aussi profonde que celle-ci.amicalement.
RépondreSupprimerAuto-bronzant, oui... Tant que l'on revendique sa propre lumière contre celle qui vous est imposée. Que ce soit pour rayonner, être un petit soleil pour éclairer les autres et soi-même. Et peut-être, passer outre ce nervalien "soleil noir de la mélancolie"...qui a aussi sa beauté: le clair-obscur...
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