
Rembrandt encore, pour revenir une fois de plus au regard.
Un passage rapide à la National Gallery pour retrouver cette salle que je ne manque jamais: quelques portraits et auto-portraits du peintre toujours dans ce même fond d'un flou ocre doré mais là n'est pas l'essentiel. Plutôt ces visages fanés où la pâte des couleurs révèle joies et blessures et, surtout, la tache noire du regard. Des yeux fermés au monde, des cicatrices béantes d'où s'écoulent des vies entières, d'intenses intériorités éteintes dans la sécheresse de l'âge.
J'aime chez ce peintre cette force à désigner autre chose que ce qu'il montre, à définir enfin la peinture comme "artefact", leurre et artifice.
Peindre le temps. Jusqu'à son invisibilité. Proximité de ces toiles avec l'ascèse blanche de celles de Roman Opalka. Des années sans voir ces chiffres qui s'effacent lentement dans l'abscence -et pourtant, récemment, à Lisbonne, un peu de cette magie blanche. Opalka, autre peintre de la disparition. La peinture pour oublier l'obscénité du trop visible, de la consommation dans lesquelles les villes se consument en leurs centres.
La peinture qu'il faut savoir regarder: les yeux fermés.
Londres, le 27 février 2009
Rembrandt encore... Je dirais Rembrandt toujours :) Les expositions de l'an dernier à Paris m'ont fascinées, notamment celle du Petit palais. Les gravures, les peintures... Tout est époustouflant de virtuosité et de variété technique (Rembrandt n'a, dirait-on, pas de "truc", de manie stylistique !) pour chaque œuvre...
RépondreSupprimer